L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Abidjan by night, c’est vraiment graaave !

Carnet de route

Abidjan by night, c’est vraiment graaave !

"Abidjan est grave", tel était le titre d’une variété musicale sur CD vidéo qui s’achetait comme de petits pains au Burkina du fait des danses "Mapouka" qui confinaient à de la pornographie que des filles au postérieur généreux exécutaient. Ça, c’était en quelque sorte du cinéma. Mon séjour dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire m’aura permis de vivre en live des scènes similaires dans des boîtes de nuit.

A travers les colonnes des magazines culturels ivoiriens qui inondent le marché burkinabè, je m’étais déjà fait une idée de l’ambiance nocturne dans les discothèques d’Abidjan. A la faveur du voyage d’études du Réseau informel des journalistes (RIJ), une opportunité s’offrait à moi pour découvrir les nuits torrides au bord de la lagune Ebrié.

Un soir, nous décidons, Koffi Amettepé de J.J., Modeste Nébié de Radio Pulsar et moi-même votre serviteur de "prendre" comme on dit la ville en main sans le reste du groupe. Ramata Soré de l’Evénement, Suzanne Fuchs du DED, Firmin Ouattara de l’Express du Faso, Rabo Soumaïla de Savane FM et Ismaèl Bicaba de Sidwaya, épuisés par les activités d’une journée marathon, ont préféré, eux, s’enfermer dans leur chambre pour un repos bien mérité.

Etant donné que nous sommes en terre étrangère dans une ville réputée pour ses nombreux barrages, son banditisme et ses tracasseries policières, de jour comme de nuit, nous prenons le soin de nous attacher les services d’une connaissance, un "teng-biiga", qui connaît les "glo-glo" d’Abidjan et les pratiques des agents des forces de l’ordre, pour servir de guide.

Il propose de nous promener à Marcory, commune essentiellement résidentielle puis à la Zone 4, un quartier de luxe où résident beaucoup de Français. A bord de son véhicule climatisé, notre ami roule à tombeau ouvert sur les échangeurs, et amorcent des virages qui donnent souvent le tournis. Partis de Cocody, nous traversons en un laps de temps le Plateau pour emprunter le pont Houphouèt-Boigny et descendre à Treichville.

Rencontre avec "la première dame"

Là, notre guide, Marcel qu’il s’appelle, commence à ralentir pour nous indiquer le port autonome d’Abidjan, des usines, des clubs de jazz, et certaines artères où la prostitution règne en maîtresse absolue, le banditisme aussi ; ce qui profite aux hommes en treillis qui font des contrôles intempestifs de police pour racketter souvent d’honnêtes citoyens. Premier point de chute : "Equinoxe", une boîte de nuit qui n’en a pas l’air.

Un calme plat y règne. A l’entrée principale veillent deux vigiles qui réservent au client un accueil chaleureux avant de lui ouvrir grandement les portes. A l’intérieur, on traverse d’abord un restaurant pour emprunter ensuite un couloir qui débouche sur une petite salle remplie de jeunes filles dont l’âge moyenne, à vue d’œil, tourne autour de vingt ans.

Habillées en tenue forcément provoquante, elles jouent le rôle de serveuses du bar. Entre deux services, ces nymphettes montent sur la piste de danse pour esquisser quelques pas au son des rythmes ivoiriens en vogue en ce moment, le "fatigué fatigué" ou "le bobaraba", sous le regard concupiscent de mâles en chaleur constitués à plus de la majorité d’expatriés. A côté de notre table, certains d’entre eux sont assis entre deux et parfois trois gonzesses qui les tripotent pendant qu’ils sirotent la bière ou grillent une clope.

Marcel, familier de cet endroit, fait appel à la doyenne de ces fées de la nuit surnommée la "Première dame". Nous profitons pour nous informer sur ces Occidentaux qui ont monopolisé toutes les "Nana" de la boîte pour se faire plaisir.

Il s’agissait, apprend-on, des soldats du 43e Bataillon d’infanterie de marine (BIMA) de l’armée française, une des cinq bases militaires de l’Hexagone existant en Afrique (avec celles de Dakar, de Libreville, de Bouar en Centrafrique et de Djibouti), qui a son quartier général à Port-Bouèt.

"La Première dame" nous indique que le week-end, ils débarquent sur les lieux comme si leur QG y avait déménagé. Et les vendeuses de charme affluent pour se faire du pognon.

