L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Sœurs de l’Immaculée Conception : La machine à hosties tourne à plein régime

C’est Noël, partout on court, on s’affaire, on se saigne pour faire plaisir aux enfants : habits neufs, cadeaux, repas copieux, musique… Ce dimanche 25 décembre, les enfants seront à l’honneur, comme d’habitude, à l’occasion de la célébration de la Nativité qui remémore la naissance de Jésus-Christ. Parce que focalisé sur l’enfant, cet événement est devenu l’une des plus grandes fêtes mondiales qui transcendent aisément les clivages confessionnels. Mais au-delà de l’aspect festif qui est le plus en vu, Noël est également un moment d’intenses prières et de grandes célébrations eucharistiques avec une multitude de communiants. Mais beaucoup de fidèles «appelés au repas du Seigneur» ignorent certainement comment, où et par qui est mitonné ce «corps du Christ». Nous en avons su davantage en nous rendant au Centre Thevenoud au quartier Gounghin chez les Sœurs de l’Immaculée Conception de Ouagadougou où se trouve le service de production des hosties.

Elève en classe de CE2, André va à la catéchèse depuis trois ans. Il se prépare au sacrement de la Première Communion au mois de mai prochain. Quand ce sera fait, il pourra «communier au corps et au sang du Christ» chaque fois qu’il ira à la messe à l’instar d’une multitude de fidèles catholiques. Le partage de la communion est un rituel immuable et incontournable lors des célébrations eucharistiques de l’Eglise catholique.

 

Ce fait émane du repas pascal, le dernier repas terrestre du Christ le jeudi saint lorsqu’après avoir rendu grâce à Dieu, Jésus a rompu le pain et l’a donné à ses disciples en disant : «Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Vous ferez cela en mémoire de moi». Puis ce fut au tour du vin : «Prenez et buvez, ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi». Ainsi, l’eucharistie a été instituée dans l’Eglise.


S’ils ont effectivement l’habitude de communier, beaucoup de catholiques ne savent pas grand-chose de l’origine ou de la provenance de cette communion, disons de cette hostie qu’il prenne chaque fois à la messe. Pourtant, si lors des premières années de l’avènement du catholicisme l’hostie et le vin étaient importés d’Occident, très vite, les missionnaires ont entamé la production des hosties sur place bien avant l’indépendance de notre pays. Cette tâche est vite confiée, entre autres, aux Sœurs de l’Immaculée Conception (SIC) de Ouagadougou qui ont appris à fabriquer ce «corps du Christ». Par contre, jusqu’à nos jours, le vin de messe au Faso est toujours importé d’ailleurs.


Aujourd’hui le Centre Thevenoud sis au quartier Gounghin de Ouagadougou est une référence en matière de production d’hosties, mais pas seulement ça, nous a confié la Sœur Annick Sandwidi, Supérieure de la communauté SIC du centre Thevenoud : «En plus du service des hosties, notre centre a un service des soutanes, un service des aubes, des chasubles, des étoles, des nappes d’autel, etc. et enfin un service de la formation de jeunes filles aux métiers de la couture, de la broderie et du tricotage».


Le service des hosties qui nous a particulièrement intéressés est dirigé par la Sœur Pierre Andrée Ouédraogo. Avant même toute visite, nous avons voulu savoir les ingrédients qui entrent dans la préparation des hosties. Réponse de la Sœur Pierre Andrée : «Rien que de la farine de blé et de l’eau». L’hostie, c’est en fait du pain azyme, du pain sans levain.


Présente lors de l’entretien, la doyenne, la Sœur Marie Blanche Guirma, a tenu à préciser qu’il faut exclusivement de la farine de blé sans aucun mélange d’autre farine. Elle se souvient d’ailleurs que «feu le cardinal Paul Zoungrana tenait beaucoup à la qualité de la farine de blé et s’assurait souvent qu’elle n’était mélangée à aucune autre farine».


