L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Banfora : Tables rondes autour d’une situation explosive

Banfora

Tables rondes autour d’une situation explosive

 

Suite au blocage du conseil municipal de Banfora, les autorités administratives sont entrées en action. Le gouverneur des Cascades, Youssouf Rouamba, assisté du haut-commissaire de la Comoé, Pierre Waongo, du secrétaire général de la province, du préfet de Banfora, initient des rencontres depuis le 22 juin 2007. L’objectif est d’instaurer un climat serein dans la ville. Mais au-delà du fait que ces rencontres peuvent êtres salutaires,  elles auront permis de lever un coin du voile sur la crise que connaît la cité du Paysan noir : elle a été, avant tout, interne au RDB.

 

En initiant ces rencontres, les autorités administratives entendent couper court aux rumeurs qui ont gagné la ville, et même au-delà, suite au blocage constaté du conseil municipal le 18 juin dernier. Ces rumeurs, des plus folles, circulent, faisant croire que rien ne va plus dans la cité du Paysan noir suite à la cohabitation difficile entre les acteurs politiques au sein du conseil. Les autorités ont voulu rassurer à travers une information saine et juste, et inviter ensuite les différents acteurs à œuvrer à l’apaisement, afin que l’on puisse travailler dans la sérénité, surtout que le gouvernement  va désormais gérer la crise.

Il est revenu à des représentants de la société civile d’approcher les premiers responsables ce 22 juin dans la salle de réunions de la Direction régionale de l’économie et du développement où se tenaient les concertations. A ceux-ci les autorités ont fait la genèse de la situation, qui est partie de la mise en place de la commission ad hoc sur le lotissement, par le maire, au mépris des textes. Elles ont de ce fait demandé son annulation et sa reprise conformément aux textes. Le conseil du 12 juin avait d’ailleurs ce point à son ordre du jour, mais le climat politique s’est très vite détérioré, avec une marche des jeunes du RDB, durant laquelle des propos malveillants ont été tenus.

Ce qui a conduit au blocage, les élus du CDP refusant de siéger. La société civile a été informée que désormais, le gouvernement a le dossier en main. Ce que les autorités attendent de la société civile, c'est qu’elle joue pleinement son rôle de leader d’opinion, dans le sens de l’apaisement du climat.

Très conscientes de la situation, des personnes-ressources se sont levées pour suggérer la mise en place d’un comité de concertation, composé essentiellement des religieux pour leur impartialité, et des autorités administratives. De son côté, le président de l’Association pour le développement économique et social des Cascades (ADESCA), l’abbé Luc Héma, a fait part aux autorités de ses concertations infructueuses sur la question, parce que les acteurs pensent qu'il s'agit d'une question politique qui devrait trouver une solution politique.

 

                  Des révélations surprenantes

 

Les responsables du RDB ont été invités par la société civile le lendemain 23 juin. En l’absence du bourgmestre de la ville, ce sont Yssouff Lallé Traoré, 2e adjoint au maire, Barro Salif, Koné Salif, directeur de cabinet du maire, Soulama Nadihini, tous conseillers municipaux, et une sœur de la députée RDB qui sont venus écouter les autorités. D’entrée de jeu, les autorités, qui ont épargné à ces politiciens la genèse de la crise, leur ont indiqué les vertus cardinales qui doivent régir la vie politique, à savoir la non-incitation à la violence, à la haine raciale, etc., et leur ont demandé, tout en sachant que c’est difficile, de calmer leurs militants pour éviter tout trouble.

Comme il fallait s’y attendre, de leur côté, les responsables du RDB ont tout de suite dégagé leur responsabilité dans la crise, et dit qu’ils ont toujours tendu la main à leurs homologues élus du CDP, pour travailler dans la paix, mais  que pendant les dernières législatives, le CDP a commencé à acheter leurs conseillers, comme si on était dans une compétition municipale. A la lumière de leur déclaration, on est amené à conclure que c’est là tout le problème du RDB. Ils n’ont pas également manqué de faire une révélation, qui a fait dire au gouverneur que la crise est avant tout interne au RDB.

