L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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A quoi sert l'Assemblée nationale ?

A quoi sert l'Assemblée nationale ?

Pour éviter tout malentendu, il faut admettre qu'il y a un certain nombre de députés qui se battent pour le bien du pays, toujours, parfois ou rarement. Beaucoup travaillent pour leur parti (il faut bien conserver sa place, n'est-ce pas ?) En août 2005, leur salaire (avec les avantages) avait encore augmenté de presque 2 000 000 de F CFA par an alors qu'il était déjà de plus de 13 500 000 de F CFA.

Même si un député ne travaille pas, même s'il n'est jamais présent les jours de session, par le jeu de la procuration, il est quand même représenté de temps en temps, et en plus il touche 3 000 000 de F CFA pour réaliser «de petits projets ». Les députés bénéficient en plus de crédits pour, entre autres, acheter des véhicules hors taxes, hors douane. Ces crédits ne sont pas toujours soldés.

Pour la première législature (1992-1997), au 31 décembre 2001, plus de 30 000 000 de F CFA n'avaient pas été remboursés, et deux ans et demi plus tard plus de 28 000 000 de F CFA n'avaient pas été remboursés. Pour la deuxième législature (1997-2002), il restait à rembourser plus de 63 000 000 de F CFA.

Allègrement, certains députés recevaient de nouveaux crédits durant la 2e législature sans avoir remboursé leur dette de la première législature. Je comprends Christian T. Koné lorsqu'il veut que le nombre de députés soit revu à la hausse. Plus il y a de places, plus il a de chances d'être élu lui-même ou d'avoir une place pour des copains. Et qui paie dans tout cela ?

Les citoyens, dont plus de 40% vivent dans la pauvreté. Ils paient à travers leurs impôts directs ou indirects. Il semble que certaines personnes parlent de la vie chère. Sont-ce les députés qui sont là pour le peuple ou plutôt le peuple qui est là pour les députés? Au regard de cette situation pécuniaire plus que confortable, tout le monde veut être député. Trouver des candidats n'est pas difficile; ce sont plutôt les critères qui posent problème.

Il est difficile de choisir entre les politiciens puissants, les politiciens à récompenser pour leur militantisme pour le parti, les politiciens capables et les politiciens qui veulent le progrès du pays. A mon avis, il faut diminuer considérablement, au moins de 50%, la rémunération des députés pour que les gens qui se présentent soient des idéalistes qui ne désirent travailler que pour le bien du peuple.

Je le sais, la culture de l'idéalisme n'est pas la première vertu au Burkina Faso. Mais que font nos députés ? D'abord, nombre d'entre eux changent parfois de parti, prononcent des discours et assistent à certaines réunions. En deux ans, c'est-à-dire de septembre 2004 à août 2006, les députés ont voté 66 lois et en ont proposé une seule sur la santé de la reproduction.

Ils ont aussi le droit de poser de temps à autre des questions aux ministres, mais les journalistes peuvent aussi poser des questions aux ministres, de même que le citoyen lambda. Le citoyen lambda n'en a pas le droit, donc le ministre peut même refuser de le recevoir. En revanche, celui-ci doit répondre aux députés. L'Assemblée nationale a très peu de pouvoir.

L'ordre du jour de ses sessions est établi par le gouvernement. Une proposition de loi peut donc ne pas figurer à l'ordre du jour, mais deux mois après sa soumission au gouvernement, elle peut être discutée quand même par les députés. Mais c'est le gouvernement qui prend les décrets d'application. Un décret du gouvernement du 9 juin 2004 attendait.

Deux ans plus tard, toujours pas de décret d'application des organes pour la sécurité en biotechnologie. Voyez s'il est possible de bloquer une loi votée par l'Assemblée nationale si la loi n'est pas conforme à la volonté du gouvernement, disons clairement du Président. Le Premier ministre expose directement aux députés la situation de la nation lors de l'ouverture de la première session de l'Assemblée. Cet exposé est suivi d'un débat, mais ne donne lieu à aucun vote.

L'Assemblée nationale peut présenter une motion de censure une fois par an, mais elle doit être votée par la majorité. Le Premier ministre peut engager devant l'Assemblée nationale la responsabilité du gouvernement sur un programme, sur une déclaration de politique générale ou sur le vote d'un texte. C'est du bla-bla car seul le gouvernement peut engager sa responsabilité.

C'est toujours la majorité absolue qui décide, et c'est le CDP qui détient la majorité absolue. Aussi longtemps que nous vivrons cette situation, les députés seront bien payés mais n'auront aucun pouvoir. D'ailleurs, s'ils embêtent le gouvernement le président les renvoie à la maison et ils perdent leur rémunération. Les traités et les accords internationaux sont négociés, signés et ratifiés par le président.

Certains accords doivent être approuvés par les députés, mais là aussi nous sommes dans la même situation. D'ailleurs, même si le CDP ne détenait plus la majorité, le président pourrait toujours renvoyer l'Assemblée nationale. Les députés perdent leur temps, empochent l'argent du contribuable mais ne peuvent rien faire pour le pays. C'est le gouvernement, et pour dire vrai le président, qui a le dernier mot.

Nous sommes dans une situation qui est difficile à changer, mais il faut que les choses changent, il faut une Assemblée nationale avec un vrai pouvoir. C'est l'opposition qui nous a mis dans ce pétrin. Pour le moment, seuls les citoyens peuvent s'inscrire en faux contre certaines décisions, comme ce fut le cas pour le port du casque. Les citoyens ne peuvent pas facilement changer la situation, mais ils peuvent tout de même manifester leur désapprobation.

Opposons-nous aux APE, qui permettront le dumping des produits agricoles et alimentaires européens. Ecrivez un petit mot, une ou deux lignes: "Nous ne voulons pas des APE." Signez-le et faites-le parvenir au président ou au Premier ministre, sous couvert du maire, du haut- commissaire ou du gouverneur de votre localité.

Ecrire, signer, mettre dans une enveloppe et déposer au bureau. Si les députés n'ont pas de pouvoir, nous, nous en avons un peu. En plus, consommons et achetons les produits burkinabè. Bonne nouvelle : Devant le fait que dans notre pays la corruption prend de plus en d'ampleur, les élus du peuple burkinabè ont pris le problème à bras le corps depuis septembre 2006.

                                                                                          Père F. Balemans

Le Pays du 3 avril 2007



03/04/2007
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