L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Des malades meurent faute d'ambulance à Dédougou

CHR de Dédougou

Des malades meurent faute d'ambulance

Depuis quelque temps, le Centre hospitalier régional (CHR) de Dédougou a recours à l'ambulance du CMA de Nouna pour évacuer ses malades à Ouaga ou à Bobo Dioulasso. La raison en est simple : l'unique ambulance du CHR, centre de référence par excellence, est fréquemment en panne. Chronique d'une situation qui porte préjudice aux usagers de cet hôpital régional en général, et aux populations de la région de la Boucle du Mouhoun en particulier.

La seule et unique ambulance du CHR de Dédougou n'arrive plus à assurer l'évacuation des malades à Ouaga ni à Bobo. Les fréquentes pannes font qu'elle n'est pas opérationnelle pour parcourir de longues distances. Face souvent à certaines urgences, il est fait recours à l'ambulance du CMA de Nouna, localité située à 57 km de Dédougou, pour assurer les évacuations vers les grands centres comme Ouaga et Bobo. Le 14 septembre dernier, il a fallu recourir à l'ambulance de Nouna pour évacuer un blessé de l'accident qui a coûté la vie à 2 étudiants en fin de cycle et en stage au CIRDES.

Cette situation porte préjudice aux parents des malades qui sont contraints de débourser doublement pour l'évacuation de leur patient. Pire, quelquefois le malade décède en route parce que l'ambulance sollicitée ailleurs est arrivée avec un retard. Lassané Traoré, qui a vécu cette triste réalité, raconte : "L'année dernière, nous devions amener notre grand frère malade à Bobo. Malheureusement, l'ambulance de l'hôpital de Dédougou était en panne. Nous avons attendu pendant plus de 4 heures celle de Nouna. Lorsque nous avons pris la route, avec les multiples déviations occasionnées par le bitumage de la route Bobo – Dédougou, le chauffeur qui ne connaissait pas bien la route qui était assez dégradée et l'obscurité, nous nous sommes égarés. Nous nous sommes retrouvés dans un village très loin de la grande route. L'infirmier qui nous accompagnait a assisté impuissant à l'agonie de notre malade."

Comme Lassané Traoré, d'autres personnes ont vécu des situations similaires. Halonboza Kondé ne cache pas sa colère. Selon elle, la vie de son frère jumeau aurait pu être sauvée s'il y avait 2 ambulances à l'hôpital de Dédougou. Elle s'en souvient comme si c'était hier. "Lorsqu'on a décidé d'évacuer mon frère, l'ambulance était partie à Koumana pour chercher une femme. Malheureusement, le chauffeur est tombé dans une embuscade de bandits. L'ambulance lui a été retirée et utilisée par ces malfrats pour s'en fuir. Nous avons attendu toute une journée avant que l'ambulance de Tchériba vienne. Nous sommes donc arrivés à Ouaga en fin de semaine et mon frère est décédé 2 jours après. Par la suite, j'ai appris que la femme qui devait être évacuée à Dédougou a malheureusement perdu son bébé et qu'elle a même perdu l'usage de ses membres."

Ces témoignages corroborent la réalité des difficultés des évacuations sanitaires du CHR de Dédougou vers les grands centres ces dernières années. En 2000, par exemple, le CHR a passé une année entière sans ambulance, parce que la seule ambulance était sur cale après un accident. En 2003, une ambulance remise à cet hôpital a été retirée 2 semaines plus tard pour être réattribuée à un CSPS d'une autre région. Acquise sur fonds PRSS (Projet de renforcement des services de santé) en 2003, l'actuelle ambulance est sollicitée par toutes les formations sanitaires du district sanitaire de Dédougou pour évacuer les malades au CHR et vers les CHU. La dégradation du réseau routier de la région a sans doute contribué à accélérer l'amortissement de cette ambulance, si bien qu'on est obligé de se tourner vers Nouna. Aux frais d'évacuation qui sont de 56 774 F CFA pour Ouaga et 41 112 F CFA pour Bobo, à partir du CHR, il faut ajouter ceux de Nouna qui s'élèvent à 28 600 F CFA. Sans subvention de l'Etat, ces frais sont entièrement à la charge du malade. Mais selon le directeur des services généraux, Karim Bonané, l'hôpital assure quelquefois gratuitement ces frais lorsqu'il s'agit d'un indigent. Le problème d'ambulance constitue donc l'une des véritables difficultés du CHR et trouble le sommeil de Jean Charlemagne Yoda, directeur général de cet établissement. " Je suis fatigué de me justifier", lâche- t-il entre deux soupirs, avant de dire qu'avant la fin de l'année, sa structure bénéficiera d'une ambulance. Ces propos ne semblent plus convaincre personne à Dédougou, parce que qualifié de récurrents dans certains milieux. Structure de référence régionale, le CHR de Dédougou, à l'instar des autres hôpitaux publics, a pour mission principale l'offre de soins de qualité aux populations comme le recommande l'article 8 de la loi hospitalière. C'est dire donc que l'Etat devrait consentir des efforts pour que ces hôpitaux régionaux répondent aux normes, afin de minimiser les évacuations vers les CHU de Ouaga et Bobo. A l’heure où la décentralisation prend racine au Burkina, le développement endogène est une base solide pour un décollage économique de nos régions. Les fils et filles de la région de la Boucle du Mouhoun devraient également regarder dans la même direction pour sauver ce qui peut l'être, car le CHR de Dédougou a besoin d'une ambulance pour évacuer ses malades.

Serge COULIBALY

Le Pays du 8 octobre 2007



07/10/2007
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