L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Affrontements entre militaires policiers: Un grossier prétexte

Leçon de sagesse pour dirigeants insouciants

 

 

Finalement donc, la rixe entre policiers et militaires pour un concert  de couper-décaler à l'entrée d'un stade n'aura été qu'un grossier prétexte et les poulets, que les bérets rouges ont saignés, de pauvres victimes expiatoires d'un péché qu'ils n'ont pas vraiment commis, les exutoires de vrais problèmes qui n'ont pas tardé à remonter en surface.

 

Une semaine en effet après les violents affrontements des 20 et 21 décembre 2006 entre forces de Défense et de Sécurité qui ont fait trois mort ici, deux autres là, ainsi que quelques victimes civiles collatérales, la soldatesque était de nouveau sur le pied de guerre au cours du long week-end de fin d'année.

 

Vendredi 29: Blaise Compaoré venait à peine de recevoir les vœux des corps constitués sous les lambris dorés de son palais flambant neuf de Kos-Yam quand des militaires du Groupement de commandement, d'appui et de soutien (GCAS) au camp Sangoulé-Lamizana de Gounghin décidèrent de se faire entendre à coups de mitraillettes pour une histoire de prime alimentaire. Ce concert des kalach qui n'a rien à voir avec le couper-décaler durera jusqu'à 23 heures - 24 heures.

 

Samedi 30: c'était au tour de la garnison de Kaya d'être gagnée par la contagion venue de Ouaga

 

Dimanche 31: une partie des Bobolais fut interdite de Saint- Sylvestre par des soldats qui ont décidé d'investir les rues de la ville cette nuit-là.

 

On ne peut alors s'empêcher de se demander avec cette fronde armée qui semble se métastaser: à quelle ville sera-ce le tour ?

 

Nous l'avons déjà écrit et nous persistons et signons, rien, absolument rien ne saurait excuser cette débauche de violence d'une Grande Muette devenue depuis peu si prompte à faire parler... la poudre.

 

Quelles que soient leurs motivations, rien, absolument rien ne saurait justifier cette riposte doum-doum sur des flics terrorisés; pas plus que l'ouverture des portes de la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), libérant ainsi quelques six cents détenus dont des bandits de grand chemin; encore moins les sévices corporels infligés à des civils (notamment à des journalistes) ou les tentatives de casses de coffres-forts, les vols de cellulaires ou même, semble-t-il, des viols collectifs. Ceux qui ont fait ça sont des brigands qui ne méritent pas d'être dans notre Armée et si ça se trouve, ceux qu'ils sont allés libérer à la MACO sont leurs compères.

 

Comment d'ailleurs ont-ils pu discréditer ainsi un mouvement qui, s'il avait été pacifique, aurait sans doute eu le soutien des populations? Car, comme indiqué en début de texte, l'altercation aux conséquences sanglantes avec la flicaille se sera révélée, avec la suite des événements, l'arbre qui cache la forêt puisque très vite, on est passé à des revendications corporatistes voire politiques : la prime alimentaire (le fameux préfranc) ; les sommes dues mais non perçues; l'embourgeoisement jusqu'à l'indécence de la hiérarchie pendant que le gros de la troupe tire le diable par la queue; ces contingents dans les différentes missions onusiennes de maintien de la paix (RDC, Darfour, Haïti...) où les places seraient parfois achetées et dans lesquelles de hauts gradés feraient  leur beurre, etc.

 

Comment ne pas être sensible à ce mal-être des bidasses dans la mesure où, mutatis mutandis, ce sont les mêmes conditions de vie et de travail que les civils déplorent. Mais comme le général Tolé Sagnon et ses hommes n'ont pas de kalachnikovs, ils peuvent toujours crier dans le désert, ils n'auront même pas la chance d'être entendus par les cigales de Kos-Yam. Alors qu'avec ces kodos à la gâchette facile, le pire est vite arrivé, et ce n'est pas à un converti comme Blaise Compaoré qu'on va prêcher cela.

 

Mais s'il faut condamner sans appel l'allégresse macabre des jeunes gens, comme d'un grand mal peut naître un grand bien, le blues des bérets rouges qui broient du noir aura, à tout le moins, constitué un coup de semonce, c'est-à-dire, en termes militaires, un coup de canon, à blanc ou réel, pour appuyer l'ordre donné à un navire de montrer les couleurs et de s'arrêter. Autrement dit, un avertissement brutal et sans frais mêlé de reproches qui peut préfigurer une action plus dure.

 

Le chef suprême des armées, qui donne l'impression de ne plus tellement maîtriser son affaire, a donc tout intérêt à se réveiller s'il ne veut pas conforter les croquants dans leur idée que la citadelle n'est pas aussi inexpugnable qu'on le croit.

 

Qu'on se le dise, nonobstant ces concepts immatériels et, surtout, incomestibles de "développement solidaire", de "progrès continu", "de société d'espérance" et de "croissance soutenue", le Burkina de 2007 ressemble étrangement (la colonisation en moins) à ces Tanga du nord et du sud d'Eza Boto dans "Ville cruelle": un même espace géographique même si la réalité donne souvent l'impression que ceux qui l'occupent ne sont pas sur la même planète. Il semble qu'à Ouaga 2000 ou à la "Cité de l'impunité" à Somgandé, la mode soit de prévoir dans ces châteaux futuristes des boîtes de nuit privées et que derrière certains rideaux se cachent souvent des décors dignes de Las Vegas.