Aujourd’hui, c’est dans la zone industrielle de Kossodo (Ouaga) que les Sœurs s’approvisionnent dans une minoterie de blé avec une commande moyenne de 20 sacs de 50 kg, soit une tonne par mois, pour un peu moins de 400 mille francs CFA, a souligné la responsable du service des hosties. En tenant compte des périodes de pic de la consommation (Noël, Pâques, ordinations sacerdotales, etc.), les besoins du Centre Thevenoud en farine de blé sont estimés à un peu moins de 15 tonnes par an. Des chiffres qu’il faut réajuster chaque année au regard du nombre croissant de fidèles qui reçoivent le sacrement de la Première Communion.


L’usine ou plutôt l’unité de production des hosties est composée de 10 machines à hosties et de 3 machines de découpe. Pour fabriquer les hosties, on ajoute de l’eau à de la farine de blé, on mélange l’ensemble jusqu’à obtenir une pâte qu’il faut pétrir en moins de 5 minutes. Il s’agit, selon la Sœur Pierre Andrée Ouédraogo, de «ne pas laisser se fermenter la pâte». Une fois que la pâte est homogène, les 10 machines à hosties se mettent à l’œuvre.

 

«En 5 heures, nous sommes capables de fabriquer des hosties prêtes pour les célébrations eucharistiques»

 

La machine a un tambour muni d’un couvercle. Il faut déposer la pâte sur toute la surface du tambour puis refermer le couvercle qui exerce une pression qui permet d’aplatir au maximum la pâte. La Sœur responsable explique que «le tambour est chauffé à l’énergie électrique durant 6 à 10 minutes. Ce temps est suffisant pour faire cuire la pâte». Lorsqu’on soulève le couvercle, on ramasse sur le tambour une très grande hostie, bien ronde.


Ces très grandes hosties sont stockées dans des récipients appropriés puis acheminées dans une chambre où elles sont disposées sur des étagères. Là il y a un système de chauffage à l’eau bouillante qui permet, en deux heures, de ramollir les hosties tandis qu’un système d’aération empêche la condensation de la vapeur d’eau dégagée. Sans quoi des gouttelettes retomberaient sur les hosties et les abîmeraient. «Ce processus, nous ont expliqué les bonnes Sœurs, est capital et incontournable, sinon les hosties vont se casser ou s’effriter lorsqu’on les passera à la machine à découper».


Justement, une fois ramollies, les hosties sont découpées à la machine sous divers formats. Les plus petites étant réservées aux laïcs tandis que les plus grandes feront office d’hostie de la célébration, l’hostie de l’autel. Pour découper, on place la grande hostie à l’intérieur d’une ceinture qui fait sa taille. Cela permet de la maintenir fixe mais aussi d’empiler plusieurs grandes hosties sur la table de découpe. Une fois que les hosties sont découpées, «on les étale pour les laisser sécher». Un système de ventilation permet d’obtenir rapidement le résultat escompté. Tout compte fait, selon la Sœur Annick Sandwidi, «en 5 heures, nous sommes capables de fabriquer des hosties prêtes pour les célébrations eucharistiques».


Comme on le voit, diverses phases du processus de production des hosties sont mécanisées. Pour cela, il faut de l’énergie et toujours de l’énergie. Autant dire que la facture d’électricité des bonnes Sœurs est assez salée puisqu’elle leur coûte en moyenne 500 mille FCFA chaque mois. Avec la farine de blé, l’énergie est un des gros postes budgétaires de l’unité de production.
Une fois produites, les hosties sont conditionnées et prêtes pour l’eucharistie. La vente de ces hosties est bien contrôlée pour que «le corps du Christ» ne se retrouve pas dans des mains indues ou à des endroits pas catholiques.


