L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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«Ce n’est pas une lettre ouverte qui va nous empêcher de travailler»

Antoine Poda, SG du ministère de la Sécurité

«Ce n’est pas une lettre ouverte qui va nous empêcher de travailler»

 

Dans la rubrique «Une lettre pour Laye» de l’édition n° 6942 du vendredi 3 au lundi 6 août 2007, un groupe de policiers traduisait son mécontentement par une lettre ouverte (lire encadré) face à l’application du décret n° 2006-376/PRES/PM/MFPR/SECU/ MFB portant organisation des emplois spécifiques de la Police nationale. Comme une réponse du berger à la bergère, la réaction des autorités de tutelle de ce corps paramilitaire ne s’est pas fait attendre, avec cet entretien que nous avons eu, dans l’après-midi du mardi dernier, avec le Secrétaire général du ministère de la Sécurité, Antoine Poda. «Le ministre aurait souhaité vous rencontrer pour échanger avec vous sur l’élément paru dans votre journal. Mais étant en déplacement, il m’a chargé de vous approcher afin d’échanger sur l’écrit. Non pas dans l’objectif d’empêcher à chacun de dire ce qu’il pense, mais tout juste pour donner la lecture que le ministère fait de cette question». Tels ont été, en substance, les mots d’accueil de notre hôte, dont les bureaux sont situés au 3e étage du nouvel immeuble.

 

Comment avez-vous accueilli cette lettre provenant de ce groupe de policiers ?

 

• Nous avons été surpris et ahuris qu’une telle déclaration provienne d’éléments de la Police. Parce que de tout  temps, l’information est donnée et relayée. Nous nous sommes expliqué de long en large sur cette question. Qu’il se trouve des gens qui pensent qu’il n’y a pas assez de communication à notre niveau et qu’il y a des actions négatives qui sont en train d’être prises contre certaines personnes nous étonne.

 

Vous êtes dans un corps paramilitaire. Certes, il ne porte pas l’étiquette de «grande muette» comme chez le «cousin», mais c’est tout comme. N’est-ce pas parce que la préoccupation de ces éléments n’est pas prise en compte qu’ils se sont manifestés par cet écrit  ?

 

• Il y a une dynamique de communication interne qui existe au sein du ministère, à tous les échelons de la hiérarchie. Dans la chaîne de commandement aux structures décentralisées, il y a des cadres de concertation où le personnel reçoit les informations et où il peut soumettre ses préoccupations à ses supérieurs hiérarchiques. Ceux-ci à leur tour ont le devoir de faire remonter les doléances des uns et des autres ! Voyez-vous, nous nous sommes inscrits dans un schéma de communication ascendante et descendante.

 

Concrètement, comment se passe ce cadre de concertation ?

 

• Ce sont les réunions périodiques de service, les briefings et les rassemblements. A ces occasions-là, les différents chefs intermédiaires véhiculent les informations à la hiérarchie.

 

Dans la Police, les éléments qui ont un esprit vindicatif et aiment soulever des doléances  sont-ils souvent sanctionnés d’une façon ou d’une autre ?

 

• Ce n’est pas parce que quelqu’un se sera plaint qu’on va le punir ! On analyse d’abord la plainte pour savoir si elle est fondée ! Il peut y avoir un déficit de communication qui fait qu’il a l’impression d’être lésé. S’il a besoin d’une information, on doit la lui donner ! Qu’est-ce que nous attendons des éléments de sécurité ? Qu’ils soient suffisamment informés et qu’ils sachent dans quel cadre ils sont appelés à travailler afin qu’on attende d’eux des résultats plus performants ! Il n’y a donc pas de raison que l’on garde par-devers nous des informations !

 

Revenons sur la plainte elle-même. Est-elle fondée oui ou non ?

