L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Diané Balamine : «Je n'ai rien à voir avec Koussoubé»

Diané Balamine, ADF/RDA Houet

«Je n'ai rien à voir avec  Koussoubé»

 

Trois semaines après les législatives et alors que le Conseil constitutionnel n'en a pas encore livré les résultats définitifs, la tension reste perceptible au sein de la structure provinciale de l’ADF/RDA du Houet. La crise née de la confection de la liste provinciale du parti pour le scrutin du 06 mai dernier est encore loin de s’estomper. C’est du moins le constat que l’on peut faire dans cet entretien que nous a accordé hier à son domicile monsieur Diané Balamine, présenté comme le premier responsable du parti dans la province et qui, pourtant, semble désormais marginalisé par le bureau politique national (BNP).

 

Quels postes occupez-vous aujourd’hui au sein de votre parti ?

 

• Je suis commissaire politique du bureau politique national (BPN), secrétaire de la convention des Hauts-Bassins et secrétaire général de la fédération du Houet. 

 

Pourtant les rumeurs disent que vous avez été démis de vos fonctions. Qu’en est-il ?

 

• C’est plutôt vous qui me l’apprenez. J’occupe ces fonctions depuis des années, et je n’ai jamais reçu de notification du bureau politique national attestant que je suis relevé de mes fonctions. Si d’ailleurs c’était le cas, vous  en seriez les premiers informés ; par ailleurs je vous apprends que je viens de recevoir une invitation à prendre part à une rencontre du bureau politique national ce week-end à Ouagadougou.

 

La campagne pour les législatives s’est déroulée dans une atmosphère de crise à peine voilée au sein de votre parti dans le Houet. Quelles en sont les raisons ?

 

• Pendant la campagne, il y a eu deux structures parallèles dans le Houet, et c’est un problème qui a été créé et entretenu par le BPN. Il y avait le bureau de la coordination de la campagne, qui a été mis en place sans l’aval de la fédération que je dirige. Par conséquent on s’est retrouvé avec deux listes pour les législatives. La première, c'est-à-dire celle de la fédération, n’a pas été retenue par le BPN. C’est plutôt la deuxième liste, celle de la coordination, avec Célestin Koussoubé en tête, qui a été retenue. Nous avons trouvé que le BPN a fait fi des statuts et règlement intérieur du parti ; ce qui est un acte condamnable. Alors nous avons, en toute logique, manifesté notre indignation.  Gérard Kango Ouédraogo s’est même déplacé à Bobo en son temps pour nous écouter. Mais il a été incapable de résoudre le problème. On avait en tout cas l’impression qu’il y avait une manœuvre de déstabilisation du bureau de la fédération,  que je dirige depuis des années, et nous avons tout de suite jugé opportun de mettre en place un comité de crise. Dès lors, il était de notre devoir d’informer les militants de base de la situation du parti. Nous avons, de ce fait, tenu une assemblée générale chez le vieux Zoromé à Diarradougou. Au terme de cette rencontre, qui a connu une grande mobilisation, les militants ont tout simplement opté pour le boycott des élections.

 

Ce boycott n’a-t-il pas échoué dans la mesure où l’ADF/RDA s’en est sortie avec un siège sur les 6 au Houet ?

 

• Non ! Pas du tout. A chaque élection l’ADF/RDA a toujours fait le plein de voix dans le Houet. C’était par exemple le cas lors des dernières municipales, où nous avons totalisé plus de 20 000 voix. Par contre, pour ces législatives, le parti n’avait que 13 000 voix. Si l’ADF/RDA avait obtenu deux sièges, j'aurais  dit que le boycott a échoué. Mais avec ce résultat, je pense que le mot d’ordre a été bien suivi.

 

Maintenant que les élections sont terminées, peut-on dire que cette crise relève du passé ?

