L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Sarkozy et "l'Arche de Zoé" : Déby, il faut tenir bon !

Sarkozy et "l'Arche de Zoé"

Déby, il faut tenir bon !

 

Après des vacances dorées hautement médiatisées à Wolfeboro, Nicolas Sarkozy est de nouveau aux Etats-Unis. Cette fois sans Cécilia (ils ont, depuis, divorcé) qui n'aura donc pas à jouer la malade imaginaire comme ce fut le cas pendant l'été. Le président français n'aura pas davantage à lifter sur les photos ses bourrelets pour les besoins du marketing politique.

Finies les vacances, ce coup-ci, c'est une visite officielle d'un homme d'Etat qui n'a jamais fait mystère de son atlantisme transi. Le clou de ces effusions franco-américaines aura sans conteste été l'adresse solennelle du visiteur à Capitole Hill devant le Congrès. Il s'agissait  pour lui, sans être le caniche de Georges Bush façon Tony Blair, de recoller les morceaux passablement brisés sous l'ère Chirac quand le flamboyant Dominique de Villepin,  ministre des Affaires étrangères au moment de l'invasion irakienne, partait défier l'Oncle Sam  dans son désormais célèbre discours à la tribune des Nations unies.

Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts du Tigre et de l'Euphrate et c'est un vent nouveau, plus chaleureux, qui souffle entre Paris et Washington. "Nous sommes des amis, nous sommes des alliés depuis toujours et pour toujours", a martelé celui qui veut "reconquérir le cœur de l'Amérique", rappelant au passage les héros de Omaha Beach et le marquis de Lafayette.

Si donc avec l'Amérique, les retrouvailles sont désormais scellées, avec l'Afrique par contre, les choses ne sont pas près de s'arranger. On savait déjà que les Africains n'étaient pas la tasse de thé de ce dirigeant qui fait ouvertement la cour aux militants de l'extrême droite et qui déclare sans sourciller qu'économiquement, l'Hexagone n'a pas besoin du continent noir, mais l'image qu'il donne depuis l'éclatement de l'affaire dite de "l'Arche de Zoé" est tout simplement renversante.

72 heures seulement après avoir ramené dans ses bagages à l'issue d'une visite éclair à N'Djamena les 4 hôtesses de l'air espagnols et les 3 journalistes français pris dans la tourmente de ce scandale politico-humanitaire, le locataire de l'Elysée a en effet déclaré, au détour d'une visite chez des marins-pêcheurs grognons au Guilvinec dans le Finistère, qu'il irait également chercher ceux qui sont restés là-bas. "Quoi qu'ils aient fait. Quoi qu'ils aient fait".

Le premier magistrat français a toujours, on le sait bien, dit sa préférence pour le jugement en France de la bande à Breteau, accusée "d'enlèvement de mineurs" et "d'escroquerie" par la justice tchadienne et incarcérée depuis le 27 octobre dernier. Deux jours plus tôt, elle avait voulu, sous prétexte d'évacuation sanitaire, exporter 103 enfants prétendument darfouris et orphelins et pour lesquels des familles d'accueil ou d'adoption avaient déboursé entre 2000 et 6000 euros (entre 1,3 et 4 millions de francs CFA).

Que le partisan du coup d'éclat permanent, qui s'est tapé au passage un bon coup de pub en jouant les Zorro, ne veuille pas donner l'impression de lâcher en rase campagne sahélienne ses compatriotes, cela peut se concevoir. Mais il y avait sans doute des moyens beaucoup plus efficaces d'obtenir leur extradition que cette sortie on ne peut plus malheureuse.

Ce n'est même plus "cette condescendance bien française" et "ce paternalisme de mauvais aloi" dont nous avons parlé dans notre livraison de lundi (1), c'est carrément du mépris et de l'arrogance. A l'évidence, on n'avait pas tort de parler d'une forme de racisme d'Etat.

Il est vrai que la caque, puisqu'il était avec des pêcheurs, sent toujours le hareng, mais super Sarko gagnerait à remuer sa langue sept fois avant de parler et s'il n'y prend garde, son agitation va lui jouer plus souvent qu'il ne le pense des tours pendables.