 

• Je vais d’abord vous faire l’historique de toute cette décision qui remonte à 2000-2002. Le décret portant organisation des emplois spécifiques de la Police nationale, dont l’article 29, qui fait l'objet de querelle par les plaignants, est une réponse de la «loi 032» votée à l’Assemblée nationale sur la sécurité intérieure. Les dispositions de cette loi, en ses articles 26 et 27, posent comme principe général le renforcement de l’efficacité et de l’efficience des forces de sécurité. Cela appelle des textes organisationnels des emplois qui puissent répondre aux attentes. Dans un corps paramilitaire ou dans l’Armée, la question de la discipline est fondamentale. C’est pourquoi d’ailleurs ces corps sont hiérarchisés. C’est dans ce sens que les rédacteurs de ce texte ont décidé de revoir les textes légaux afin de permettre une hiérarchisation des emplois pour rendre les éléments plus opérationnels. D’où le décret n° 2006-37, adopté le 4 août 2006. Une de ses décisions, notamment l’article 29, stipule que les agents de Police ont la possibilité, par voie d’examen ou de concours, d’être reclassés en catégorie C pour être assistant de Police. Trois mois plus tard, le ministre de la Sécurité a adressé une correspondance au ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat pour dire qu’il y avait urgence à régler cette question pour que celle de la discipline, très rapidement, trouve une réponse afin que soit renforcée l’efficacité du personnel. Il y avait donc lieu d’organiser l’examen professionnel et il était bon que les techniciens des deux départements ministériels se mettent ensemble pour la mise en œuvre de cette disposition. Ils ont proposé l’organisation de cet examen et le ministère de la Sécurité a jugé bon qu’il était nécessaire d’aller vite. La loi dispose qu’on peut le faire d’ici 5 ans. Si on le fait dans 3 ans, la loi ne l’interdit donc pas. Du coup, c'est avantageux pour le personnel qui pourra ainsi passer de l’autre côté …

 

Passer de l’autre côté…, c'est-à-dire ?

 

• Pour aller plus vite vers la régularisation, on a décidé d’amener le nombre de candidats à 200 élèves assistants. Jusque-là, on en recrutait 100 par an. La Fonction publique a accepté cette proposition. Dans l’intervalle, les équipes techniques des départements ministériels devaient se concerter pour examiner la question de l’examen professionnel. C’est dans le courant de cette attente que les élections législatives et les remaniements ministériels sont intervenus, donnant lieu à une perturbation dans la formation des équipes. C’est donc une question qui est pendante, sur le bureau. Elle n’est pas classée et les concertations doivent absolument se poursuivre. Le souhait du ministère de la Sécurité serait qu’au cours de cette  année 2007, il soit possible d’absorber par la voie de l’examen professionnel, 45% de ceux qui sont concernés. Les 55% restants pourraient être absorbés sur la période des trois ans qui restent, soit entre 2008 et 2010, pour être en conformité avec les délais. Voilà où nous en sommes. Quand les auteurs de l’écrit arguent que c’est suite à leur marche que les autorités se sont vues obligées d’adopter le décret, c’est ridicule. La loi sur la sécurité intérieure date de 2003. La marche, elle, a eu lieu en 2005. C’est donc aberrant et ça n’a aucun sens. Nous sommes aussi sidérés qu’ils se plaignent que l’admission les amène en formation à l’école de Police. Des gens demandent une promotion dans leur carrière mais ne veulent pas être formés. Il y a une contradiction quelque part ! Surtout que l’essence même de la loi instruit de renforcer l’efficacité du personnel. 

 

Peut-être parce qu’ils voient par cette mesure une tentative de les retarder, et l’article plaide pour eux, puisqu’il dit ceci : «…il sera ouvert par arrêté du ministre chargé de la Fonction publique des examens ou concours professionnels à l’intention des agents de Police de catégorie D, échelle 1, justifiant de trois ans dans l’administration. Les candidats déclarés admis seront reclassés dans l’emploi d’assistant de police pour compter du lendemain de la délibération».

 

• Oui (Le ton monte) ! C’est ça la disposition du décret. Mais si une situation de carrière est corrigée, le décret empêche-t-il que le concours professionnel soit organisé ? Je pense que non ! Je dis non ! La disposition du texte est claire. C’est par voie d’examen ou de concours ! Et qui plus est, un reclassement ne se fait pas de n'importe quelle façon ! Il y a un calcul d’incidences financières à faire.

 

Il faut tout de même préciser qu’aussitôt après la délibération, ils doivent être classés comme assistants de Police. Quelque part, ne contredisez-vous pas l’intitulé du décret ? Ceux qui l’ont rédigé ont tout de même pesé les mots utilisés !

