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Belgique : L’Orange Bleue a plus de pépins que de jus

Belgique

L’Orange Bleue a plus de pépins que de jus

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Belgique s’est tiré une balle dans le pied en ne donnant pas, à l’occasion des élections législatives du 10 juin 2007, une majorité claire à un parti ou à un groupe de partis politiques pour diriger le pays. Aussi, depuis plus de 120 jours après cette consultation électorale, ce petit royaume, niché au cœur de l’Europe, peine à se trouver un nouveau gouvernement. Dès lors, le pays tourne au ralenti puisqu’aucune décision importante engageant la Nation ne peut être prise par l’équipe sortante de Guy Verhofstadt, chargée uniquement d’expédier les affaires courantes.

En l’absence d’une majorité nette, c’est le responsable du parti arrivé en tête qui doit, en principe, former la nouvelle équipe gouvernementale. C’est conformément à cette disposition que le roi Baudouin a autorisé le chrétien-démocrate flamand Yves Leterne à entreprendre les consultations avec les partis politiques pour former le gouvernement. Les partis pouvant entrer dans la nouvelle équipe dirigeante sont vite identifiés. Il s’agit en fait de la coalition dite de l’ «Orange Bleue», un tandem des libéraux et des chrétiens-démocrates composé des formations politiques suivantes : MR, CDH, Open VLD, CD&V/N-VA.

Depuis, c’est le début du cauchemar d’Yves Leterne, qui s’est arraché en vain les cheveux pour obtenir un accord de gouvernement avec ces partis de la future majorité. Face au blocage, il a bien été obligé de jeter l’éponge en fin août car il s’est vite rendu compte que vraisemblablement, cette Orange Bleue a plus de pépins que de jus. Pour recoller les morceaux, le roi a alors nommé un explorateur, Herman Van Rompuy, chargé de négocier encore avec les partis pour les amener à se mettre d’accord sur un modus vivendi pour la formation du gouvernement.

Là aussi, les choses piétinent, les uns et les autres ne voulant pas faire de concession. La seule réussite n’a été jusque-là que l’accord conclu le 8 octobre sur la politique d’immigration fixant notamment des quotas en matière économique.

Reste à s’entendre sur de gros dossiers comme la justice, la fiscalité, l’emploi, le budget, la sécurité mais aussi sur le dossier concernant l’épineuse question de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Ce dossier touche au droit des francophones de la périphérie flamande de Bruxelles de voter pour des listes francophones de la capitale. Mais au nom de l’ «homogénéité» de la Flandre, les partis flamands s’opposent à ce que ce dossier aboutisse.  Autant dire que le fossé divisant ces formations politiques reste encore largement béant.

Les choses sont d’autant plus difficiles que les Flamands estiment qu’ils casquent plus que les francophones dans le panier national. C’est pour cela qu’ils proposent de ramener aux régions certaines prérogatives actuelles de l’Etat fédéral. Chose qu’évidemment les Wallons n’entendent pas de cette oreille.

Dans ces différents tiraillements, il faut voir en fait la guerre  politique et économique larvée que se livrent les francophones et les néerlandophones (flamands) souvent sur fond de séparation. Des antagonismes qui risquent de faire voler en éclats la Belgique. 

Ces difficultés que vivent ce pays montrent bien que ce n’est pas seulement chez les nègres qu’il y a le réflexe identitaire. En effet, le repli identitaire (flamand et wallon) est très fort en Belgique et cela dure depuis des années. C’aurait été sous nos tropiques que les donneurs de leçons auraient eu du grain à moudre… sur le dos de «cette Afrique arriérée et minée par des divisions ethniques, claniques et tribales».

Au stade actuel, les positions sont si figées qu’on se demande comment trouver le bout de ce long tunnel noir car la reprise des élections est loin d’être la solution. En effet, les électeurs, plus que jamais, vont avoir le réflexe de voter non pas selon des convictions politiques mais communautaires. Chose qui va compliquer encore la situation. Or si l’Orange Bleue parvient, malgré tout, à se mettre en selle, rien n’indique que la coalition tiendra pour longtemps la route. Cet imbroglio belge est un véritable casse-tête chinois qu’il sera difficile de démêler à jamais.

Bruxelles étant la capitale de l’Europe, il est clair que cette histoire belgo-belge agace quelque peu l’Union européenne. Cette dernière est en fait obligée, par exemple, de mettre en veilleuse son projet de regroupement de tous ses services dans une même zone.

A quelque chose malheur est bon, dit-on. Alors espérons que les Belges sauront tirer leçons de cette crise en portant des amendements à leurs textes fondamentaux pour éviter pareil blocage dans le futur. Une relecture de la loi électorale et de la Constitution s’impose donc. Mais encore faut-il que chaque camp sache contenir son ego au profit de l’intérêt général. Là est toute la question.

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 11 octobre 2007



10/10/2007
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