L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Corrections aux examens : Une mafia organisée

Corrections aux examens

Une mafia organisée

 

Pour l'auteur de l'écrit suivant, le système d'organisation des examens, notamment ceux du BEPC et du BAC, connaît de sérieuses imperfections. A titre d'exemple, celui-ci fait des observations sur le choix des correcteurs, qui, selon lui, est loin d'être pédagogique : c'est une mafia organisée.

 

Avant d'aborder l'objet de mon écrit, je tiens à féliciter toute l'équipe de votre journal pour le travail abattu à travers vos écrits. Les pages accordées aux points de vue de personnes quelquefois anonymes concourent, à n'en pas douter, au développement et à la culture de l'information plurielle, partant, à l'enracinement de la liberté d'opinion au Burkina Faso.

Ce que je tiens à dire à travers mon écrit aurait pu être dit par mes devanciers dans le corps enseignant. Professeur certifié de mon état, il m'est arrivé de constater de sérieuses lacunes, incohérences, injustices dans le système des examens, notamment le BEPC et le BAC. Je me contenterai ici de faire quelques observations sur le choix des correcteurs aux examens de fin de cycle au secondaire.

 

Des professeurs tenant les classes d'examen

 

Ayant tenu plusieurs fois de suite des classes d'examen, je crois être bien placé pour dire ce qui suivra.

Dès le mois de novembre de chaque année, les chefs d'établissement reçoivent des correspondances de l'O.C.E.C.O.S. et de l'Office du Baccalauréat concernant les propositions de sujets aux différents examens. Généralement, ce sont les professeurs qui tiennent les classes d'examen qui reçoivent les fiches de propositions de sujets. C'est tout à fait normal puisqu'ils vivent l'examen avec leurs classes et ont de surcroît la maîtrise des programmes.

Ce qu'il faut savoir, c'est que le travail de proposition de sujets est un travail fastidieux qui absorbe pratiquement nos congés du premier trimestre. Il s'agit, en effet, de proposer des sujets originaux, qui ne sortent d'aucun manuel ou usuel. Il faut non seulement proposer des sujets, mais aussi des corrigés. Et tout cela, dans un délai bien précis (avant le 15 janvier généralement).

Au début du mois de juin, c'est-à-dire à l'approche du BEPC, les convocations commencent à parvenir aux différents chefs d'établissement. C'est avec une grande déception que de nombreux collègues tenant des classes d'examen constatent qu'ils n'ont pas reçu de convocation. Si au niveau du BEPC, des efforts sont faits ces dernières années, il faut dire qu'au niveau du BAC, beaucoup restent à faire. Au moment où j'écrivais ces lignes, de nombreux collègues qui ont tenu des classes de terminale et qui avaient proposé des sujets en début d'année n'avaient pas été convoqués pour la correction du BAC. Si certains professeurs qui ont tenu des classes d'examen et qui ont proposé des sujets sont écartés des corrections, alors qui sont les correcteurs à nos examens ?

 

Une affaire d'argent

 

La période des examens est devenue au Faso une période de «deal», de course aux indemnités de corrections, en tout cas pour certains collègues qui ne sont plus en activité. De nombreux collègues qui sont aujourd'hui affectés au Ministère, aux directions régionales ou détattachés dans d'autres structures académiques ou culturelles, sont, à notre grande surprise, convoqués chaque année comme correcteurs aux examens. Et cela, au détriment des professeurs qui ont tenu des classes d'examen dans des établissements de renommée (je sais de quoi je parle). Ces correcteurs opportunistes ont-ils rempli, comme nous, les fiches d'identification des correcteurs en début d'année ? Comment ont-ils eu accès à ces fiches ?

Qui a permis leur inscription comme correcteurs ou secrétaires de jury ? Est-ce à dire qu'il y a insuffisance de correcteurs ? Est-ce à dire enfin que certains professeurs qui tiennent des classes d'examen et qui ont eu à proposer des sujets sont incompétents quant aux corrections ? Autant de questions auxquelles nous attendons des réponses de la part des responsables des structures chargées de l'organisation des examens.