 

• Lorsque vous passez un examen professionnel et que vous avez la moyenne requise, on vous fait passer dans la catégorie pour laquelle vous avez fait l’examen ! Mais il est évident qu’il faut accompagner cela d’une mise à niveau à travers une formation ! Mais ç'a toujours été ainsi dans tous les examens professionnels depuis que la Fonction publique existe !

 

Mais le décret est tout de même clair !

 

• On n’en disconvient pas. Mais dans ce cas d’espèce, il s’agit  d’un concours qui a été organisé. Dans la lettre, ils ont eux-mêmes parlé de concours et les  textes au Burkina sont également clairs ! Lorsqu’on passe un concours professionnel, on va dans une école pour recevoir une formation. Et puis, j’avoue que les plaignants vont trop vite en besogne. Les commissions techniques ne se sont même pas encore rencontrées pour finaliser le travail. Il est même question d’examiner les différents points de vue pour savoir quelle est la catégorie d’agents qui, au premier chef, sera concernée par la question. L’on peut penser à ceux qui sont sur le point d'être frappés par la limite d’âge et qui ne pourront plus se présenter au concours professionnel. 

 

L’autre pierre d’achoppement dans le décret, c’est l’ancienneté exigée qui est de 3 ans. Dans l’organisation du concours, il est question de 5. N’est-ce pas une autre contradiction avec le décret ?

 

• Je vous rappelle que ce n’est pas le ministère de la Sécurité qui a édicté la disposition. C’est le ministère de la Fonction publique qui prend les décisions relatives à tous les emplois dans la Fonction publique. Votre question mériterait donc d’être posée à ce ministère. C’est elle qui organise les concours jusqu’à l’heure où je vous parle.

Les auteurs disent que derrière cette tentative se cache une jalousie qui ne dit pas son nom.

De la part de qui ? Franchement, je ne sais pas à qui ils s’adressent. Pas à l'endroit des commissaires de Police ni des officiers de Police en tout cas.  Encore moins du ministre ou des hautes autorités de l’Etat.  C’est une affirmation qui ne mérite même pas que l’on s’y attarde. Ce que je vais par contre relever, c’est le fait d'annoncer qu’ils ne voulaient pas passer par la presse, mais qu’ils n’avaient pas le choix. J’ai tantôt dit que les cadres de concertation existent. Et s’ils étaient loyaux dans leur démarche, ils trouveraient quelqu’un à qui parler. Du reste, le nouveau ministre (NDLR : le colonel de gendarmerie Hassane Sawadogo) a fait le tour des services, il a toujours exprimé de manière claire sa disponibilité à écouter toutes les préoccupations qui seront soulevées par quelque catégorie de personnel que ce soit. Personne n’a jamais cherché à rencontrer une autorité pour lui exposer un problème sans être écouté.

 

Est-ce à dire que vous n’allez pas prendre en compte le contenu de la lettre en cherchant à répondre à leurs préoccupations ?

 

• L’autorité a des objectifs et ce n’est tout de même pas cette lettre qui va  l’empêcher de faire ce qu’elle s’est engagée à faire! Nous considérons que ceux qui ont écrit cette lettre sont une minorité, et on continue ! Ou peut-être qu’ils sont de bonne foi, mais ils n’ont pas compris ! Mais cela ne peut compromettre l’initiative du ministère sur la même lancée afin de continuer l’efficacité et l’efficience du personnel de la Police.

 

Donc, ce sera le statu quo ?

 

• Je vous ai dit que l’organisation du concours n’est pas seulement adossée au seul décret. C’est une disposition générale et transversale au niveau de la Fonction publique, département ministériel initiateur des concours de toutes les administrations publiques civiles. 

 

Un tout autre sujet. Peut-on dire que désormais vous (la Police) filez le parfait amour avec les militaires, surtout que vous avez eu à danser ensemble ? 

 

• Vous qui êtes là…, n’arrive-t-il pas que votre langue et vos dents s’accrochent ? Il y a de la collaboration naturelle et c’est pour cela que les rapports sont en train de se poursuivre. Ce qui est arrivé n’était pas une affaire d’institution à institution. C’est pourquoi il a été mis en place un cadre de concertation entre les deux structures pour que, de manière constante, il y ait des échanges pour anticiper des situations du genre. Cela pourra consolider les rapports obligatoires et naturels entre les deux structures.

