L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La retraite d'un méchant rêveur

Cuba

La retraite d'un méchant rêveur

 

Il ne lui suffisait pas de livrer son dernier combat, le plus difficile sans doute, contre la maladie et la mort, il fallait en plus qu'il montre qu'il est toujours en possession de tous ses moyens physiques et intellectuels. Un désir d'éternité, qui se traduisait de temps à autre par une apparition à la télé, depuis son lit d'hospitalisation, à la faveur d'une visite de ses amis Lula ou Chavez. Qu'importe s'il flotte littéralement dans son training aux couleurs de Cuba, qui a remplacé depuis sa fameuse tenue vert olive et sa casquette, les besoins de l'agit-prop politique commandent qu'il soit visible. "Vous voyez comme je pète la forme",  semble-t-il dire parfois, pince-sans-rire.

Mais notre horloge biologique est ainsi faite qu'aucun forcing, pas même celui d'un champion toutes catégories des interminables harangues enflammées, ne peut la faire fonctionner. Fidel Castro a donc fini par se rendre à l'évidence : malgré les semblants d'exercices physiques désordonnés qu'il faisait à la face du monde, à 81 ans, et c'est un truisme, il n'a plus le cœur et les jambes de ses 20 ans.

Cloué au lit depuis 19 bons mois après avoir été victime, en juillet 2006, d'une méchante hémorragie intestinale, il ne sera donc pas candidat à sa propre succession dimanche quand le Parlement cubain se réunira pour "élire" le président du Conseil et le commandant en chef. Il l'a dit et répété dans un message à ses compatriotes, publié dimanche dans l'édition électronique de Granma (1), l'organe officiel du régime. Le leader charismatique de la révolution des barbudos conserve toutefois, et sans doute à vie, le poste de secrétaire général du parti communiste cubain. Son frère Raul, 76 ans, qui assure l'intérim depuis bientôt deux ans,  devrait en toute logique se voir confirmer à son poste.

C'est en soi la fin d'une époque, même une petite révolution, tant le Lider Maximo aura dominé du haut de son mètre 90 la vie politique de cette île durant ces 50 dernières années. Avec du bon, comme les succès certains en matière d'éducation et de santé (les médecins cubains étant même devenus un des principaux produits d'exportation au même titre que la Havana); du moins bon à l'image de l'économie du pays, conduit à la banqueroute  par les politiques hasardeuses d'un socialisme forcené ("le socialisme ou la mort", scandait-il encore après l'effondrement de l'URSS) ; et du franchement détestable telles la confiscation des libertés collectives et individuelles, les violations massives des droits de l'homme, les féroces répressions contre les dissidents, traqués à l'intérieur et à l'extérieur, en un mot comme en mille le déni de démocratie. L'histoire retiendra l'image de ces milliers d'hommes et de femmes, ces fameux balseros, véritables naufragés économiques et politiques tentant de gagner dans des embarcations de fortune la Floride voisine. A l'image de ces immigrants clandestins africains qui périssent en mer en voulant rallier l'Europe en pirogues.

C'est cela, la face sombre de l'héritage castriste, un goulag géant de 110 000 km2 où, vous vous doutez bien, on ne peut pas pisser et secouer comme on dit chez nous. Il est vrai que l'île, qui a failli nous valoir une troisième guerre mondiale avec la crise des missiles en octobre 1962, n'a pas été épargnée par son puissant voisin, qui lui impose depuis 45 ans un sévère embargo commercial ; qui a tenté à plusieurs reprises de renverser Castro, notamment par le débarquement raté de la Baie de Cochons en 1961 ; sans oublier les multiples tentatives d'assassinat aux mille et une méthodes. Il en aura réchappé, se payant au passage le luxe et l'élégance d'user pas moins de 10 locataires de la Maison-Blanche.

C'est cette image d'opposant à l'hégémonie américaine qui vaut sans doute encore à l'ami Fidel un certain capital de sympathie dans de nombreux pays, surtout les plus petits et les plus faibles. Car, il faut le faire, résister à l'ogre yankee, qui a toujours vu d'un très mauvais œil l'érection d'une tour de contrôle communiste à 150 kilomètres de ses côtes et qui n'a jamais ménagé, comme on l'a vu plus haut, ses efforts pour la détruire, n'est pas donné à tout le monde. Encore qu'à l'origine, ce soient même les Américains qui aient contribué à jeter "el comandante" dans les bras de Moscou et de Pékin, car quand le tombeur du dictateur Fulgencio Batista, qui fut, soit dit en passant, une marionnette des Etats-Unis, est entré à la Havane le 8 janvier 1959, le joyeux luron de révolutionnaire, amateur de belles créatures et de cigares, qui a grandi dans la tradition catholique avec un passage chez les Jésuites, n'était pas à proprement  parler un communiste. Tout au plus était-il progressiste et anti-impérialiste, voire un doux (ou un méchant) rêveur, passablement illuminé, qui avait osé graver dans le marbre des lois cubaines que le socialisme, en tant que système socio-politique et économique élevé au rang de dogme, est irréversible dans son pays.

Maintenant donc que l'heure a sonné pour le flamboyant grand frère dans cette dynastie fraternelle, et que le provisoire, l'intérim, va se transformer en définitif pour le petit dernier des Castro, la question que tout le monde se pose est celle-ci : qu'est-ce qui va changer ?

Peut-être pas grand-chose, et ceux qui s'enthousiasment un peu trop vite devraient faire preuve d'un optimisme mesuré. Les réfugiés de "Little Havana" à Miami, parmi lesquels la propre fille de Fidel, qui ont célébré la retraite du vieux Lion comme le début d'une aube nouvelle, devraient sans doute prendre encore leur mal en patience, car ainsi que le dit l'un d'eux dans une formule assassine "Fidel ou Raul, c'est le même chien avec un autre collier". N'oublions pas qu'avant d'avoir tous les leviers du pouvoir, le pâlichon et secret Raul, la parfaite antithèse de son aîné, est depuis toujours le tout-puissant ministre des FAR (Forces armées révolutionnaires) et le patron des services de renseignements, autrement dit l'exécuteur des basses œuvres du régime castriste. Ce n'est donc pas maintenant que l'homme de l'ombre  est propulsé au devant de la scène à la faveur de la maladie et de la récente abdication de son frangin que le loup va se transformer subitement en agneau.

Certes, on le dit plus pragmatique que l'autre, on lui attribue même une volonté de réformes et d'ouverture, mais ce n'est pas parce qu'il a souhaité en 2001, bien avant donc la retraite de Fidel, la normalisation avec "l'Incarnation du Mal" qu'il va effectuer tout de suite un virage à 180%. Tout au plus peut-on espérer des réformettes dans le domaine économique sans toucher fondamentalement à la nature même du pouvoir, qui est d'essence dictatoriale.

Un peu à l'image du concept "un pays deux systèmes", en vigueur chez le grand frère chinois, autrement dit l'art de détester un arbre (le capitalisme) tout en voulant savourer délicieusement ses fruits.

 

Ousséni Ilboudo

L’Observateur Paalga du21 février 2008

 

Notes

(1) Du nom de ce voilier légendaire de douze places à bord duquel, le 2 décembre 1956, Fidel Castro et 81 de ses éléments, dont Ernesto Che Guevara, tentèrent une opération pour rentrer à Cuba.



21/02/2008
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