L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Gouvernement de la rhétorique au Sénégal

Sénégal

Gouvernement de la rhétorique

 

Déclarations à l’emporte-pièce. Improvisations renversantes. Embardées verbales. Voilà l’image, peu ragoûtante, qu’offre depuis quelque temps l’Etat sénégalais.

En effet, depuis l’entame chaotique du second mandat du président Abdoulaye Wade, plus rien ni  personne ne semble trouver grâce aux yeux des gouvernants de ce pays, qui se veut pourtant une terre d’hospitalité, la terranga en langue wolof.

Si ce n’est pas le chef de l’Etat lui-même qui envoie des salves de sarcasmes sur une personnalité d’envergure internationale ou sur une organisation sous-régionale ou même mondiale, ce sont ses porte-flingues qui s’en chargent sur fond de menaces et de chantages de tous ordres.

Dakar aurait-il fait de la guérilla diplomatique le moyen de se faire entendre dans le concert des nations ? Tout porte à le croire depuis que les prêches du prophète du sopi  n’emballent plus grand monde après un septennat peu glorieux.

Dernière envolée en date de l’actuel locataire de l’avenue Roume, le dimanche 4 mai 2008 à l’occasion du lancement de la  «GOANA»,  la grande offensive pour la nourriture et l’abondance. Face à la crise alimentaire qui assaille nombre de pays, dont le sien, Wade- man-show, pour parler comme un confrère, n’a pas trouvé mieux que de jeter en pâture la FAO, l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture  à ses ouailles qui crient famine. «La FAO est un gouffre financier qu’il faudrait supprimer», a-t-il éructé avant de menacer de traîner l’organisme onusien en justice «si elle ne rembourse pas sa part de l’aide financière internationale qu’elle prélève pour ses frais de fonctionnement». Littéralement projeté dans les cordes par ce sans-gêne diplomatique d’un président octogénaire, qui plus est un compatriote, Jacques Diouf, le directeur général de l’organisme incriminé, n’a pas manqué d’arguments pour faire pièce à Me Wade.

Dans sa réaction, M. Diouf a expliqué à son détracteur de luxe le rôle de conseil et d’expert technique de l’agence onusienne avant de faire plier à Gorgui, vieil homme en wolof, un genou sur le sol. Il a, en effet, demandé au chef de l’Etat sénégalais de plutôt s’intéresser aux dépenses coûteuses en infrastructures effectuées à l'occasion du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) tenu à Dakar alors que se profilait à l’horizon la crise alimentaire mondiale.

Une passe d’armes dans laquelle se sont invités nombre d’internautes, dont la majorité a pris fait et cause pour le fonctionnaire international et l’a invité, comme on le voit souvent dans les arènes de lutte sénégalaises, à une prise de soumission de l’adversaire : brandir l’éventualité de sa candidature à la prochaine présidentielle dans le but de contrarier le dessein du sénile,  soupçonné de préparer son fils Karim à assumer la plus haute fonction de l’Etat.

Quelque trois semaines avant le déclenchement de cette guéguerre oratoire de titans, c’était au ministre de l’Artisanat et du Transport aérien, Farba Senghor, d’effectuer, c’est le cas de le dire, des loopings dangereux dans l’espace de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA). Dans une déclaration, diffusée à travers les ondes de la radio du monde, RFI, le franc-tireur sénégalais menaçait de ne pas approuver les résultats de l’audit international de l’organisation continentale si «celle-ci ne prend pas en compte les préoccupations du Sénégal». Une condition assortie d’une autre menace : «L’ASECNA sera tenue pour responsable de tout ce qui adviendra»,  a lancé Farba Senghor.

Le ministre aurait voulu remettre sur le tapis les velléités poltronnes de son mentor de quitter la table des chefs d’Etat des pays membres de l’ASECNA qu’il ne s’y  serait pas pris autrement. Mais mal lui en a pris. Un cadre de l’Agence, dans une démarche pédagogique, lui a rabattu le caquet en le renvoyant tout simplement aux classiques de l’Agence.

Ces incartades répétées au sommet de l’Etat sénégalais sont d’autant plus regrettables que déjà, sous feu le président Léopold Senghor, existait dans le pays une structure, quasi unique en son genre, chargée de «l’étude et de la méthode».

C’est connu, sans méthode, toute entreprise, même la plus noble, est vouée à l’échec.

Ce que le père de l’indépendance sénégalaise avait compris dès les années 60 et s’attachait à appliquer dans la conduite des affaires de l’Etat, près de 50 ans plus tard, le président Wade semble s’en soucier comme d’une guigne.

 

Alain Saint Robespierre       

L’Observateur Paalga du 12 mai 2008



12/05/2008
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