Le marché des hosties s’adresse essentiellement aux prêtres, religieuses, religieux, catéchistes, paroisses, diocèses. Mais il y a également des laïcs qui peuvent venir acheter des hosties pour offrir à un prêtre ou à une paroisse. Cependant, avant de se voir servi, «le laïc doit être muni d’un bon d’achat signé et cacheté par le curé de sa paroisse», a précisé la Sœur Pierre Andrée Ouédraogo, qui a ajouté qu’il y a «un système de retour d’information qui nous permet de savoir que les hosties ont été bel et bien remis à la paroisse ou au prêtre qui était le destinataire final». Au Centre Thevenoud, on nous a assuré que l’unité de production des hosties est à même de satisfaire les besoins de l’archidiocèse de Ouagadougou et de quelques diocèses mais que la production ne peut pas couvrir l’ensemble des besoins du Burkina Faso.


D’ailleurs certains diocèses ont des centres de production d’hosties. Avec le Centre des Sœurs disciples du Divin Maître à Tanghin, Ouagadougou compte deux Centres où on peut s’approvisionner en hosties.


Le moins que le puisse dire, c’est que les prix des hosties sont abordables et qu’il y en a pour toutes les bourses. Pour vous en donner une idée, retenez que le lot de 300 petites hosties se vend à 1000 FCFA, celui de 100 grandes hosties à 2000 FCFA tandis que l’hostie de format moyen est mis à prix à 100 F l’unité et 300 F l’unité pour la grande hostie du prêtre. Précisons que la grande boîte coûte 10 850 FCFA.


Une paroisse comme celle de saint Joseph Artisan de Kombissiri, a une consommation moyenne de 3 grandes boîtes par mois. C’est du reste ce que l’abbé Justin Ousmane Bandé nous a confié lorsque nous l’avons aperçu en train de ranger ces boîtes dans sa voiture. L’abbé estime que les hosties du Centre Thevenoud sont de «bonne qualité». Cependant il a noté que les prix ne cessent de grimper. Une situation qu’il déclare comprendre puisque la matière première, le blé, est importée. L’abbé Bandé a exprimé son soulagement de voir que «certains fidèles sont disposés à offrir des hosties à la paroisse pendant les fêtes, période de grande consommation d’hosties».


Pour faire tourner l’unité de production, les Sœurs sont appuyées par des jeunes filles. Ces dernières sont en fait des filles victimes de mariage forcé ou qui sont des cas sociaux et que les Sœurs hébergent dans différentes communautés SIC. Nourries, blanchies et soignées, elles reçoivent en outre un pécule mensuel.


Quand on observe le processus de production des hosties, on se rend compte qu’il y a beaucoup de chutes. Cela commence lorsqu’on met la pâte sur le tambour ; la pression du couvercle fait que le trop plein de pâte se déverse tout autour du tambour ; ces morceaux ne peuvent plus servir. Ces chutes de la cuisson sont alors récupérées par les Sœurs qui les font sécher pour ensuite les offrir à des maisons de formation religieuse, notamment le noviciat des SIC.


En écrasant ces chutes, on obtient de la farine pour le couscous ou alors en les concassant, on obtient des semoules de pâtes alimentaires. Les chutes susceptibles de rapporter de l’argent sont celles provenant surtout de la découpe. Ici il s’agit des hosties cassées, effritées lors de l’opération. Celles-ci sont alors réduites en poudre, tamisées et conditionnées dans des sachets vendus 500 FCFA l’unité. Cette poudre est couramment appelée «pain mougou» (farine de pain en langue dioula).

 

Le lucre n’est pas l’objectif

 

Au Centre Thevenoud, les Sœurs sont formelles : «Les recettes de la vente des hosties ne permet pas de couvrir nos dépenses de production et de fonctionnement». La Sœur Annick Sandwidi confesse qu’elle est bien obligée de demander «le soutien de l’économat des SIC» pour boucler certaines fins de mois.


La question que l’on peut se poser dans ces conditions est de savoir pourquoi ne pas alors importer les hosties si tant est que l’activité de production en local génère des pertes sèches. Réponse de la Sœur Pierre Andrée Ouédraogo : «Ça coûte trop cher et ce sera encore pire par rapport à l’autoproduction. Les Pères blancs ont vite compris cela et c’est la raison pour laquelle ils ont rapidement commencé à apprendre aux religieuses comment fabriquer des hosties».