 

Des domaines que les sans-grades révoltés de ces dernières semaines, utilisés la plupart du temps comme garçons de courses ou chefs de chantiers, ont vu pousser. Rien à voir avec ce Burkina toujours enfoncé dans les profondeurs du classement du PNUD et dont les responsables crient quelquefois à l'injustice. A raison sans doute puisqu'ils doivent penser qu'ils sont suffisamment représentatifs de la situation d'ensemble de leurs compatriotes.

 

En vérité, le président du Faso, qui a été élu à hauteur d'homme (80,35%) en novembre 2005, et alors qu'il fêtera, en octobre prochain, le 20e anniversaire de son accession au pouvoir, ferait mieux de descendre de son piédestal pour prendre le vrai pouls du "pays réel". Et d'ouvrir l'œil, et le bon, s'il ne veut pas qu'une autre révolution survienne. C'est bien connu, lorsque les uns mangent et les autres regardent...

 

-         Quand dans un pays il y a une race de nouveaux riches, qui n'ont pourtant pas hérité de vieilles tantes milliardaires, mais qui narguent le vulgum pecus et qui oublient très vite d'où ils sont venus.

 

-         Quand dans un pays, on a voulu relire la loi fiscale pour régler le problème d'un seul milliardaire.

 

-         Quand dans un pays on distribue des exonérations et des dégrèvements fiscaux à coups de milliards tout en pressurant les petits contribuables et en se plaignant qu'il n'y ait pas de l'argent dans le pays.

 

 

-         Quand dans un pays, l'essentiel de l'économie est entre les mains des 10 familles du Burkina (pour reprendre une expression du député Etienne Traoré) élargies à leurs alliés, obligés, protégés...

 

-         Quand dans un pays qui est l'arrière-cour naturelle des rebelles ivoiriens, les affaires juteuses avec la partie sous contrôle des Forces nouvelles sont sous le contrôle de trois (pas plus) gros porteurs burkinabè dûment répertoriés avec qui on sait derrière.

 

 

-         Quand dans une Armée les petits morveux pistonnés par tel colonel, tel général ou tel ministre, recrutés dans des conditions douteuses, se fichent de la discipline et de la hiérarchie comme de leur première barboteuse sans que leurs supérieurs  y puissent rien...

 

 

-         Quand dans un pays, tous ces ingrédients sont réunis, il ne faut pas s'étonner de ce que le couvercle de la cocote-minute finisse par sauter.

 

 

A quelque chose malheur étant bon, c'est même une bonne leçon de sagesse (du moins nous l'espérons) pour dirigeants insouciants qui se complaisent dans le lucre et le stupre que les bidasses viennent de dispenser gratuitement.

 

Tout bien pensé, ce n'est pas si mauvais que des membres du gouvernement aient fui leur fasienda pour se planquer dans des lieux sûrs; ce n'est pas si mauvais que ça que des chefs militaires sur qui pèsent de lourds soupçons de corruption et de concussions aient déserté leur domicile ; ce n'est pas si mauvais que ça  que des élus aient été bloqués dans des cages d'ascenseur puis exfiltrés en catastrophe ; ce n'est pas si mauvais que ça que des patrons d'entreprises aient été étalés, longs comme des serpents, sur leurs grosses cylindrées et se soient vus obligés d'affirmer, le pistolet à la tempe, que c'est eux les voleurs de la République...

 

Pour tout ce beau monde qui roulait carrosse et menait grand train, et qui avait fini par croire que cette "patrie des hommes intègres" où il pouvait se permettre tout et son contraire leur appartenait, pour toute cette engeance, c'est une bonne leçon d'humilité et de modestie. Rien n'est jamais acquis définitivement, surtout pas la paix sociale et la cohésion nationale et le vent a vite fait de tourner sur ce qu'on pensait être un boulevard.

 

Prudence donc, car il en va du Burkina comme de toutes ces démocraties bananières, cacaoyères ou cotonnières, diamantifères ou pétrolifères qui ont essaimé sur le continent au début des années 90 : le seul antidote contre les mutineries, rébellions et autres putschs, c'est la gouvernance politique et économique, c'est aussi la bonne gestion des hommes, surtout quand ils ont une arme au bout du bras.

 

En bonne démocratie d'ailleurs, les ministres de la Défense et de la Sécurité, qui ne sont plus désormais que ceux de l'Attaque et l'Insécurité, pour avoir failli, auraient dû avoir l'élégance de présenter leur démission au Président du Faso (quitte à ce que celui-ci les refuse).

 

 A moins qu'ils veuillent laisser à leur mandant le soin de sauter par lui-même les fusibles qu'ils sont pour faire baisser la tension. Après tout, si ce qui est arrivé est arrivé, c'est la résultante du cocktail, forcément détonant, de la négligence, de l'arrogance et de l'inefficacité.

 

La rédaction

Source, L’Observateur Paalga du 8/01/2007

 

 



09/01/2007
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