L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Affaire Kundé : L'Etat est-il devenu déliquescent ?

Destruction de certains bars Kundé

L'Etat est-il devenu déliquescent ?

 

Au sens propre, la déliquescence désigne la propriété qu'ont certains corps d'absorber l'eau atmosphérique et de s'y dissoudre. Au sens figuré, c'est l'état de ce qui se décompose, tombe en ruine. Là, il devient synonyme de dégénérescence.

Au regard d'un certain nombre de phénomènes qui ont cours au Burkina Faso, il n'est pas alarmiste de se demander si l'Etat n'est pas en voie de déliquescence. Ce qui s'est passé les 16 et 17 mars derniers, avec la destruction de certains bars Kundé, rendent pertinente cette interrogation.

 

Ainsi les bars Kundé de la Cité An II, Blue One et Queen notamment ont été la proie d'une foule composée de centaines de personnes, qui a mis le feu, pillé et cassé ces bars du groupe Kundé. La raison : au dire des manifestants, un membre de ce groupe, du nom de Maïga, serait impliqué dans la série de meurtres aussi macabres les uns que les autres qui se sont déroulés dans les environs de Ouaga 2000, de Boulmiougou, de Sig-Noghin et de Saaba. Ce Maïga, dont la foule disait qu'il est l'exploitant des bars cités, utiliserait ce qui est perçu, en fait, comme des meurtres rituels pour faire fructifier ses affaires. Et c'est pourquoi ces bars ne désemplissaient pas en semaine et encore moins, les week-ends.

Dans cette furie vengeresse, la foule s'est rendue au domicile de celui qu'elle croyait être l'exploitant des bars cités, y a mis le feu à des voitures et détruit les biens.

Quant au Maïga lui-même, il serait en sécurité au commissariat central de police. C'était là les faits tels qu'ils ont été rapportés en plus de ce que nous avons constaté sur le terrain.

 

Une méprise qui aurait pu causer l'apocalypse

 

En réalité, le Maïga dont il est question a été l'exploitant du bar de la cité An II il y a une dizaine d'années, tandis que le groupe Kundé, qui jouit des droits d'exploitation aujourd'hui, a seulement quelque deux ans d'existence. C'est dire que Maïga n'est pas copropriétaire des bars Kundé. C'est à l'évidence une véritable bévue que la foule, constituée d'honnêtes citoyens et certainement de personnes très peu scrupuleuses, a commise ; "aidée" en cela par le fait que le nom Maïga et le nom de famille de celui qui a en charge les bars concernés sont courants au sein du groupe ethnique foulga ou kurumba. La confusion était donc relativement facile à faire.

Les responsables du groupe Kundé, gardés à la gendarmerie pour leur propre sécurité, que nous avons rencontrés le samedi 17 mars, nous ont affirmé ne même pas connaître le nommé Maïga.

Aucun d'eux non plus n'habite au secteur 15. Tout cela a été confirmé par certaines de nos sources proches de la gendarmerie et de la police.

S'agissant des assassinats, les mêmes sources nous ont confié que la police a travaillé de manière tellement diligente que, déjà, elle a deux suspects (à ne pas confondre avec deux coupables), sous la main.

Au regard de tout cela, il n'est pas erroné, à moins d'un rebondissement inattendu, de dire que c'est une véritable méprise alimentée par les rumeurs dont Ouaga a le secret et qui est à la base de ce gâchis qui aurait pu avoir des conséquences dignes de l'apocalypse.

 

L'Etat brille par son inexistence

 

A la Cité An II, où nous nous sommes rendu le 16 mars dans l'après-midi, il n'y avait ni gendarmerie ni police antiémeutes sur les lieux. Seuls les balais incessants des soldats du feu, venus secourir les blessés, étaient visibles. Les forces de sécurité, postées aux feux tricolores de la station Total de la Cité An II, se contentaient de faire faire demi-tour aux usagers de la route ou de leur suggérer de prendre une direction autre que celle de l'avenue Bassawarga, menant, au bar, en flammes.

Certes, l'importance de la foule et l'ampleur de sa colère auraient pu, en cas de déploiement de la police antiémeutes, compliquer davantage la situation ; pour autant, dans leur stratégie de gestion des mouvements des foules déchaînées, n'y a-t-il pas un ou des moyens de gérer ce genre de situation ? Nous croyons que si, car il est inimaginable de laisser de telles choses se produire dans la zone des institutions et des ministères. Il est vrai que des dispositions ont été prises par la suite pour protéger d'autres maquis Kundé ; ce qui prouve que quelque chose pouvait être fait. Alors, question : que s'est-il donc passé ?

 

Une succession inquiétante de manifestations

 

1er septembre 2006 : les émeutes dites du casque, au cours desquelles la folie tapie à l'intérieur de chacun de nous a conduit certains Ouagalais à vandaliser les biens publics et privés pour protester contre l'entrée en vigueur d'une mesure qui, pourtant, a été prise dans leur intérêt ; fin 2006, de jeunes militaires, avec la complicité de certains sous-officiers et officiers, sèment la terreur dans tout le pays pour exiger la satisfaction d'un certain nombre de revendications ; rappelons que le déclic a été la mort d'un militaire suite à un affrontement avec des policiers. Bien d'édifices publics portent encore les stigmates de ce déchaînement de violence qui a fait au total cinq morts ; et puis, il y a maintenant ce qui s'est passé le week-end dernier.

Sans optimisme, la vie ne mérite pas d'être vécue.

Cependant, sans attitude réaliste et sans recul critique vis-à-vis de nos convictions et de nos certitudes, nous courons à notre perte.

Autrement dit, la tranquillité et la paix sociale dans lesquelles nous vivons sont précaires : bien des citoyens sont de plus en plus convaincus qu'ils peuvent et doivent se faire justice eux-mêmes. Pourquoi ? Parce que tout simplement, ils n'ont pas (plus) confiance à la justice et à  ses auxiliaires.

Tant et si bien qu'au moindre problème (supposé ou réel), les institutions sont défiées. Et comme il n'y a rien de plus facile que le "viol" de la conscience de la foule, les gens sont vite débordés par ce qui arrive.

En outre, il y a qu'en amont les réseaux de renseignement de l'Etat laissent à désirer. A défaut de pouvoir faire face à la foule, comment n'a-t-on pas pu, grâce aux renseignements, étouffer cette violence dans l'œuf ?

Tout cela donne finalement l'impression que l'Etat n'a pas l'efficacité et l'autorité sans lesquelles personne n'est à l'abri de l'arbitraire de la part d'autrui. Ce qui n'est pas autre chose que de la déliquescence.

 

Z. K.

L'Observateur Paalga du 20 mars 2007



20/03/2007
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