L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Dans la ville natale de Léopold Sédar Senghor

Joal

Dans la ville natale de Léopold Sédar Senghor

Située à 114 kilomètres de Dakar, la ville de Joal doit sa célébrité au père de la Négritude, Léopold Sédar Senghor. Le poète a chanté son village qui l'a vu naître en 1906. En se rendant ce dimanche 4 novembre 2007 à Mbodiène pour prendre part à l'atelier régional sur la Sécurisation des produits de la santé de la reproduction (SPSR) organisé par l'UNFPA, les journalistes d'Afrique francophone ignoraient, pour la plupart, qu'ils seraient presqu'à la porte de cette ville touristique, en pays Sérère. Profitant d'une pause café, Joal étant située à une dizaine de kilomètres de Mbodiène, dans le département de Mbour, nous y avons fait un tour éclair le jeudi 8 novembre 2007. Juste une heure et demie pour nous replonger dans les vieux souvenirs des poèmes de Senghor que nous avons lus avec beaucoup de délectation au secondaire.


Il était 13h 20 le jeudi 8 novembre 2007 quand nous avons foulé le sol de la ville de Joal, située à 114 kilomètres de Dakar. A l'entrée de la ville, il n'y avait pas grand monde aux abords de la principale voie, et seulement quelques vendeurs de bricoles et des gamins déambulaient sous un soleil de plomb. Nous n'avions pas de temps à perdre pour ne pas abuser de la courtoisie des formateurs de l'UNFPA. En compagnie d'un confrère guinéen, Bachir Amara, notre premier rêve était de nous rendre dans la famille de Léopold Sédar Senghor où l'on pourrait nous guider pour toutes visites utiles. Le taxi venait de nous déposer non loin d'une "dibiterie" (un terme wolof francisé et signifiant restaurant) qui grouillait de monde. Notre choix pour des interlocuteurs avisés sera porté sur un groupe de personnes âgées devisant sous un arbre autour d'un fabricant de chaussures en cuir. Après les salutations d'usage, c'est Viliam Lalyre, un pêcheur qui dit se tourner les pousses, la pêche n'étant pas ouverte en cette saison, qui s'est prêté volontiers à nos questions. "Vous avez la cour familiale du président Senghor juste derrière vous. Il a des cousins qui habitent assez loin à la sortie de Joal", nous dit-il. Et quand nous lui demandons si le défunt président a une cour à Joal, il nous répond qu'il "n'a jamais posé de briques ici". Même s'il a passé presque toute sa vie à Dakar en tant que chef d'Etat d'abord et en France, ensuite, notre surprise fut tout de même très grande de l'apprendre. Des interlocuteurs ont tous confirmé cela, arguant que le poète président qui a fait ses études primaires à Ngazobil, localité située à 5 kilomètres de Joal, n'a voulu aucunement accorder d'avantages particuliers à son village natal, quoiqu'il en eût toute la latitude. C'est dire que toutes les localités du Sénégal devaient être traitées, disons, sur un pied d'égalité, à en croire nos interlocuteurs.

Joal, une ville moyenne entourée par la mer

La maison familiale où vivaient Diogoye Senghor et son épouse Gnilane, les parents du défunt président, est aujourd'hui un musée très visité. Malheureusement ses portes étaient closes à notre arrivée. Viliam Lalyre nous a présenté une ville moyenne comptant environ dix mille âmes, essentiellement de l'ethnie Sérère. Les populations vivent de l'élevage, de l'agriculture (mil, arachide...), du commerce et de la pêche. "Nous avons l'un des plus grands ports d'embarquement de l'Afrique de l'Ouest ", nous a confié un ressortissant. Il a rappelé d'éternels conflits entre les petits pêcheurs et les grands chalutiers européens. Même si ses eaux ne sont plus, de nos jours, aussi poissonneuses que par le passé, il n'en demeure pas moins que Joal reste une destination très prisée par des pêcheurs de divers horizons. Ils sont nombreux, les ressortissants ouest- africains qui y vont pour acheter surtout du poisson. Les Guinéens, les Burkinabè seraient les plus gros clients des pêcheurs. Face aux problèmes récurrents liés à la pêche, les autorités administratives ont, depuis 2004, tracé une aire maritime protégée avec l'appui de partenaires extérieurs, tous soucieux de la sauvegarde de cette richesse naturelle. A Joal tout comme dans les autres localités en bordure de la mer, les jeunes rêvent de pouvoir gagner l'Europe en bateau.

De nos jours, ce rêve pour l'el dorado ne peut presque plus se réaliser suite au démantèlement des nombreux réseaux de passeurs dont certains ont toujours la peau dure malgré la sévérité de la loi devant sanctionner tout contrevenant. L'histoire de Joal, la vie politique et familiale de Senghor nous ont été racontées par Gabriel Diam, ancien secrétaire général de l'enseignement catholique du Sénégal et neveu du défunt président. Dans nos prochaines éditions, nous vous proposerons l'entretien qu'il nous a accordé.

Par Philippe BAMA

Le pays du 19 novembre 2007


ENCADRE

La jeune génération parle de Senghor

* Salimata Faye (élève en classe de 3e) : "Notre ancien président était le père de la Négritude. Je suis élève au lycée Léopold Sédar Senghor et membre du club de théâtre qui porte son nom. Il est né ici à Joal en 1906 et chaque année je prends part à la commémoration de la date anniversaire de sa naissance. Dans notre établissement, il sont nombreux, les élèves qui rêvent de devenir de grands poètes comme Senghor."

* Djibril Seck (élève en classe de 4e) : "Je sais qu'il est né ici à Joal et a fait ses études à Ngazobil. Je ne sais pas s'il a fait beaucoup de choses pour Joal. Il est une idole pour nous jeunes et nous voulons lui ressembler pour servir notre pays."

* Amed Sarr (élève en classe de 4e) : "Senghor était un grand homme qui a beaucoup défendu la race noire et toute l'Afrique. Il était pétri d'expériences. Le président Senghor a été un grand littéraire. J'ai lu plusieurs oeuvres, poèmes de Senghor très riches en enseignements sur la vie de l'homme noir et du continent africain."

ENCADRE

Le poème de Senghor que plus d'un se rappellera

JOAL

Je me rappelle.

Je me rappelle les signares à l'ombre verte des vérandas

Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.

Je me rappelle les fastes du Couchant

Où Koumba N´Dofène voulait faire tailler son manteau royal.

Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés

Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.

Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo

Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe.

Je me rappelle la danse des filles nubiles

Les choeurs de lutte - oh ! la danse finale des jeunes hommes, buste

Penché élancé, et le pur cri d'amour des femmes - Kor Siga !

Je me rappelle, je me rappelle...

Ma tête rythmant

Quelle marche lasse le long des jours d´Europe où parfois

Apparaît un jazz orphelin qui sanglote sanglote sanglote.



19/11/2007
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