L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"Vous cachez mal votre intention de nuire"

Droit de réponse à Juliette Bonkoungou

"Vous cachez mal votre intention de nuire"

 

La lecture de l'interview de Juliette Bonkoungou, ambassadrice du Burkina au Canada, parue dans notre édition du 19 octobre 2007 a suscité cette réaction de Meng-Néré Fidèle Kientéga, secrétaire national à la Communication de l'UNIR/MS.

 

Mme Bonkoungou est certainement très intelligente, mais cache mal son intention véritable, qui est de saper l’image du Président Thomas Sankara, que les jeunesses sans repère et sans perspective d’avenir sont en train de sacraliser 20 ans après son assassinat. Relisez-là bien et vous vous en apercevrez dès sa réponse à la première question. Tous les nobles idéaux, vaillamment défendus pendant les quatre (04) ans de révolution, tout ce qui a été réalisé de bien et de beau, elle en parle soit de façon impersonnelle, soit elle les impute aux chefs historiques de la révolution. Ne réservant à Thomas Sankara que l’image de l’homme qui a dévoyé ces nobles idéaux et cela, pour justifier sa mise à mort le 15 octobre 1987. Si pour Thomas Sankara, nous savons qu’il est ‘‘un renégat, un misogyne, un traître à la révolution, qui voulait lui imprimer une déviation droitière’’, comment Mme Bonkoungou explique-t-elle, elle, qui, apparemment, sait tout ce qui s’est passé deux ans plus tard avec les deux autres chefs historiques (Jean-Baptiste Boukary Lengani et Henri Zongo),  qu’on ait accusé le  Président du CNR de vouloir tuer traîtreusement d'autres ce même 15 octobre 1987 à 20 heures ? Pourquoi ont-ils été massacrés comme bien d’autres après, eux aussi, dans l’anonymat et très certainement dans des conditions insoutenables ? De la révolution elle-même, dont on a tué le chef charismatique  pour la protéger des déviations, qu’a-t-on fait ? N’est-ce pas le virage au-delà de la droite pour nous inféoder à la mafia internationale, que tout le monde constate ? Je crois que Mme Bonkoungou aurait certainement fait preuve de plus de rigueur et de courage dans son regard rétrospectif en disant ce que les ‘‘rectificateurs’’ ont fait des valeurs profondes de notre peuple, faites de courage, d’intégrité, de simplicité et d’audace, d’ardeur au travail et de dignité.

 

Les opportunistes et théoriciens de la 25e heure du régime Compaoré

 