 

En 2005 à Koupéla, des policiers sont morts dans l’exercice de leurs fonctions. Qu’avez-vous fait pour leurs familles ?

 

• Je crois que ce sont les dispositions administratives communes par rapport à tout agent public décédé dans l’exercice de ses fonctions qui ont été prises. Même si par ailleurs, en interne, les responsables des services prennent des mesures ponctuelles, il y a que l’Etat joue sa partition, comme les lois le prévoient.

 

Justement on reproche à ces autorités de vite oublier les familles endeuillées…

 

• Les autorités sont avant tout des humains. Je ne pense pas que l’on puisse oublier une question aussi importante qui a concerné  des vies humaines. Mais souvent, c’est l’impatience des hommes qui donne lieu à des interprétations malheureuses.

 

En bons policiers, on espère que vous n’allez pas par exemple vouloir investiguer pour savoir qui sont les auteurs de la lettre parue dans l’Observateur Paalga.

 

• A quelles fins ? J'ai dit tout à l’heure qu’il se peut que ce soit des éléments à qui il a manqué l’information. Mais tout ce qu’on peut leur demander, c’est de rester accrochés à la discipline et aller aux bonnes informations. Qu’ils aient le courage d’aller vers leurs responsables, qui ne sont pas leurs adversaires, encore moins leurs ennemis. Au contraire, une de leurs missions est de les accompagner dans leur difficile mission.

 

Entretien réalisé par

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 10 août 2007

 

Encadré

 

Voici la lettre ouverte, émanant du groupe de policiers, parue dans la rubrique «Une lettre pour Laye» de l’édition N° 6942 du vendredi 03 au lundi 06 août 2007.

 

«A la suite de notre marche, les autorités s’étaient rendu compte que nous ne demandions qu’une amélioration de nos conditions de travail et de vie. Beaucoup de nos préoccupations ont été résolues, et dans le même élan un décret avait été pris en août 2006. Il s’agit du décret N° 2006-376/PRES/PM/MFPR/SECU/MFB portant organisation des emplois spécifiques de la Police nationale. Ce décret précise en son article 29 que : «A titre exceptionnel et dans un délais de cinq (5) ans à compter de la date d’entrée en vigueur du présent décret, il sera ouvert par arrêté du ministre chargé de la Fonction publique des examens ou concours professionnels à l’intention des agents de police de catégorie D, échelle 1, justifiant des trois (3) ans dans l’administration. Les candidats déclarés admis seront reclassés dans l’emploi d’assistant de police pour compter du lendemain de la délibération».

La raison principale qui nous amène à écrire cette lettre que nous adressons au président du Faso, au premier ministre et au ministre de la Sécurité est que nos autorités directes tentent de détourner l’application de l’article 29 du décret n° 2006 376/PRES/PM/MFPR/SECU/ MFB. Nous savons que le président du Faso n’est pas au courant de ce qui se passe à la police et, nous, nous voulons lui dire qu’il y a une plaie que tout le monde refuse de soigner. Cette plaie ne fait que s’aggraver et un jour, il sera trop tard. 

Certaines personnes se demandent si nous avons les preuves de ce que nous avançons. Bien sûr que si ; en effet, les agents de police qui n’avaient pas le BEPC devaient justifier de cinq (5) ans de service dans le corps pour pouvoir passer le concours de recrutement de 200 élèves assistants de police. Aussi, pour quelqu’un qui a fait l’école, lorsqu’on dit recrutement d’élèves assistants, on sait que c’est pour aller à l’Ecole nationale de police.

Cette tentative de blocage est due à une jalousie développée par certains collègues, mais nous demandons au ministre de la Sécurité qui est le premier responsable de la sécurité de faire fi de ces comportements ignobles, afin que notre institution puisse avancer et que tout le monde reste dans ses droits et devoirs.

Nous n’avions pas l’intention de passer par la presse pour exposer nos doléances, mais c’est par ce canal que nous pouvons nous exprimer, car la parole ne nous est jamais donnée. Pour l’amélioration des conditions de vie et de travail de la police, nous seront toujours dans la lutte».



10/08/2007
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