L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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« Elargissez donc la MACO » dit l’ANEB aux autorités

L’ANEB aux autorités

« Elargissez donc la MACO »

Le mardi 17 juin 2008, il y a eu des échauffourrées entre les forces de l’ordre et des étudiants qui marchaient sur la présidence de l’Université de Ouagadougou pour la satisfaction de leur plate-forme revendicative. Sur le cas y relatif, un point de presse a été aussitôt organisé le lendemain par la présidence de l’Université.

Réponse du berger à la bergère, hier c’était au tour du comité exécutif de l’ANEB-Ouaga de convoquer la presse pour réagir aux propos des uns et des autres et, du même coup, faire cas de leurs actions futures. A écouter les animateurs de la rencontre, le temps est toujours à l’orage et, comme pour faire montre de leur degré de motivation, ils ont ironisé en conseillant aux autorités d’élargir les prisons parce qu’ils sont prêts à y aller tous, tant que leur plate-forme revendicative ne sera pas satisfaite.

Le siège du CODE ressemble à celui des structures syndicales qui se respectent au Burkina : promiscuité, absence de ventilation, murs intérieurs et plafond à la peinture défraîchie. Collées aux murs, des affiches qui en disent long sur l’idéologie qui y est prônée : Déclaration universelle des droits de l’Homme et d’autres messages parmi lesquels celui-ci : « Les uns mangent, les autres regardent. Ainsi naissent les révolutions ». Le seul luxe du local semble être un téléviseur que l’on ne voit d’ailleurs pas et concernant laquelle une affiche existe spécialement.

Elle dit ceci : « Après avoir fini de suivre la télé, recouvrez-là immédiatement ; c’est le seul moyen qui pourra protéger cette télé ». (Ndlr : ne faites pas attention à la répétition). A la décharge des locataires du CODE, disons que le Q.G. est aussi à l’image de l’actuel étudiant burkinabè, qui doit s’arracher les cheveux pour avoir le nombre de tickets mensuels de restaurant universitaire nécessaires afin d’assurer ses deux rations alimentaires quotidiennes. Et pour ne rien arranger, par ces temps qui courent, la vie n’est pas du tout très rose avec les derniers développements de l’actualité dans le plus grand temple du savoir au Burkina Faso.

Le climat y est bien électrique. Pour s’en convaincre, il suffisait d’observer, sur les lieux de la conférence de presse, la fouille au corps faite sur les étudiants qui voulaient suivre les échanges à l’intérieur. Sans compter la longue file compacte pour diriger le visiteur dans la salle. Une haie d’honneur ? Que nenni, répondra un de l’organisation. Mesures de sécurité oblige, pour éviter les débordements et autres infiltrations.

Tout au long des échanges avec les journalistes, Moumouni Derra, reponsable du comité exécutif de l’ANEB-Ouaga, et les siens mettront en exergue la « mauvaise foi » du président de l’Université de Ouagadougou, qui, selon lui, n’a jamais traduit fidèlement leurs doléances aux autorités, encore moins à la presse. Le premier responsable de la structure syndicale estudiantine démontera point par point les différents arguments développés par le Pr Jean Koulidiaty, qui « n’a jamais prôné le dialogue contrairement à ce qu’il laisse croire ».

Douilles de balles à l’appui, les étudiants ont persisté et signé à propos de l’intervention du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Un action qui, du reste, ont-ils précisé, a été confirmée par les propos du ministre de la Sécurité, Assane Sawadogo, qui aurait avancé que l’intervention du RSP s’expliquait par la menace des manifestants de piller le domicile d’un habitant des environs, François Compaoré, petit frère du chef de l’Etat. Réponse cinglante de Moumouni Derra : « Un, M. François Compaoré n’est pas obligé d’habiter à côté de l’UO ; deux, en aucun moment, un étudiant n’a tenté d’aller piller à son domicile ; trois, François Compaoré n’a pas quelque chose que nous envions ». Ambiance dans la cour.

Un journaliste a fait remarquer que les manifestants, tout en mettant l’accent sur le côté pacifique de la marche, étaient tout de même armés de pierres, de bâtons ou de cocktail Molotov. Foi du principal animateur du point de presse : ils n’ont usé de ces moyens qu’après la colère provoquée par l’intervention injustifiée du RSP. « Au moment où la gendarmerie arrivait, aucun étudiant n’avait cassé quelque chose. La preuve, pendant toute la manifestation, aucun feu tricolore n’a été cassé. Les dégâts à la Présidence de L’UO sont survenus après. Vous imaginez bien que lorsque l’on tire à balle réelle, on ne peut présager de rien. Après avoir été si sévèrement réprimés, quoi de plus normal que les étudiants réagissent.

La responsabilité en incombe à la Présidence de l’université et aux forces de l’ordre ». Ceci explique-t-il cela ? Ces derniers temps, comme une traînée de poudre, la rumeur d’une intervention imminente des gendarmes dans les foyers universitaires pour, semble-t-il, venger un de leurs collègues, qui aurait succombé à ses blessures, a fait le tour des cités. Vrai ou faux ? Les animateurs de la conférence de presse n’ont pu ni confirmer ni infirmer la rumeur. Seulement, ont-ils fait remarquer, si tel était le cas, la presse s’en serait fait l’écho.

En attendant, la corporation ANEB, qui tient mordicus à la satisfaction de ses revendications, a formulé de nouvelles exigences : le départ des forces de l’ordre de l’université, la libération sans condition des étudiants emprisonnés et le contentement des doléances des deux UFR (SEA et SVT). Par ailleurs, ses membres s’étonnent que le Pr Jean Koulidiaty aime à avancer qu’il a toujours prôné le dialogue, alors que les faits disent le contraire. Et elle a pris l’exemple de ce qui s’est passé lors de la rencontre avec ce dernier le 20 juin 2008 : « Ce jour-là, c’était lui seul et le président de l’université Ouaga 2 qui avaient droit à la parole. Lorsque nous avons voulu placer notre mot, il a refusé net de nous laisser nous exprimer. Il nous a sèchement dit de disposer et de rendre compte à notre base…Nous ne demandons pas la mer à boire ».

Le principal orateur du jour a également invité tous les étudiants au palais de Justice (Ndlr : aujourd’hui) pour soutenir leurs camarades arrêtés pendant les événements du 17 juin 2008. La prochaine étape de l’ANEB, c’est une marche sur la présidence de l’université, prévue pour le 26 juin 2008. Au passage, ils ont adressé une pique au ministre de la Sécurité, en lui précisant qu’il y a présidence et… présidence. « Nous profitons de l’occasion pour lui faire remarquer que s’il ne sait pas qu’il y a une autre présidence au sein de l’université, c’est grave. Ce n’est pas la première fois que les étudiants marchent sur cette enceinte, et il n’y a jamais eu d’altercation. Pour le 26 juin, nous allons déposer une lettre d’information parce nous ne nous faisons pas d’illusion. Ils nous ont toujours refusé l’autorisation de manifester ».

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 24 juin 2008



24/06/2008
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