Tout porte à croire que certaines personnes à l'O.C.E.C.O.S. et à l'Office du BAC travaillent chaque année, dans l'impunité, à proposer leurs proches comme correcteurs ou secrétaires de jury, quitte, après, à partager le «gombo». C'est vraiment dommage pour le système éducatif burkinabé qui est frappé par une sorte de corruption qui ne dit pas son nom.

Comment corriger aux examens quand on n'est plus en activité ou en exercice ? Il va sans dire que nos élèves, avec lesquels nous avons passé des mois de durs labeurs, seront évalués par des individus venus de nulle part, des correcteurs fantômes qui ne sont plus au parfum des programmes et des contextes.

 

Un désordre organisé

 

Pendant que de nombreux professeurs se retrouvent sans convocation, il n'est pas du tout rare de trouver certains collègues avec deux, trois ou quatre convocations. Comment est-ce possible ?

Tout d'abord, il convient de dire que le choix des correcteurs n'est sans doute pas une mince affaire compte tenu du nombre de dossiers à traiter à l'échelle nationale. La manipulation des fiches demande probablement de l'attention et des heures ardues de travail. Donc, cet état de fait peut être à l'origine des nombreuses convocations d'une seule personne. Mais cela ne peut être une excuse, car les fiches sont restituées généralement avant la mi-janvier. Même si l'erreur est humaine, pourquoi chaque année les mêmes bêtises ?

Ce qui nous semble  l'explication probable de cet état de fait, c'est le problème de la prise en charge des correcteurs. En effet, un correcteur (toutes matières confondues) a droit à une prise en charge plus les frais de correction. Un correcteur qui se retrouve avec deux ou trois convocations, au lieu d'avoir logiquement autant de prises en charge, se retrouvera avec une seule. Il ne gagne qu'au niveau des copies, qui sont évidemment plus nombreuses. Alors, à qui profite cette situation ? Vous avez deviné, ce sont les structures chargées d'organiser les
examens qui en profitent. Faites, en effet, une estimation rapide et vous vous rendrez compte que ce sont des centaines de milliers de nos francs qui retournent dans les caisses, que dis-je dans les poches, car on peut justifier autrement ces retenues sur du papier. Du coup, la qualité des corrections est reléguée au second plan parce qu'on veut faire des retenues sur le budget prévu à cet effet. Le travail de deux ou trois personnes est finalement abattu par un seul individu dans un temps relativement bref.

Enfin, il y a ceux-là qu'on pourrait appeler les «intouchables». Ce sont les professeurs (hommes mais surtout femmes) qui sont chaque année non seulement correcteurs ou secrétaires de jury, mais surtout et toujours en déplacement. Quand on sait que les correcteurs en déplacement ont une prise en charge particulière, il est facile de deviner pourquoi ce sont toujours les mêmes personnes qui se déplacent. Il y a évidemment quelque chose de louche dans tout cela.

Décidément, le système scolaire burkinabé est mal en point à plusieurs niveaux. En plus des fraudes aux examens, c'est toute une mafia qui est organisée autour des corrections. Il revient aux plus hautes autorités du Ministère des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique de prendre leurs responsabilités - comme elles ont su bien le faire dans le cas des fraudes récentes au BEPC- afin de mettre chacun à sa place. Si mon écrit venait à être publié, j'espère qu'il susciterait des réactions de la part de mes collègues à travers des structures habilitées à revendiquer. Si rien n'est fait pour freiner toute cette magouille, cette injustice, la déception et le découragement s'empareront de nombreux professeurs ; ce qu'il faut impérativement éviter. A bon entendeur, salut !             

 

CH.C.

Un professeur écœuré et déçu

L’Observateur Paalga du 11 juillet 2007



11/07/2007
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