L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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En attendant Samandéni, le Sourou

En attendant Samandéni, le Sourou

 

Petit coup de pelle du chef de l’Etat le vendredi 25 janvier 2008.

 Gigantesque ouvrage agro-industriel attendu pour 2010.  

C’est parti depuis le vendredi 25 janvier 2008 pour Samandéni (province du Houet), village éponyme du plus grand projet d’aménagement hydroélectrique et agro-industriel du Burkina Faso.

  -260 milliards de francs CFA d’investissement.

 - 1 milliard 50 millions de mètres cubes d’eau.

 - 21 000 ha de terres aménageables.

 - 750 000 tonnes de produits agricoles escomptées par an.

 - 80 à 100 usines de transformation prévues.

 - 164 880 emplois attendus.

 Des objectifs de réalisation socio-économique, jusque-là, sans pareil dans le pays.

Et pourtant.

Dans son volet agricole, Samandéni a une devancière : la vallée du Sourou, cours d’eau qui a donné son nom à l’une des 45 provinces du pays. De grands travaux d’aménagement y ont été entrepris depuis les années 80. Objectif global : atteindre l’autosuffisance alimentaire par la culture du riz et du maïs. Le «grenier du Burkina» était enfin là. Malgré tout, les bilans céréaliers des deux dernières décennies restent globalement déficitaires à l’échelle nationale. Le projet a-t-il échoué dans ses ambitions ?

Histoire du Sourou, d’hier à aujourd’hui.

 

Une «victoire sur l’impérialisme»

 

1986. Le Burkina Faso vibre au rythme de la Révolution démocratique et populaire (RDP). Une Révolution anti-impérialiste. Velléité d’indépendance économique pour l’un des pays les plus dépendants de l’aide internationale. A coups de réformes et de coupes claires dans le budget de fonctionnement de l’Etat, les autorités politiques de l’époque entreprennent de grands travaux.

Sur le cours d’eau du Sourou par exemple, est construit un barrage pour fermer la gorge qui le relie au Mouhoun, anciennement Volta noire. Une réserve d’un demi-kilomètre cube est ainsi créée. L’eau y est stockée presque toute l’année. S’ensuivra la création de l’autorité de mise en valeur du Sourou (AMVS). 50 ha de terres sont aménagés sur un potentiel estimé à 30 000. Le choix porte sur la culture du riz et du maïs aussi bien en campagne humide qu’en campagne sèche. Des coopératives de paysans sont chargées de l’exploitation des terres irriguées. Des agents de l’Etat sont envoyés sur place pour assurer l’encadrement technique.  Le projet  «Sourou»  sort enfin la tête de l’eau. «Une victoire sur l’impérialisme», s’était-on écrié. «Une arme de production massive contre le déficit alimentaire», avait-on osé prophétiser. A Ouagadougou, sont placardées des affiches présentant le Sourou comme le «grenier du Burkina». Les paysans sont invités à s’organiser en coopératives. «Producteurs, pour produire plus et aller en avant, regroupez-vous en coopératives». Un mot d’ordre qui barre aujourd’hui le mur situé au côté sud du lycée Marien N’Gouabi. Au fil des ans, l’AMVS procède à de nouveaux aménagements. Mais l’encadrement technique peine à suivre le rythme d’extension des périmètres, pour cause de déficit d’agents agricoles sur les lieux.

Quel bilan tirer des premières années du projet ? Difficile à faire. A Niassan, où est basée la direction technique de la mise en valeur, le DMV (directeur de la mise en valeur), Roland Ilboudo, ne nous a fourni que des statistiques portant sur les deux dernières campagnes, c'est-à-dire 2006 et 2007. A Ouagadougou, le DG de l’AMVS, Charles Etienne Zan, sollicité, a promis de nous recevoir. Mais pris, après, par des négociations avec une mission américaine, il ne put, le faire. Néanmoins, au téléphone, nous apprendrons, entre autres, de la part du DG, l’obtention de l’accord des Américains pour financer, dans le cadre du fonds Millenium challenge corporation (MCC), l’aménagement de 400 à 500 ha supplémentaires dans la vallée du Sourou.