Car  selon les envoyés de ce parti, qui ont tous pris la parole, c’est Sanogo Amary, ex- secrétaire provincial du RDB Comoé,  militant de première heure, démissionnaire, qui est à l’origine de la crise. A les entendre, tout est parti des dernières législatives, lors desquelles la confection des listes a posé problème. Le démissionnaire, qui a rejoint le CDP, voulait être la tête de liste du RDB. Mais il a été écarté parce qu’il ne remplissait pas les critères du parti, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas originaire de la Comoé, ont avoué les responsables du RDB aux autorités. Frustré, ce dernier ne leur aurait pas caché ses intentions, il aurait promis à ses anciens camarades de déstabiliser le conseil municipal, et les responsables du RDB de soutenir que c’est lui qui mène les contacts avec les conseillers RDB, à qui il promet des motos «Djakarta». Conséquence : plusieurs conseillers ont démissionné, donnant du même coup la majorité au CDP, et cela a conduit à la crise actuelle.

Au RDB, l’on soutient que ces achats se poursuivent, et que l’objectif du CDP est de déposer une motion de défiance après avoir acquis les 2/3 des membres du conseil, soit 50 élus. Aussi demandent-ils aux autorités d’intervenir afin que l’on mette fin à l’achat de leurs élus ;  chose qui est difficile, le nomadisme politique n’étant pas interdit au Burkina. Ils ont prévenu qu'ils ne pourront pas continuer à contenir leurs militants, contrairement à ce qu'ils font présentement.

 

Le maire n’arrive pas à réunir ses commissions

 

Le CDP est venu clore cette série de concertations sur la crise, dans la soirée du 23 juin. C’est une délégation forte de 10 membres qui est allée répondre à l’appel du gouverneur. Une absence remarquée aura été celle de la secrétaire provinciale du CDP, Mme Habibata Coulibaly, empêchée. En procédant de la même manière, à savoir le rappel des vertus que doivent cultiver les partis politiques dans un Etat de droit, la parole a été donnée au CDP. De son côté aussi, ce parti se défend de toute responsabilité dans la crise. Il rejette la balle au RDB. Eux se seraient jusque-là maîtrisés, auraient participé activement aux différents conseils. Mais ils ne supportent plus les menaces, les insultes des militants du RDB, qui vit une crise interne, suite à une gestion familiale.

De l’avis de ces derniers, il y a  crise de confiance et le maire, Souleymane Soulama, n’arrive même plus à réunir ses commissions. «Nous ne sommes pas comptables de cela», dira leur porte-parole,  Héma Bassié. Les responsables du CDP qui rentraient directement de Ouaga d’une concertation avec leur président, Roch Marc Christian Kaboré, sur cette crise, disent avoir été enjoints de respecter la discipline du parti. Chose qu’ils respectent, en témoignent, selon eux, les  propos lors de la dernière campagne, les accusations de fraudes avec plainte à la gendarmerie.

Et le CDP de dire sa satisfaction par rapport aux dernières législatives, où il a laminé, partout, le RDB au score. Ses délégués ont aussi tenu à préciser que s’ils ont perdu aux dernières municipales, ce n’était pas grave, mais qu'aujourd’hui, la majorité a changé de camp et ils ne peuvent pas aussi continuer à se maîtriser.

On l’aura constaté, chacun des belligérants tire la couverture à lui. En attendant,  les autorités, qui sont impuissantes devant certaines questions, lesquelles peuvent êtres perçues comme étant de l’ingérence,  n’ont fait que réitérer leur demande de faire en sorte qu’un climat serein puisse continuer à régner dans la ville afin de permettre aux autorités burkinabè de travailler à résoudre la crise.

 

Luc Ouattara

L’Observateur Paalga du 26 juin 2007



26/06/2007
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