Une chose est sûre, en ruant ainsi dans les brancards, l'agité de la rue du Faubourg Saint-Honoré complique dramatiquement les choses. Car son homologue Idriss Déby Itno qui a, lui aussi, une opinion publique particulièrement remontée et les nationalistes de son propre camp à calmer, n'a plus d'autre choix que d'engager l'épreuve de force. "La justice se fera ici, au Tchad, il n'est pas question, pour le moment, que les juridictions tchadiennes se désaisissent du dossier", a-t-il ainsi répliqué au "quoi qu'ils aient fait "de Sarko, précisant au passage que tous leurs amis (suivez son regard)" doivent respecter la justice et la souveraineté du Tchad".

En disant "pour le moment", il ne ferme sans doute pas totalement la porte, mais le moins qu'on puisse dire est que sa tâche est devenue plus difficile. Là où un travail en coulisses et des pressions discrètes auraient pu faire l'affaire, Nicolas Sarkozy a préféré, une fois de plus, dire ce qui lui passait par la tête. Ce qui n'est pas très malin de la part de celui qui pense être sorti tout droit de la cuisse de Jupiter.

"Quoi qu'ils aient fait", ça veut dire qu'ils seraient  même des pédophiles, des trafiquants d'organes humains, des passeur de clandestins ou des dealers de drogue que Me Sarkozy de Naguy Bosca se serait fait l'avocat du diable.

Certes, dans le cadre de la coopération judiciaire, les accords bilatéraux signés entre la France et le Tchad en 1976 prévoient des possibilités réciproques d'extradition, mais pour cela, il faut que, dans le cas d'espèce, la partie tchadienne abandonne les poursuites. Ce qui n'est pas gagné avec ces rodomontades sarkozyennes. Qui pis est, l'avocat de l'Etat tchadien rappelle que l'article  49c de la convention qui lie les deux parties stipule que l'extradition est refusée quand l'infraction est commise sur le territoire de l'Etat requis, en l'occurrence le Tchad. Il serait donc impossible d'extrader les six Français inculpés et incarcérés.

Il faudra donc du temps, de la patience et du tact pour débloquer le dossier et dénouer les fils de cet écheveau diplomatico-humanitaire et on est tenté de dire à Déby, quel que soit ce qu'on peut lui reprocher par ailleurs, de tenir bon.  Il ne faut pas en effet se faire des illusions, il n'est pas facile de résister pour un régime dans l'instabilité chronique et qui a, de ce fait, besoin, entre autres, de l'appui militaire, parfois décisif, de l'Hexagone, comme ce fut le cas il y a quelque mois quand une colonne de rebelles était aux portes de la capitale.

Ce ne sont donc pas les moyens de pressions qui manquent à Paris et c'est peut-être ce qui fonde la fatuité de  Sarkozy même si, ce faisant, le coq gaulois donne la détestable image d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Le mardi 6 novembre dernier, cela faisait 6 mois exactement que le candidat de l'UMP a été élu comme sixième président de la Ve République française. Et en seulement un semestre d'exercice du pouvoir, sous des dehors de fausse rupture, il se sera déjà tristement illustré par deux fois aux yeux des Africains. La première fois, vous souvient-il, c'était le 26 juillet à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar quand, dans son inénarrable discours à la jeunesse africaine, le vibrionnant Sarkozy a revisité les thèses colonialistes et passablement racistes sur la place et le rôle du berceau de l'humanité dans l'Histoire.

Le voici qui remet ça à la faveur de la "lamentable" (le mot est de lui) équipée de cette Arche qui voulait partir d'Abéché et qui a fait naufrage dans l'est tchadien.

Mais ça commence à bien faire car rupture n'est pas synonyme d'irrévérence, être décomplexé ne signifie pas qu'il ne fait pas ménager la susceptibilité et l'amour-propre de ses partenaires.

 

Ousséni Ilboudo

L’Observateur Paalga du 8 novembre 2007

 

 

Notes :

(1) "La France et l'Arche de Zoé : une forme de racisme d'Etat", Commentons l'Evénement du lundi 5 novembre 2007



07/11/2007
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