Mais à suivre le professeur Jacques Bethemont (co-auteur avec T.P. Zoungrana de l’université de Ouagadougou d’un ouvrage sur le Sourou) lors d’un café-Géo tenu à Lyon et dont nous avons eu les échos grâce au Net, les premiers bilans ont été largement négatifs : «L’échec des appareillages est patent : les rampes d’irrigation sont cannibalisées et on prélève sans scrupule les roues et le métal. Le bilan cultural est mitigé. Le coton [aujourd’hui abandonné] est de bonne qualité mais ne résiste pas à la concurrence. Le riz n’est pas compétitif face à la production asiatique. Le haricot vert est apprécié des hippopotames du Sourou, qui n’hésitent pas à le dévorer et causent la mort de plusieurs personnes par mois».

Boureima Ouédraogo, la cinquantaine bien sonnée, est agent technique d’agriculture. La vallée, il la connaît mieux que son ba yiiri, le Yatenga. Depuis qu’il y est arrivé en 1965 avec ses parents en provenance de l’Office du Niger (Mali), entre lui et le Sourou, c’est presque fusionnel.

Pour ce koob-naba, témoin privilégié de l’histoire de l’aménagement des terres de la localité,  les premiers résultats furent sinon bons, du moins encourageants. Pour preuve, il se réfère aux périmètres de Guièdougou, premier village des colons agricoles installés dans la vallée. «Nous étions une dizaine d’encadreurs sur ce périmètre. Les productions étaient très bonnes. La coopérative de Guièdougou était un modèle de réussite tant au niveau des rendements agricoles que dans la vente des spéculations. En 1994, cette coopérative disposait dans ses comptes de  plus de 100 millions de francs CFA. Malgré les arriérés de près de 140 millions dus aux coopérateurs par l’UCOBAM, Guièdougou fonctionnait correctement», s'en souvient, nostalgique, Boureima Ouédraogo. De l’avis de la poignée d’agents de l’Etat toujours sur place et aujourd’hui lancés dans l’exploitation agricole privée, cette embellie d’antan reposait sur l’encadrement technique, quasi inexistant de nos jours.

 

Mort de Guièdougou

 

