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Taylor paie pour tout le monde

Procès de l’ancien président libérien

Taylor paie pour tout le monde


"Je ne peux pas participer à cette comédie qui est injuste pour le peuple du Liberia et pour le peuple de Sierra Leone". Ainsi s'est prononcé Charles Taylor, par la voix de son avocat, le Britannique Karim Khan. Pour joindre l'acte à la parole, l'ancien chef d'Etat libérien affublé de 11 chefs d'inculpation a refusé de comparaître devant les juges de la chambre du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) siégeant à La Haye. Par cette absence dès le premier jour de son procès qui a débuté hier lundi 4 juin, l'ex-président libérien dénonce "l'inégalité des moyens entre l'accusation et la défense". En d'autres mots, l'accusé de crimes contre l'humanité et violations des conventions de Genève, pour assassinat, violences sexuelles, traitements cruels, enlèvements, travail forcé et pillage craint, que le jugement soit inéquitable. Questions : pourquoi ne pas commencer à juger Charles Taylor pour les crimes de guerre commis au Liberia, pays dont il a présidé aux destinées après deux élections démocratiques ? Que fait Charles Taylor devant un tribunal, lui à qui promesse avait été faite de ne pas être poursuivi au moment où il était exilé au Nigeria ? Taylor a-t-il commis le tort de ne s'être pas trouvé un parapluie épais fait du solide kaki américain ?

Ce sont là autant d'interrogations légitimes qui ne sauraient toutefois mettre en cause la justesse du jugement de Charles Taylor. En effet, dans le principe et pour l'histoire, le procès de l'ex-homme fort du Liberia est le bienvenu. Il devrait faire jurisprudence et surtout servir de leçon à tous ces dictateurs, seigneurs de guerre et chefs de rébellion qui sévissent en Afrique, en Europe ou ailleurs dans le monde. Cette épée de Damoclès que pourrait devenir le jugement des chefs d'Etat, est cependant à double tranchant. Autant il devrait pouvoir servir d'épouvantail aux nouveaux dirigeants, autant il peut contribuer à radicaliser la position des anciens et les amener à s'éterniser au pouvoir. Fort heureusement ou malheureusement, la dernière hypothèse est à relativiser, vu la pression du gendarme du monde pour l'exil forcé de Charles Taylor au Nigeria et sa livraison pieds et poings liés par Obusagun Obassanjo, l'ex-chef de l'Etat nigérian. C'est dire qu'il faut toujours avoir le bon mentor. Comme Laurent Gbagbo qui, malgré les massacres de milliers de victimes qui sont tombées dans les nombreuses expéditions punitives des escadrons de la mort, malgré les charniers dont ceux de Yopougon, reste imperturbable. Les Etats-Unis veillent. Que dire du Soudan qui continue de tenir tête à la communauté internationale dans le "four" du Darfour ?

Juger Charles Taylor, c'est bien, mais la communauté internationale, notamment les pays dits "grandes puissances", ont également le devoir de mettre tous les dirigeants indélicats sur le même pied d'égalité afin que les jugements, qu'ils aient lieu sur le sol du prévenu ou à l'étranger, aient réellement toute la porté pédagogique escomptée. Ainsi, on éviterait aussi les collusions géo-politico-stratégiques et les intérêts bassement financiers. Parlant d'argent, pourquoi ne sont-ils pas à la barre tous ces "puissants" qui ont profité et abusé des "diamants de sang" des guerres en Sierra Leone ? La justice internationale serait-elle devenue définitivement sélective, au point de ne jamais penser à juger de gros gibiers comme l'Israélien Ariel Sharon pour ces crimes à ciel ouvert à Sabra et Chatila et ailleurs lors de sa carrière militaire ?

"Selon que vous serez puissants ou faibles, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs" disait La Fontaine. Cette pensée est toujours d'actualité, même si aujourd'hui, elle se situe un peu en-deçà de la réalité. En effet, si de nos jours, vous disposez d'un puissant parapluie, vous ne serez peut-être jamais jugé. Pinochet est une illustration vivante de cette justice sélective, lui qui a massacré des milliers de ses concitoyens et contraint à l'exil autant de personnes. Pinochet a tué massivement, au nom de "l'opération condor" dont on connait les géniteurs. Pinochet agissait par procuration et, de 1973 à nos jours, ce général sanguinaire n'a jamais ressenti les morsures de la justice internationale. Sous cet angle, on peut s'étonner de la rapidité avec laquelle on a scellé le sort de Charles Taylor.

En tout cas, Charles Taylor est incontestablement la victime expiatoire de nombre de personnes, à commencer par Foday Sankoh, le chef du Front révolutionnaire uni décédé à l'hôpital le 29 juillet 2003, sans avoir été jugé, alors qu'il était le principal auteur des atrocités commises en Sierra Leone. Charles Taylor aura également payé pour tous ceux-là qui se sont constitué fortunes énormes grâce aux diamants de la guerre en Sierra Leone, jusqu'à ce que le processus de Kimnerley mette plus ou moins fin à ces enrichissements honteux.

Mais, si le procès se tient finalement, en présence ou non de Charles Taylor, même s'il doit durer deux ans, l'ex-président libérien aura surtout payé pour les crimes commis contre des humains, ses semblables. Peut-être qu'ainsi, tous ces hommes tués, ces femmes violées et ces enfants dont l'avenir a été hypothéqué du fait de leur engagement dans les conflits armés, seront vengés. Même si Charles Taylor est pour l'instant le seul à payer.

Le Pays du 5 juin 2007



05/06/2007
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