L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Longtemps au pouvoir : "Ça menace la paix"

Longtemps au pouvoir

"Ça menace la paix"

 

Instituée depuis 2001 par l'Organisation des Nations unies (ONU), la journée mondiale de la paix est célébrée chaque 21 septembre. Notre pays, qui n'est pas en reste, commémore diversement cet événement. Des associations et autres structures ayant inscrit leur action dans la recherche de la paix saisissent l'occasion pour se faire entendre.

C'est le cas du Mouvement de la paix, pour qui, de graves menaces pèsent sur le climat pacifique au Burkina ; le Club des amis pour la paix et l'intégration pour sa part, pense que pour asseoir les bases d'une paix durable, il faut cultiver la tolérance et la non-violence partout.

 

Le 21 septembre de chaque année, le monde entier commémore la Journée internationale de la paix (J.I.P), conformément à la résolution prise par l'Organisation des Nations unies (ONU) le 7 septembre 2001.

Le Mouvement de la paix Burkina, association pacifiste, laïque et indépendante qui œuvre depuis sa création contre les guerres, pour la consolidation de la paix au Burkina Faso et pour la défense et la promotion des Droits humains, saisit cette opportunité pour une fois encore attirer l'attention des gouvernants et des gouvernés sur les graves menaces à la paix qui pèsent sur notre chère patrie, le Burkina Faso.

Les menaces traditionnelles à la paix dans notre pays sont bien connues de tous, ce sont : la corruption, l'impunité, la pauvreté, les conflits entre agriculteurs et éleveurs, les conflits électoraux...

Mais, la menace nouvelle particulièrement grâve et sérieuse demeure la longue période ininterrompue du Président Compaoré à la tête de l'Etat. En effet, dans moins d'un mois ou plus précisément le 15 octobre 2007, le Président Compaoré bouclera sa 20e année consécutive à la tête de l'Etat burkinabé et entamera ainsi au petit matin du 16 octobre 2007 sa 21e année d'affilée au pouvoir.

 

Vingt ans au Burkina

 

Cette longue période non STOP à la tète de l'Etat est une menace sérieuse à la Paix pour notre pays.

En effet, lorsque l'on fait une petite analyse comparative des guerres qui ont secoué les pays du sud du Sahara et plus particulièrement ceux dits  francophones, on constate avec amertume que le point commun entre tous

ces pays en guerre ou l'ayant connue demeure la longue période ininterrompue (20 ans et plus) que leurs présidents respectifs ont passé à la tête de l'Etat.

Et après le départ de "l'indispensable" Président que ce soit par insurrection, par putsh (RDC, Mali) ou par accident criminel (Rwanda) ou par mort naturelle (RCJ, Togo) le pays subit un désastre, une éruption volcanique sociale aux conséquences indescriptibles.

Avant le départ du pouvoir de "l'illuminé" Président, le pays est porté aux anges par les partisans locaux de ce dernier mais aussi hypocrisie oblige, par certains pays occidentaux puisque cette situation de monarchisation de fait du pouvoir leur permet de piller tranquillement et en toute impunité les immenses richesses naturelles et autres matières premières de ces pays.

 

Plus de 30 ans en RDC

 

* C'est ainsi que Mobutu Sese Seko passa 33 ans au pouvoir au zaïre (RDC) ; son pays était considéré comme les U.S.A. d'Afrique où il faisait bon vivre. La monarchisation de fait de son régime faisait l'affaire des dirigeants français, belges et américains de l'époque. Après sa chute, il sera traité de tous les maux par ses amis, ses ministres, ses députés, mais aussi par ses protégés occidentaux d'hier. Le pays plonge dans une guerre civile qui a fait plus de 3 millions de morts, 6 millions de réfugiés et de déplacés, le plus lourd bilan humain au monde depuis la seconde guerre mondiale.

Mobutu, assoiffé de pouvoir, qui a fait assassiner Patrice LUMUMBA, avait peur de quitter le pouvoir mais il ignorait qu'un jour le pouvoir le quitterait.

 

Le cas du Mali

 

* Moussa Traoré passa plus de 20 ans non stop au pouvoir au Mali. Son pays était considéré comme un modèle en Afrique de l'Ouest. Ces partisans et autres mercenaires de la plume l'appelaient le guide, l'homme de paix, le bâtisseur... ; la monarchisation de fait de son régime faisait l'affaire des dirigeants de certains pays du Nord qui ne souhaitaient pas qu'il ait un changement ou une alternance au Mali.

Après sa chute, il connaîtra la prison à perpétuité. Sa destitution a fait de nombreux morts et plongé le pays dans la guerre connue sous le nom de guerre Touareg et à ce jour la paix définitive n'y est toujours pas réalisée.  Moussa Traoré était impliqué, lui aussi, dans la mort du Président Modibo Keita et c'est pourquoi il avait peur de quitter le pouvoir, ignorant qu'un jour le pouvoir va le quitter et le jeter en prison.