Dans les années 90, le Burkina Faso se lance dans un vaste programme d’ajustement structurel (PAS) sur injonctions des Institutions de Bretton Woods. C’est le début de la politique libérale de réajustement. L’Etat doit se désengager de tous les secteurs de production. Y compris celui de l’agriculture. Les coopératives deviennent autonomes. Elles recrutent, si on ne leur impose pas, des directeurs et leurs adjoints, des comptables, des griots et même des serveurs de thé. Les bruits des véhicules 4x4 des directeurs remplacent progressivement ceux des Yamaha 100 des agents techniques d’agriculture, invités à quitter la zone. Les producteurs exultent, persuadés par des «experts» que demain sera mieux sans l’Etat. Mais une fois l’autonomie acquise, le projet allait connaître la plus grosse catastrophe agricole de son histoire. Guièdougou, qui signifie, en langue dioula, village de l’unité, point de départ de la conquête des terres du bassin du Sourou (la culture irriguée y a commencé au début des années 60 avec l’arrivée des Burkinabé refoulés de l’Office du Niger),   plus beau symbole des aménagements de la vallée du Sourou, s’enfonce dans l’échec. Les rendements s’effondrent faute d’encadrement agricole. «Au départ, sur l’ensemble des périmètres, il y avait des producteurs qui faisaient des rendements de 6 tonnes par hectare. Aujourd’hui, nous sommes à une moyenne de 3 tonnes. Tout cela est dû au non-respect du calendrier cultural, à la non-utilisation de semences améliorées et au bâclage de l’itinéraire technique. Depuis le désengagement de l’Etat en 1993, les coopérateurs font ce qu’ils veulent», déplore le directeur de la mise en valeur, Roland Ilboudo. La mère des coopératives, entendez par là celle de Guièdougou, croule sous le poids des salaires des différents directeurs et de leurs adjoints, qui se sont succédé à sa tête. La station de pompage d’eau manque d’entretien.  Les indicateurs virent au rouge. Le jardin d’Eden est devenu une vallée de larmes. Aujourd’hui, la coopérative est en cale sèche, ses 300 ha, envahis par la broussaille. «C’est incroyable !», n’en finit pas de se désoler l’encadreur agricole Boureima Ouédraogo, rappelé à la rescousse en 2000 : «Six  ans après, on nous a rappelés par le biais du CRPA. Arrivés, nous avons constaté que tout le matériel de la coopérative a été saisi puis vendu par des huissiers. Elle devait à des institutions financières de même qu’à des particuliers la somme de plus de 700 millions de francs CFA. S’il n’y avait pas les autres périmètres de l’AMVS sur lesquels se sont rabattus les producteurs, Guièdougou et ses 600 habitants auraient disparu du Sourou». Sur l’origine de cette tragédie, l’unanimité semble se faire autour d’un nom : Kader Djerma, ancien directeur de la défunte coopérative, qui jouerait présentement des pieds et des mains pour revenir aux affaires, si ce n’est déjà fait, depuis l’annonce d’un projet de relance des cultures de contre-saison. L’intéressé, que nous avons pu toucher  dans le village, le samedi 19 janvier 2008 où il y séjournait depuis le 28 décembre 2007, a refusé de se prêter à toute question. Et quand il a daigné s’adresser à l’équipe de journalistes dont le sujet de reportage l’agaçait visiblement (il a proféré des menaces verbales), c’était pour proposer des noms, des quartiers et des domiciles de producteurs auprès desquels se trouverait l’«information saine et juste». Pourtant, tous ceux que nous avons rencontrés ont poussé des urticaires à la seule évocation du nom de l’ex-directeur (lire encadré).

 

Passage raté des étudiants

 

Poussés hors de la capitale, Ouagadougou, par la hantise du chômage et du sous-emploi, ils ont espéré un salut sur les rives du Sourou. En vain. L’aventure, à entendre un membre de l’expédition contraint aujourd’hui de gérer un bar qui lui tient lieu de logis, a vite tourné court. Retranché à un angle de la grande paillote de ce qui fut naguère le foyer des étudiants, Georges Bazié est encore plongé dans ses lectures. Unique moyen de tromper l’ennui, que rien n’estompe. Sa femme a dû retourner au village, dans le Sanguié, pour inscrire leur enfant à l’école. Les seuls clients du moment ? Deux tourtereaux qui partagent une bouteille de sucrerie.

Des 44 étudiants qui ont débarqué au Sourou l'après-midi du 10 juin 1993, il n’en reste que deux. Le gargotier de fortune, diplômé d’une école d’ingénieurs des chemins de fer, et un autre, contractuel au projet «1000 jeunes filles» et qui noierait aujourd’hui ses soucis dans toute sorte de loisirs.

«Je suis resté parce que je demeure persuadé que l’agriculture pourra un jour me procurer des revenus. J’ai déposé des dossiers de financement auprès d’une banque mais je ne dispose pas de l’apport personnel exigé. Les temps sont très difficiles pour moi, mais dans l’entrepreneuriat, il faut avoir la patience pour réussir», est persuadé Georges Bazié, dont la tête grisonne aujourd’hui.