Sodome et Gomorrhe des temps modernes

Après "Equinoxe", nous faisons escale, à un jet de pierre de là, à "Ti-Folie", un autre maquis chaud comme on en rencontre partout à Abidjan. Dehors, de jeunes gens taillés comme des meubles devisent à la porte et vous accueillent, contrairement au bar précédent, avec un air grave.

Je compris quelques instants plus tard leur attitude : "Ti-Folie" est bondé de petites prostituées protégées par ces loubards qui montent la garde à l’entrée. Gare à vous, si vous ne payez pas une passe !

La boîte de nuit est divisée en deux compartiments. Le premier est réservé à la danse et à la consommation. Le second est fait pour des jeux de jambes en l’air.

Dès qu’un client s’installe dans des fauteuils moelleux, les filles de joie se trémoussent sur la piste en orientant bien sur vous leurs fesses qu’elles remuent vigoureusement au son du disque tout en observant dans l’assistance, à travers un miroir géant, pour détecter un potentiel candidat des maisons closes sises dans l’arrière-cour.

Parfois, elles vont jusqu’à se déshabiller en espérant que le client va céder à la tentation. Marcel lisait la gêne sur nos visages. Mais au lieu d’entraîner ses étrangers dans un coin plus sain, ils nous amènent dans un autre plus pervers : "Le Bonheur". Au "Bonheur", on trouve des salons privés où les filles font partie du service. Sur place donc, au vu et au su de l’assistance, des gens font des rapports sexuels, comme des animaux.

Je n’en croyais pas mes yeux. Je pense tout de suite au maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, qui a entrepris une lutte contre les chambres de passe. Il aurait eu du pain sur la planche dans cette ville où le sexe est d’une banalité ahurissante. On ne se croirait même pas en Afrique mais dans l’un de ces Sodome et Gomorrhe des temps modernes qui essaiment en Occident.

Vous n’avez encore rien vu

"Vous n’avez encore rien vu", me dit un ami ivoirien à qui j’ai conté ma mésaventure de la veille. "Allez voir à la rue Princesse", ajoute-t-il. Cette célèbre rue Princesse dont la renommée a dépassé les frontières du territoire ivoirien et qui a même donné lieu à un film éponyme du réalisateur Henri Duparc.

Vendredi 14 mars 2008. Début de week-end à Abidjan. Nous décidons d’aller satisfaire notre curiosité sur cette fameuse avenue. A bord de taxis-compteur, nous voici en route pour Yopougon, Yop-city comme on dit ici, le quartier le plus populeux de la capitale économique de la Côte d’Ivoire où se trouve la rue Princesse.

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par des tabliers qui ne vendent presque exclusivement que des préservatifs et de la cigarette. Le décor est planté. C’est visiblement un secteur de sexe, d’alcool et de drogue.

La circulation y est infernale. Les véhicules, toutes catégories confondues, klaxonnent de toute part pour se frayer un passage. Les taxis ne cessent d’y déverser par vagues successives des chasseuses de mâles d’une beauté splendide pour la plupart.

Tenue légère, petit sac à main accroché à l’épaule, cigarette allumée et serrée entre les lèvres, elles déambulent dans la foule, font le tour des multiples maquis qui peuplent la rue et qui crachent la musique à fond la caisse à travers de gigantesques baffles.

Nous choisissons de nous asseoir à Escalator, une boîte de nuit à étages qui dispose de restaurants, de salles de jeux et de bars. De sa terrasse, on a une vue imprenable sur une bonne partie de cette forêt de discothèques. A côté, un écran géant attire les bambins parmi lesquels de nombreux délinquants qui soulagent les imprudents de leurs portefeuilles.

Le temps passe. Nous ne voyons pas grand-chose comme on nous l’avait annoncé en dehors de l’ambiance infernale et des filles sexy. Pour étancher notre soif de curiosité, nous décidons de faire les cent pas. Ainsi, nous découvrons des six mètres obscurs où des prostituées sont "déversées" par cargaisons entières.

En plein air, les hommes en rut, le bas ventre en feu, défilent pour tirer un petit coup, vite fait bien fait. Mais ce n’était pas tout, il y avait de plus "bandant" : à l’intérieur de certains maquis, les filles dansent nues, comme des vers. Le prix du spectacle : 10 000 F CFA ou plus selon le standing. Ainsi va la vie nocturne à Abidjan qui est vraiment graave...

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga du 4 avril 2008

 

 



04/04/2008
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