Certes, le lucre n’est pas le but de l’activité, mais c’est difficile de travailler à perte. Et le dilemme est que les conséquences de l’arrêt de la production seront dommageables pour toute l’Eglise-Famille de Dieu dans notre pays. De plus, lors des coupures intempestives d’électricité, il arrive que certaines machines tombent en panne, ce qui n’est pas pour faciliter la tâche aux Sœurs. C’est donc en toute humilité qu’elles lancent un appel aux bonnes volontés de soutenir la production des hosties dans notre pays. Cet appui peut être sous la forme de dotation de farine de blé, ou de liquidité.


Le Centre Thevenoud qui existe depuis 30 ans est aussi un service de soutanes que dirigent les Sœurs Marie Félicitée Nikièma et Emilienne Nabolé. Ici, elles ne confectionnent que des soutanes sur mesure, donc sur commande. Prêtres et évêques y viennent de tout le Burkina pour s’habiller.


Le service aubes, chasubles, étoles et nappes d’autel s’occupe de la confection de ces tenues et accessoires de prières. Ce service et celui de la formation sont dirigés par les Sœurs Annick Sandwidi et Honorine Kologo. Au niveau de la formation, ce sont près d’une centaine de filles qui s’initient aux métiers de la couture, de la broderie et du tricotage. La formation dure 3 ans et est sanctionnée par la délivrance d’une attestation.


La congrégation des SIC de Ouagadougou a été fondée le 11 février 1924 par Mgr Joanny Thevenoud arrivé à Ouagadougou en 1903. Le charisme des SIC est «la collaboration pour l’évangélisation et le salut de tout être humain». Aussi les SIC sont-elles des «missionnaires disponibles pour toute forme d’apostolat jugée nécessaire par les responsables de l’Eglise et de la congrégation en vue de la croissance du corps mystique du Christ». La spiritualité des SIC est Ignacienne et veut être «contemplation dans l’action et action dans la contemplation. L’union aimante à Dieu est la source de notre agir et donne à nos diverses activités leur véritable efficacité».


La Sœur Marie Bernadette Roumba est présentement la Mère supérieure de la congrégation des SIC qui compte 412 membres et une trentaine de novices, une vingtaine de postulantes et autant de pré-postulantes et une centaine d’aspirantes. La congrégation est présente au Burkina, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger, au Togo et en France.

 

San Evariste Barro

 

Hostie
Du latin hostia qui signifie victime, l’hostie est le pain eucharistique, fait de farine sans levain, rappelant la Pâque juive et la sortie d’Egypte. Le prêtre la consacre au cours de la célébration eucharistique. Par l’action de l’Esprit Saint, elle devient alors “Corps et présence réelle du Christ”.

Conservation
L’hostie faite de pain azyme prend peu de place et se conserve bien. S’il reste des hosties consacrées après la communion, elles sont placées dans une pyxide ou dans un ciboire recouvert et rangé dans le tabernacle ; s’il est impossible de les y placer, elles doivent être mangées par le prêtre ou par les fidèles. Seules les hosties consacrées destinées à la communion des malades et placées dans une custode, ou celle qui est placée dans l’ostensoir pour une procession comme celle de la Fête-Dieu, peuvent sortir d’une église.

Utilisation religieuse
On ne sait pas quand l’usage du pain sans levain comme Sainte Espèce s’est introduit dans l’Eglise. Que le pain soit fermenté ou non n’a, en soi, aucune importance pour la substance du sacrement, mais certaines sectes y ont attaché une signification dogmatique. La divergence d’opinion quant à l’utilisation du pain azyme a été l’un des motifs de la division de l’Eglise entre catholiques et orthodoxes.

 

Source Internet



17/01/2012
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