L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Ce que Maïga nous a dit

Ce que Maïga nous a dit

Ali Modibo Maïga. L’évocation de ce seul nom nous rappelle, avec frayeur, comme si c’était hier, la triste découverte de corps sans vie, débarrassé de leurs membres supérieurs et inférieurs ainsi que de leurs têtes, jetés dans les barrages de Boulmiougou et de Tanghin, à Ouagadougou. Résultat de l’enquête policière : Oumar Bambo Maré et Sempana Bansé sont les victimes, et le sieur sus-nommé serait le cerveau de cette boucherie.

S’ensuivit une vindicte populaire, qui a conduit au pillage et à l’incendie de la chaîne des bars Kundé et du domicile de l’intéressé. Un an après ces douloureux événements, que devient le présumé coupable, détenu en prison depuis lors ? Qu’en pense-t-il et que recommande-t-il ? Nous nous sommes entretenu avec ce désespéré, qui attend beaucoup de la justice.

Dimanche 17 février 2008. 10 h. Nous nous garons au parking aménagé de la vaste Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), ce temple réputé interner les "malpropres" ou supposés tels de la région du Kadiogo. Là, en effet, séjournent des individus jugés et condamnés à des peines d’emprisonnement ferme pour leur forfait commis, mais aussi ceux qui attendent avec impatience le jour de leur jugement, au cours duquel ils peuvent être par exemple condamnés (pour faits avérés) ou simplement relaxés pour insuffisance de preuves.

Parmi ces pensionnaires de la MACO, se trouve notre interlocuteur du jour. Pour le rencontrer, il nous a fallu gravir les longues marches du Palais de justice, aménagé depuis quelque temps à Ouaga 2000, jusqu’au Cabinet n°3, où son dossier est en cours d’instruction, pour entrer en possession d’un permis de communiquer.

Nous voilà donc à Nionko (NDLR : autre appellation de la MACO) ; la grande porte d’accès est fermée. A la devanture, une vingtaine de visiteurs patientent. Quelques minutes plus tard, elle s’ouvre enfin. A l’agent nous remettons le permis et notre pièce d’identité avant d’être admis à l’intérieur de la grande cour. Après un contrôle de routine au premier poste, où l’on a obligation de se débarrasser de son téléphone portable, nous sommes appelé plutôt au second, encore plus loin. Là, on procède par appel avant que le visiteur n’ait accès à son interlocuteur. A notre tour, nous entrons. "Au bout du couloir, vous passez à votre droite", nous dit l’agent de faction pour nous orienter.

Nous traversons ainsi le couloir qui donne accès à la cour proprement dite. Ici se trouvent le bâtiment de l’administration, le parloir, l’infirmerie, l’église, la mosquée, la bibliothèque, la cantine et... l’imposante bâtisse à trois niveaux, longue comme un train. L’état de délabrement de ses murs, visible à 100 m de l’administration, où nous étions arrêté, laisse imaginer aisément quelque souffrance de ceux qui s’y trouvent. C’est de là que sortent les prisonniers pour rencontrer leurs visiteurs. A l’arrière-plan se trouvent d’autres bâtiments, apparemment mieux aménagés, abritant d’autres prisonniers. Mais nous n’y avons pas eu accès, puisqu’au bout du couloir, précisions-nous, nous devions tourner à droite et non aller ailleurs.

De là, nous apercevons, sous un manguier, trois (3) personnes assises sur un banc. Nous avançons. Au milieu d’elles, un jeune homme, de taille moyenne, tout de noir vêtu, chevelure bien peignée, propre comme un maître de cérémonie, l’air décontracté, répond avec un brin de sympathie à notre bonjour. Nous n’aurons pas de difficulté à retrouver notre interlocuteur du jour puisque, à la question de savoir s’il s’agissait de Maïga, l’intéressé nous répondra par l’affirmative.

Ce que confirmera par ailleurs le garde de sécurité pénitenciaire qui se trouvait à quelques mètres à notre droite, et qui veillait au grain. Nous nous saisissons d’une chaise de fortune et prenons place juste au bout. A la droite du célèbre taulard, une femme au teint clair, la cinquantaine bien sonnée, et qui nous sera présentée comme étant la mère de l’accusé ; à sa gauche, un homme, son cousin celui-là. Nous nous trouvions ainsi, pour la première fois depuis le 16 mars 2007, devant le "monstre" présenté à l’opinion nationale et internationale comme étant l’auteur du double meurtre d’Oumar Bambo Maré et de Sempana Bansé dans le cadre d’une vente de véhicule qui aurait mal tourné.