Mme Bonkoungou dit que l’adhésion des masses populaires aux idéaux… était requise plutôt de force que de gré. Elle ne sait peut-être pas qu’un jour, on en dira autant voire pire du régime dont elle veut faire aujourd’hui l’apologie. Et ils seront nombreux et loquaces, comme toujours, ces opportunistes et théoriciens de la 25e heure, qui adulent le régime Compaoré et trouvent des superlatifs pour son chef, ‘‘bâtisseur, etc.’’ Ils feront des déclarations du genre : ‘‘On voyait tous que ça n'allait pas, mais il fallait suivre ou être écrasé’’. Et de fait, leur régime écrase. Oui, il écrase tous ceux qui ne filent pas droit. La gestion républicaine de l’Etat, de  ses biens et de ses fils n’existe pas au Faso. C’est à qui détient la bonne carte que vont les avantages, jusqu’à l’abus, et cela ne gêne personne, surtout pas le premier des Burkinabé, qui a juré la main sur la Constitution de les protéger et de les défendre tous de la même façon. Et les exemples sont légion qui l’attestent. Allez interroger cet opérateur économique bien connu de la place, qui a ‘‘commis le crime’’ de donner un chèque à Boukary Kaboré dit le Lion  pour qu’il l’utilise comme caution lors du dépôt de son dossier de candidature à l'élection présidentielle de 2005. Il a vu et regardé l’arbitraire dans la prunelle des yeux, car dès que son ‘‘forfait’’ a été rapporté par ceux-là disséminés dans tous les services pour veiller au grain, la réaction est partie avec la fulgurance de l’éclair. On lui a fermé son hôtel et ses affaires ont été systématiquement gelées ou bousillées, même celles qui se trouvaient en dehors du Burkina. Mesurant le pétrin dans lequel il s’est mis et pour sauver son empire de l’étouffement certain, il lui a fallu montrer patte blanche jusqu’à l’humiliation. Par contre, sous la Révolution, je connais des gens qui se sont opposés aux mots d’ordre, mais à qui rien n’est arrivé. Je vous citerai le cas de cette dame, alors haut-commissaire, qui s’est illustrée en son temps en contredisant le Président Sankara au moins deux fois dont une publiquement à la maison du Peuple. En effet, lorsqu’à l’An I, l’on a décidé de construire 20 mini-villas dans chacun des 30 chefs-lieux de province, elle a contrevenu à cela et elle s’en est expliquée) en décidant d'en construire 2 dans chacun des 8 autres départements composant sa province et de n’en construire que 4 dans le chef-lieu. Cela est vérifiable aujourd’hui. Si un haut-commissaire pouvait s’opposer victorieusement au chef de la révolution, ce n’est pas le numéro deux qui pouvait se plaindre de bâillonnement. Il fallait simplement avoir le courage de ses arguments sauf si ceux-ci étaient aux antipodes des idéaux de la révolution, comme la preuve a été faite par quatre plus tard.

Quant à l’incendie du journal L’Observateur, à l’embastillement des syndicalistes ou à l’exécution des conjurés de mai 1984, on  a la forte impression que Mme Bonkoungou a été instruite pour monter pour la nième fois à l’assaut de la mémoire et de l’image du Président Sankara, qui, décidément, refuse de se laisser enterrer par ses tueurs. Car le  magistrat professionnel qu’elle est devrait se montrer plus soucieuse d’équité et de justice dans son réquisitoire, en évitant de  condamner sans appel ceux qui ne pourront plus jamais se défendre alors qu’elle a sous les yeux et à portée de main ceux (pour ne pas dire celui) qui ont exécuté toutes ces choses ensemble et de concert avec le supplicié. Pour tout dire, Mme Bonkoungou ferait mieux de se contenter de boire le lait au lieu de se mettre aussi à compter les veaux, pour reprendre la célèbre formule d’un élu à l’Assemblée nationale.

 

La Révolution n'a jamais armé d'opposant

 

Chapeau à Mme Bonkoungou, qui a la mémoire des chiffres pour nous rappeler que 4616 personnes ont perdu leur gagne-pain du fait des diverses mesures de licenciement et de mise à la retraite d’office du CNR. Sait-elle aujourd’hui combien de travailleurs les privatisations sauvages à la limite souvent du bradage ou du deal entre cocos ont jetés à la rue ? Sait-elle combien de familles dans sa belle ville de Koudougou ont eu tous horizons et toutes perspectives bouchés du fait de la fermeture de Faso Fani pendant que nous nous targuons d’être le premier producteur africain de coton ? Tant pis pour l’inévitable et longue cohorte de la famille africaine éplorée. Comme quoi la lionne qui va prendre le petit de la biche pour nourrir ses petits ne sait pas qu’elle endeuille une mère. Mme Bonkoungou parle du triste exploit qu’avait réussi la Révolution de nous mettre à dos tous les pays voisins sauf le Ghana. Je n'entrerai pas dans des comparaisons entre le CNR et le régime Compaoré en matière de relations avec les voisins et plus. Les Burkinabé, qui sont intelligents au-delà de ce qu’elle croit, feront cette comparaison eux-mêmes. Je puis simplement dire, ayant géré une partie des relations du Président Sankara avec les chefs d’Etat étrangers, qu’en dehors du Président Houphouët- Boigny, qui  se voyait doubler dans son leadership, et accessoirement d’Eyadema, Thomas Sankara cultivait les meilleures relations avec ses voisins. Vous regardez certainement vers le Mali, mais il vous suffit aujourd’hui de considérer, chère Mme, le très grand nombre de sankaristes du Mali, qui ont tout compris, et vous en aurez la réponse. Sans compter que pour certains, c’est plus leur peur bleue de l’adhésion de leur jeunesse au rayonnement de la Révolution et de son leader qui les faisait sortir les dents ou ourdir les complots que des actes belliqueux perpétrés par le Président Thomas Sankara. Ce qui est sûr, c’est que malgré les complots et calomnies de l’impérialisme, la révolution n’a jamais donné une seule arme ou servi d’intermédiaire pour armer un seul opposant dans un pays voisin ou lointain en dehors bien sûr de la poignée de kalachnikov remise symboliquement à l’ANC.

