L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Pour un visa, il voulait s'immoler par le feu

Ambassade de France

Pour un visa, il voulait s'immoler par le feu

 

Le vendredi  15 mars 2007, un peu avant 12 heures, nous avons été informé qu'un demandeur de visa a tenté de faire du grabuge, dans les locaux de l'ambassade de France à Ouagadougou,  au Burkina Faso. Ablassé Guigma, puisque c'est de lui qu'il s'agit, souhaitait rencontrer le Consul qui, selon lui, refusait de le recevoir. Et M. Guigma de forcer la  main à l'agent  consulaire français, et de quelle manière !

 

Ablassé Guigma est le directeur général de Guiblass International, une entreprise d'intermédiation artistique et culturelle, qui fait aussi dans l'exportation des produits d'artisanat d'art et utilitaire. Il est également président du Cercle des amis de la culture (CAC), créé en 1998. Du reste, c'est ce qui ressort d'un entretien que l'intéressé avait accordé au quotidien l'Observateur paalga n° 6765 du vendredi 29 septembre 2006 en page 32.

 

Le Cercle qu'il préside avait initié à l'époque un concept dénommé "mouvement des guerriers de la lumière". Les objectifs dudit mouvement sont, entre autres : "dénoncer et combattre toutes les formes de mauvais traitements dont les Africains en général, et les artistes en particulier, sont victimes à l'étranger, ainsi que lutter contre les mesures draconiennes qui limitent leur déplacement hors du continent".

 

C'est donc un homme amer et très remonté contre l'ambassade de France au Burkina Faso, que nous avons vu à  notre arrivée à 12 h10 mn, devant la représentation française à Ouagadougou. On croyait y voir une foule de gens en agitation, car l'information que nous avons reçue quelques minutes auparavant laissait croire qu'il y a du grabuge du côté de l'ambassade de France dans notre capitale. Seulement une dizaine de personnes, parmi lesquelles Ablassé Guigma, se trouvaient sous un des arbres qui bordent le mur d'enceinte du Trésor public, côté est.

 

Notre demandeur de visa, Ablassé Guigma, s'étant quelque peu calmé, a débuté son histoire en ces termes : "Nous devrions nous rendre en Italie pour la signature d'un protocole d'accord avec la commune de Roccalumera en Sicile. Je me suis adressé   à l'ambassade de France pour avoir un visa court séjour. On m'a fait savoir que   cela ne posait pas de problème. Et après avoir examiné mon dossier, on m'a demandé de le faire traduire au ministère des Affaires étrangères ; c'est ce que j'ai fait, et la traduction du document, de sept pages, m'a coûte 5 000 F CFA la page. J'ai rassemblé tous les documents nécessaires que l'ambassade a exigés, parce que nous sommes une société".

 

Mais les choses ont commencé à ne pas aller dans le sens souhaité par le directeur général de Guiblass International, lorsque la représentation diplomatique de France lui a conseillé d'aller voir l'ambassade concernée la plus proche en l'occurrence celle d'Italie, puisqu'il demande un visa pour ce pays. Ce que M. Guigma dit ne pas comprendre, parce qu'il estime qu'il appartient à la mission diplomatique française d'étudier son dossier avec l'ambassade d'Italie auprès du Burkina, qui est basée en Côte d'Ivoire.

 

Et Ablassé Guigma de se rappeler qu'il a déjà subi ce cas. "Je sais que l'ambassade concernée a toujours refusé, parce qu'on n'est pas recommandé par une autre".

 

Cela fait   deux semaines que le dossier de demande de visa du président du Cercle des amis de la culture piétine. L'ambassade de France lui ayant suggéré de voir avec la représentation diplomatique italienne, et lui cherchant à rencontrer le Consul français à Ouagadougou pour comprendre : "J'ai tout fait, clame M. Guigma, on m'a conseillé d'écrire une lettre au Consul ; j'ai même adressé une correspondance à l'ambassadeur de France".

 

Comme pour démontrer sa bonne foi, le DG de Guiblass International nous remet une copie d'une lettre en date du 12 mars 2007, à l'adresse de l'ambassade de France au Burkina Faso, dans laquelle on peut lire ceci : "Son   Excellence, j'ai l'honneur de solliciter auprès de vous un entretien afin d'avoir la possibilité de vous expliquer le contenu de notre mission en Italie. Alors que notre dossier ne semble pas présenter de difficultés ou de risques d'après Madame Ester Belli, son renvoi auprès de l'ambassade d'Italie en Côte d'Ivoire nous désespère.