Dans sa conception, le projet prévoyait la culture de fruits comme la banane et la papaye sur un périmètre de 200 ha. Les comptes d’exploitation promettaient des lendemains qui chantent. «On nous a dit qu’en deux ans, on serait suffisamment riches pour pouvoir s’acheter des véhicules», se souvient l’ancien étudiant. Mais une fois sur les périmètres, la réalité a été tout autre. Les 44 promoteurs, regroupés en 11 «entreprises», se sont vus imposer, par les deux bureaux d’études en charge du projet, la culture du riz et du maïs en lieu et place de la banane et de la papaye,  aussi bien en campagne humide qu’en saison sèche. Comme équipements agricoles, ils ont reçu des dabas, des coupe-coupe, des bœufs de trait et de petits tracteurs chinois «de faible puissance dont l’utilité se limitait uniquement au ramassage des sacs d’engrais et des récoltes».

Le volet pastoral prévu dans le programme est resté lettre morte.

Faute de débouchés, les stocks de riz et de maïs sont attaqués par la moisissure. C’est la mévente. Le rêve s’efface. Le découragement gagne les rangs. A la fin de la première campagne, on enregistre les premières défections. En 1996, il ne restait plus que 16 étudiants au Sourou. Aujourd’hui, ils ne sont que deux comme déjà dit. Tous loin des périmètres.

Echec total. L’expérience ne sera plus renouvelée. La première promotion fut également la dernière. Et pour l’ensemble des «cobayes», la vallée du Sourou représente aujourd’hui une vallée de larmes dont ils ne veulent plus  entendre parler.

 

Vous avez dit «grenier du Burkina» ?

 

«Je peux affirmer que le Sourou a dévié de ses ambitions originelles. Son objectif n’est plus tout à fait ce qu’on s’était fixé au départ, à savoir produire des cultures vivrières pour atteindre l’autosuffisance alimentaire ». Constat du directeur de la mise en valeur, Roland Ilboudo.

Un changement dicté par la réalité du marché, soutient nombre de producteurs. Le Sourou cède à l’air du temps. Le riz et le maïs, objets primordiaux de l’aménagement de la vallée, font désormais figure de parents pauvres des spéculations agricoles au niveau des périmètres. Conséquence : le «grenier national» s’amenuise campagne après campagne pour faire place à un vaste potager dans lequel l’oignon tient la vedette. «La campagne dernière, nous avons vécu une situation exceptionnelle. Tous les coopérateurs se sont lancés dans la culture de l’oignon. Même la pomme de terre, qui est exploitée dans le cadre de l’agrobusiness, a connu un recul. Cette année, nos prévisions indiquent que l’oignon occupera 2000 ha», s’alarme le directeur. 2000 ha sur une superficie totale de 3818. Principaux débouchés de ce légume vert : les marchés ivoiriens et ghanéens. Les achats se font «bord champ», c'est-à-dire que l’enlèvement se fait sur place. C’est la face vertueuse de la culture d’oignon.  Mais elle a son versant cynique : faute de contrats fermes, les contrecoups de  la détérioration très prononcée des prix affectent sévèrement les petits producteurs ne disposant pas de moyens de conservation et donc obligés d’écouler leurs produits immédiatement après les récoltes, période de morosité des marchés. Si en novembre et en décembre le sac de 100 kg d’oignon se négocie au bas mot à 25 000 francs CFA, en janvier il chute à 10 000 francs CFA et parfois moins. «Seule la culture de l’oignon permet de dégager des bénéfices pour faire face aux charges liées à la production», estime cependant Mamadou Lèga, jeune agrobusiness man qui règne sur une exploitation de 30 ha.

Mais l’embellie financière que semble avoir généré  la vente des cultures de rente contraste sévèrement avec l’état de vétusté des installations hydroagricoles gérées par les coopératives. Les stations de pompages, grosses consommatrices de carburant, sont amorties et les pannes fréquentes. «Toutes les machines sont en mauvais état. A partir du mois de mars, sous l’effet de la chaleur, les stations se bloquent, occasionnant ainsi des retards dans l’exécution des travaux», se plaint le président du groupement COPROMAG, Gosso Drabo. Les redevances annuelles d’eau (70 000 à 100 000 /ha selon les périmètres)  que perçoivent les coopératives sont jugées excessives  par les producteurs. Les taxes d’aménagement (actuellement à 10 000 francs CFA/ha par an), levées quant à elles par l’AMVS, connaîtront à partir de cette année, une forte augmentation de 25 000 francs CFA.