 

• La crise persiste et elle persistera toujours parce que le BPN se montre incapable de prendre ses responsabilités. D’ailleurs il n’y a pas qu’à Bobo qu'il y a crise au sein du parti. Même à Ouahigouya, les militants ont exprimé leur ras-le-bol face à certains agissements du BPN. Il a même été dit là-bas que maître Gilbert Ouédraogo n’est pas à la hauteur. Et c’est ce que nous constatons aujourd’hui avec ce qui se passe dans le Houet. Il est venu ici sans être en mesure de dire quoi que ce soit sur la crise. Il a choisi son camp, celui de Koussoubé, et on le laisse faire. Mais on verra bien la suite.

 

Ne serait-ce pas un désaveu pour vous ?

 

• Ce n’est pas eux qui m’ont amené à l’ADF/RDA, et ce n’est pas eux qui m’ont nommé aux postes que j’occupe. J’ai été démocratiquement élu par les 12 départements. Je suis un élu et non un nommé, donc ce n’est pas à eux de me démettre de mes fonctions.

 

Et comment comptez vous poursuivre votre lutte?

 

• Il faut que le bureau politique national se décide à prendre ses responsabilités et qu’on accepte de respecter les statuts et règlement intérieur du parti. L’ADF/RDA est un parti démocratique, et nous n’allons pas nous laisser entraîner dans le désordre et l’illégalité.

 

Au cas où les choses n’évolueraient pas en votre faveur, quelle serait votre décision finale ?

 

• Si vous croyez que je vais quitter l’ADF/RDA, détrompez- vous. Je milite dans le parti depuis 1956, et je n’ai jamais connu de nomadisme politique. J’ai connu des moments plus difficiles sans jamais tourner le dos au parti. A cause de mon appartenance à l’ADF/RDA, j’ai été révoqué sous la révolution, cela a duré 22 ans, et j’ai fait un an de prison. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais quitter le parti. Mon seul combat aujourd’hui est pour le respect des règlement et statuts du parti.

 

Comment voyez-vous aujourd’hui l’élection de  Célestin Koussoubé ?

 

• Je n’ai rien à voir avec Koussoubé. Je m’en prends plutôt au BPN, qui est en train de tout manigancer à Bobo. Pendant sa campagne, il n’a pas prononcé mon nom, et moi non plus je n’ai pas fait cas de lui. Mais qu’il sache qu’il a hérité d’un cadeau empoisonné.

 

L’avez-vous au moins rencontré après la proclamation des résultats pour le féliciter ?

 

• Je ne l’ai pas fait, et je ne le ferai pas. Parce que pour moi, il devait réfléchir avant d’accepter l’offre du BPN. Il devrait aussi comprendre que je suis le premier responsable du parti dans le Houet, et que sa position de tête de liste lui a été attribuée de façon illégale. Il devrait en toute logique venir vers moi avant de prendre sa décision.

 

Vous lui en voulez aujourd’hui ?

 

• Oui, je lui en veux. Il devait venir me voir avant toute prise de décision. Aux municipales, je l’ai reçu, et on a travaillé ensemble. Il venait régulièrement chez moi à l’époque, et c’est moi qui l’ai placé comme tête de liste dans mon secteur. Célestin Koussoubé ne peut aujourd'hui se substituer à un responsable provincial du parti.

 

Vous semblez en avoir gros sur le cœur.

 

• Bien sûr que oui ! Et j’en veux aussi au BPN parce que ça ne va plus à l’ADF/RDA. A Ouahigouya, par exemple, ils ont manipulé la liste en écartant des anciens, et cette ville, considérée comme le fief du parti, n’y a eu qu’un seul député ; c’est une honte.

 

Craignez-vous alors la politique de rajeunissement du parti ?

 

• Si c’est le cas, Gilbert va chuter, et il le regrettera. Son papa, Gérard, a toujours dit qu’il tient aux anciens du parti, et il est tenu de respecter ses consignes.

 

Pour conclure.

 

• Bientôt je vais convoquer une réunion du comité de crise dont je suis le président pour faire le bilan des législatives. Nous vous informerons de la suite à donner à cette crise, qui ne fait pas honneur à notre parti.

 

Entretien réalisé par

                                                        Jonas Apollinaire Kaboré

L’Observateur Paalga du 24 mai 2007 



23/05/2007
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