 Mme Bonkoungou n’a certainement pas vu l’arrivée de la caravane ou la marée humaine au cimetière des Martyrs le 15 octobre 2007 malgré la débauche des moyens de l’autre camp pour rabattre la foule, sinon elle ne rirait pas tant de la faible représentativité des sankaristes à l’Assemblée nationale. Si elle avait le courage de regarder le vrai visage de sa démocratie, transport des foules pour opérer des votes multiples, morts ’’réveillés’’ pour donner leur voix, tout l’Etat et toute la République au service d’un seul parti, la mise au pas des opérateurs économiques et leaders d’opinion, l’inféodation de tout l’appareil administratif, l’achat des consciences et les fraudes, elle devrait plutôt en pleurer. 

 

Une Nation a besoin d'être apaisée et reconciliée avec elle-même

 

Parlant des sankaristes, Mme Bonkoungou dit ceci : «Tous ceux qui veulent poursuivre son œuvre, dis-je, devraient se surpasser et accepter de se résoudre à ne pas se cristalliser, radicaliser, pérenniser les rancœurs, les rancunes, encourager ou entretenir l’esprit de vendetta». Je lui répondrais que c’est tout simplement ahurissant de la part de quelqu’un de sa trempe, avec l’ouverture qu’elle a sur le monde, de croire qu’on peut faire l’impasse sur de telles forfaitures en laissant agir le temps. Si l’Affaire Dreyfus fait aujourd’hui des rebondissements 100 ans après en France, si en Afrique du Sud, les affaires des Steve Biko et autres rattrapent les théoriciens et bourreaux de l’Apartheid, si au Maroc l’affaire Ben Barka rattrape la monarchie plus de 40 ans après, etc., elle peut être sûre qu’il faudra un jour ou l’autre mais inéluctablement résoudre les affaires Thomas Sankara, Clément Oumarou Ouédraogo, Norbert Zongo, Guillaume Sessouma, entre autres. Une Nation a besoin d’être apaisée et réconciliée avec elle-même pour se construire, comme vous semblez l’appeler de tous vos vœux, mais ce n’est pas une Nation qui laisse couver des marmites bouillonnantes. C’est une Nation qui s’enrichit en faisant face à son histoire et en l’assumant. C’est de cette Nation que rêvent les sankaristes, qui font appel à sa justice (vous êtes magistrat n’est-ce pas ?). Au cas où vous ne le sauriez pas, la vendetta, c’est toute autre chose, c’est la justice privée, personnelle ou familiale et qui se rit de la justice d’Etat,  souvent quand la justice d’Etat est défaillante. Fassent Dieu et les ancêtres que nous n’en arrivions pas là en emboîtant le pas à ceux qui tuent, qui brûlent les autres et qui voudraient qu’il n'y ait rien.

 

Meng-Néré Fidèle Kientéga

Secrétaire national à la Communication

de l’UNIR/MS

L’Observateur Paalga 30 octobre 2007



30/10/2007
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