 

Et en Côte d'Ivoire

 

Houphouët Boigny passa plus de 30 ans non stop à la tête de l'Etat ivoirien. Son pays était cité en exemple par la Banque mondiale, le FMI, qui le qualifiaient de bon élève de ces institutions financières. Les dirigeants occidentaux ne tarissaient pas d'éloges à son égard : la Côte d'Ivoire "modèle de la bonne gouvernance", "havre de paix",

"forteresse de la stabilité institutionnelle" et patati patata. La monarchisation de fait du régime faisait l'affaire de certains pays occidentaux, surtout de la France, qui y a même installé une base militaire permanente, se croyant toujours à tort en Afrique occidentale française (AOF) de l'ère coloniale. Ni courtisans ni l'Occident ne voulaient le changement ou l'alternance et encore moins l'alternative en RCI. Après la mort naturelle du Président Houphouët, la guerre de succession que ce sont livrés ses héritiers a fait place à la vraie guerre pendant 5 ans environ. Lui aussi était impliqué dans l'extermination des Béthés au milieu des années 60 et avait pratiquement vendu son pays à la France. Il ne voulait pas quitter le pouvoir et son pays prit feu en 2002.

 

Et au Togo

 

* Gnassimbé Eyadema a passé environ 37 ans d'affilée à la tête de l'Etat togolais. Les Occidentaux vantaient le pays, flattaient ses dirigeants, fermaient les yeux sur la monarchisation de fait de son régime et ses conséquences. Le Togo était considéré comme la Suisse d'Afrique, un havre de paix. Le Président Gnassimbé, lui, était "un don divin", le "Timonier"... Après la mort du Président par suite de maladie, le pays a connu des violences, des émeutes, des violations massives et graves de droits humains : 500 morts pour certains, plus de 1000 morts annoncés par d'autres sources associatives ; environ 25 000 à 30 000 réfugiés et déplacés au Ghana et au Bénin. Le pays a frôlé la guerre civile.

La réconciliation nationale se fait toujours attendre et l'on se demande si le nième accord de paix de Ouagadougou sur le Togo parviendra à conjurer le spectre de la rupture de la paix dans ce pays. Le Président Gnassimbé, lui aussi, était impliqué dans l'assassinat du Président Gilchrist Olympio et avait peur de l'alternance.

Tous ces exemples parmi tant d'autres nous enseignent qu'une trop longue période (20 ans et plus) ininterrompue passée à la tête de l'Etat par une seule et même personne constitue une menace réelle, grave et sérieuse à la Paix.

Or, comme annoncé plus haut, le Président Compaoré entamera au petit matin du 16 octobre 2007 sa 21e année consécutive à la tète de l'Etat burkinabè.

Le Rubicon vers la monarchisation de fait du régime Compaoré et donc vers la rupture de la paix dans notre pays est en train d'être franchi allègrement à la lumière de l'analyse et du constat qui viennent d'être faits. Alors, qui sauvera le Burkina Faso, qui s'achemine vers le chaos?

Le Mouvement de la paix pense que la solution au problème est interne : ce sont les Burkinabè qui feront leur propre histoire. La solution pour la consolidation de la paix et contre sa rupture dans notre pays pourrait venir du Président Compaoré lui-même ; il pourrait décider de démissionner volontairement avant la fin de son quinquennat et dans un délai raisonnable. Une élection présidentielle anticipée est alors organisée conformément à la Constitution et un ou une autre Burkinabé succède au Président car des Burkinabè "en forme et toujours déterminés à œuvrer pour le bien-être des populations du Burkina et à faire avancer le pays" sont nombreux et se recrutent dans tous les partis politiques, toutes tendances confondues et dans tous les secteurs socioprofessionnels.

Ou alors, le peuple burkinabè dans un sursaut républicain, citoyen et pacifique s'organise et se mobilise dans un front pour la paix et contre la guerre, parvient à contraindre le Président Compaoré à observer ne serait-ce qu'une pause de 5 ans au moins (à la Kérékou) au nom de la paix.

Aussi, en ce jour commémoratif de la JIP, le Mouvement de la paix, au nom justement de la paix pour notre chère patrie :

* exhorte les Majestés 5 Grands Rois du Burkina Faso, les ex-membres du Collège de sages, le Comité d'éthique et les personnalités non partisanes des communautés chrétiennes et musulmanes, forces morales de notre pays, à s'abstenir de participer aux manifestations des 20 ans de pouvoir du Président Compaoré pour ainsi conforter leur statut de forces morales impartiales, œuvrant à la prévention des conflits et pour la paix ;

* instruit ses militants et ses sympathisants sur toute l'étendue du territoire à se démarquer de toute activité, toute cérémonie, pour magnifier, jouir ou se réjouir des 20 ans de pouvoir du Président Compaoré ;

* invite la société civile patriotique et démocratique à se joindre à notre association dans son combat pour la paix;

* réaffirme son attachement à la résolution pacifique et diplomatique des crises, des contentieux et des conflits dans le monde.

 

Non aux longs mandats présidentiels consécutifs, sources de guerre !

Oui à la paix !

Vive la journée internationale de la paix.

 

 

 

Pour le Mouvement de la paix

Le président

Docteur Bangba Pierre Bidima

L’Observateur Paalga du 20 septembre 2007



19/09/2007
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