Nous avons suivi à la lettre toutes les exigences du Consulat, nous avons dépensé beaucoup d'argent inutilement pour cela,    nous avons mobilisé le maire italien qui nous invite et tout cela pour être  refoulé injustement. Je souhaite très sincèrement et pacifiquement ainsi la possibilité d'échanger avec vous sur notre dossier. La rencontre en Italie était prévue pour le 9 mars 2007 et a été retardée pour nous attendre...". 

 

Quand je téléphone au Consulat, nous confie, avec un air triste mêlé de colère, notre interlocuteur, un individu me répond que le Consul est absent, est en mission ou n'est pas dans son bureau ; cela veut dire qu'on n'aura jamais une réponse et le temps passe.

Il y a de l'injustice qui se passe au niveau des ambassades par rapport au visa, martèle Ablassé Guigma qui   dit ne rien comprendre du tout.

 

A l'entendre, il a déjà été en Italie à deux reprises. Une fois se souvient-il, c'était par pression que l'ambassade lui avait délivré le visa. La deuxième fois, il aurait demandé à ses partenaires d'intervenir auprès de la représentation diplomatique italienne au Ghana.  Cette fois-ci, il s'en est fallu de peu pour que notre demandeur de visa ne s'immole pas par le feu, dans les locaux de  l'ambassade de France à Ouagadougou, au Burkina Faso, le vendredi 16 mars denier.

 

Dans leur brochure, vocifère le concepteur du "mouvement des guerriers de la lumière", ils écrivent que quand ils refusent le visa à quelqu'un, il n'y a pas d'explication  à lui donner. "Pourquoi ? C'est cela qui  m'a amené à vouloir poser cet acte. Je suis rentré là, où le mal s'est produit et j'ai dit, soit le Consul m'écoute, soit je me mets le feu ; cela a suffi pour que le Consul sorte calmer la situation".

 

Justement, nous avons voulu entendre le Consul sur le dossier du visa que demande M. Guigma afin de se rendre en Italie et de signer un protocole d'accord avec la commune de Rocalumera. Et joint au téléphone, parce qu'il ne reçoit que sur rendez-vous préalablement pris, l'agent consulaire a préféré nous confier au service de presse de l'ambassade, et donc c'est Xavier Brun qui s'est exprimé.

 

Pour M. Brun qui n'a pas souhaité se prononcer sur la  question du dossier du visa, la cause de l'incident de vendredi dernier est que ce monsieur (Ablassé Guigma) s'est montré menaçant. Ce dernier est arrivé à l'ambassade, précise-t-il, avec un  bidon d'essence qu'il a commencé  à verser sur lui dans le couloir du Consulat qui est ouvert au public et il menaçait de faire brûler tout ; ce qui nous a conduit, pour une raison de sécurité, à le faire sortir de l'ambassade.

 

Mais le problème de fond n'est-il pas celui du visa ? Non, rétorque Xavier Brun qui soutient que le problème de fond, c'est son comportement, "c'est un comportement parfaitement délictueux et inacceptable". Ce ne sont pas des manières de faire, coupe-t-il   court.

 

Et son visa ? demandons-nous avec insistance, dans notre  bref entretien téléphonique. Et notre confrère du service de presse français de rappeler que le visa est pour l'Italie, par conséquent, on lui a dit de prendre contact avec l'ambassade italienne. Il ne peut donc pas avoir de visa avec vous ? persistons-nous sur le sujet. Même réponse de notre correspondant, "On lui a conseillé de prendre contact avec l'ambassade d'Italie, effectivement. M. Guigma se demande pourquoi lui avoir fait payer des frais de dossiers inutilement ?

 

Et le représentant de l'ambassade d'expliquer : "Ce sont des frais de dossiers indépendamment de l'issue de la demande" ; il s'empresse d'ajouter que ce n'est pas une discrimination particulière qui lui est infligée, tout le monde paie les mêmes frais de dossier, conclut-il.

C'est à ne rien comprendre !

 

Notre confrère français n'en démord pas non plus et y va de ses arguments. "Les frais de dossiers sont liés au traitement du dossier, et pas à la décision finale ; c'est comme ça dans tous les pays".

 

Ah bon ! nous étonnons-nous.

"C'est ainsi pour tout le monde ; à partir du moment où on prend votre dossier, on vous fait payer des frais de dossiers, donc encore une fois, ce n'est pas une discrimination particulière, c'est comme ça dans toutes les ambassades et pour tous les demandeurs de visa, sauf les détenteurs de passeport diplomatique en mission".

 

Trêve de débat. Il y a eu plus de peur que de mal. Ablassé Guigma doit en principe être reçu par le Consul le lundi  19 mars. Osons croire que si la rencontre a lieu, une solution sera trouvée.

 

Agnan Kayorgo

L’Observateur Paalga du 19 mars 2007



19/03/2007
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