Mais que s’est-il réellement passé pour qu’on en arrive là ? Maïga a-t-il connu par le passé ses supposées victimes ? Y a-t-il eu en vérité une affaire de véhicule entre eux ? Nous n’en saurons pas grand-chose ; car si l’accusé reconnaît faire, de manière réglementaire, et ce, depuis 1993, dans l’import-export, la location de véhicules, la vente de pièces de rechange de voitures... il jure par tous les dieux n’être mêlé ni de loin ni de près à cette affaire. "Je n’ai jamais connu les sieurs Maré et Bansé. Il en est de même pour les propriétaires des Kundé, que je n’ai jamais connus, et avec qui j’ai encore moins traité". Je ne sais pas ce que mon nom vient faire dans cette affaire". Pareil pour Aboubacar Sana, son présumé complice, avec qui il partage la cellule et que Maïga nie avoir connu auparavant.

Pourquoi alors tout semble partir et revenir à lui ? "Je ne sais vraiment pas. C’est le ciel qui m’est tombé sur la tête. Je ne comprends pas ce qui m’arrive", répond-il, l’air étonné, entrecoupé dans ses propos par la poussière du vent d’harmattan de ce mois de février finissant. Cloîtré entre quatre murs dans sa cellule depuis bientôt une année, l’homme avoue être moralement atteint et dit même avoir quelques problèmes de santé. Lesquels ? "Ce n’est pas la peine d’en parler... Vous voyez le pantalon que je porte, il flotte maintenant ; il serrait plus que ça", se contente-t-il de lâcher. Mais qu’à cela ne tienne, avec un livre saint en main, Modibo Ali Maïga garde une certaine sérénité et tente de s’armer de beaucoup de courage ; il se dit même confiant : "Je n’ai pas peur, parce que je sais qu’au Burkina la justice existe.

Et je sais que le jour où je serai jugé, je serai blanchi à coup sûr", se convainc l’accusé, même s’il regrette au passage que, pour cette affaire de crime, où il ne serait qu’un bouc-émissaire, il soit écroué à la MACO depuis un an "gratuitement". Une chose qui a engendré, par voie de conséquence, l’arrêt de ses activités commerciales, grâce auxquelles il gagnait sa vie. Il est appuyé dans ses jérémiades par son cousin et surtout par sa mère, visiblement remontée. "Les gens trouvent que mon fils fait le malin. Mais c’est avec son argent-là...", déplore-t-elle, elle qui dit se remettre de son entorse au pied et de ses cicatrices au visage, toujours visibles sur sa peau, cicatrices qui auraient été causées par un groupe de mécontents venus piller et incendier leur domicile sis à la Patte-d’Oie.

Pour la mère et le cousin, venus voir le prévenu Maïga, ce dernier n’est ni plus ni moins que victime d’une injustice. Et pour eux, il purge une peine pour une faute non commise, car lui n’est qu’un bouc émissaire. Plus ils parlent, plus le ton monte, plus ils s’énervent visiblement face à la situation dans laquelle se trouve Modibo. Et bien de fois, c’est la "victime" qui régule la discussion, en jouant les modérateurs, allant même jusqu’à vouloir interdire la parole à sa mère. Nous sommes à la fin des 15 mn de communication autorisées.

L’agent de sécurité nous le rappelle pour la deuxième fois. Il faut bien arrêter la conversation. Avant de nous quitter, Maïga tente de nous rassurer : "Je veux que vous reteniez une chose : je suis né ici. Je vendais des pièces de voitures, de motopompes... je faisais de la location de véhicules. Par jour, je gagnais au moins 40 000 F. Ça me suffisait, je gagnais ma vie avec ça. Je n’ai pas besoin de tuer quelqu’un pour quoi que ce soit. Je n’envie personne".

En attendant le jugement, pour lequel il s’est attaché les services d’un avocat, dont il préfère taire le nom, l’évocation du seul nom Maïga, célibataire sans enfant, renverra encore pour longtemps à cette ténébreuse affaire du double meurtre de Maré et de Bansé. En sera-t-il autrement un jour ? C’est tout le mal que nous lui souhaitons. Mais wait and see !

Dossier réalisé par Boureima Diallo Adama Ouédraogo Damiss Nankoita Dofini

L’Observateur Paalga du 17 mars 2008



18/03/2008
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