Une exigence des bailleurs de fonds, selon le DG de l’AMVS, pour l’entretien des canalisations et le renouvellement du matériel obsolescent.

Une perspective qui suscite déjà des grincements de dents. «L’AMVS prévoit d'augmenter les taxes à 35 000 francs CFA. Avec ça, c’est la mort programmée de la culture du riz, qui souffre depuis longtemps de problèmes de commercialisation», présage le président de l’union nationale des producteurs de riz du Burkina, Jacques Kiénon.

 

Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga du 7 février 2008

                                           

 

Encadré (1)

Dissensions autour de Guièdougou

 

Des négociations entre l’Etat burkinabé et la Banque arabe de développement économique et agricole (BADEA) sont actuellement en cours pour la réhabilitation des périmètres de Guièdougou. Et depuis que l’information circule, le paisible village de l’unité, puisqu'on traduit ainsi le mot dioula Guièdougou, est, depuis, la proie de dissensions internes pour le contrôle de la coopérative. Des dissensions à forts relents d’ethno- régionalisme, à en croire certains témoignages recueillis sur place.

L’origine de ce conflit ouvert qui se profile à l’horizon si rien n’est fait pour enrayer ses prémices ? La tentative de l’ancien directeur de la coopérative, Kader Djerma, de revenir aux affaires. Fils de la région, il serait soutenu dans ses ambitions par nombre de ses parents, qui estiment que le poste de directeur leur revient de droit. Un état d’esprit que décrivait déjà le professeur Jacques Bethemont, coauteur d’un ouvrage sur le Sourou (La vallée du Sourou, genèse d’un territoire hydraulique dans l’Afrique soudano-sahélienne) : «Si la question foncière a été réglée par la nationalisation des terres, la rivalité entre les Mossi et les Marka [autochtones] continue de se poser sous une forme différente : celle de la compétence pour être directeur de la coopérative. Les Marka revendiquent le poste, arguant de leur propriété morale de la terre». En dehors de Kader Djerma, tous ceux que nous avons rencontrés ne veulent plus en entendre parler. En tout cas, pas comme directeur de la coopérative pour une deuxième fois. Tant il est contesté pour sa responsabilité «pleine et entière» dans la faillite des périmètres aménagés de Guièdougou.

«Créditeur de plus de 240 millions, le compte de la coopérative est passé débiteur de plus de 700 millions en l’intervalle de 6 ans. Je le dis : c’est Kader qui a tué la coopérative», soutient Boureima Ouédraogo, l’agent technique d’encadrement.

«Les problèmes de Guièdougou ont commencé lorsque j’étais en poste à Di (localité située à environ 5 km de Niassan) pour l’aménagement de 12 ha de terre. Kader Djerma est arrivé avec 400 millions de francs remis par le gouvernement pour de nouveaux investissements. Quelques années après, les coopérateurs se sont retrouvés surendettés. Après, tout le matériel a été saisi par des huissiers. Grâce à ses appuis politiques, dont il se vantait partout,  Kader n’a pas eu de compte à rendre. Actuellement [c’était le samedi 19 janvier 2008] il est dans le village et prépare son retour», relate Issa Zougouri. Septuagénaire aujourd’hui atteint de cécité et vivant d’une maigre pension, le vieux Zougouri, comme on l’appelle dans le patelin, est considéré comme le pionnier de l’agriculture irriguée dans toute la région. Avant d’occuper le poste de premier directeur de la coopérative de Guièdougou, il fut, tour à tour, chef-machiniste, magasinier puis chef de  la section agricole à l’Office du Niger (Mali), qu’il a quitté en 1962. C’est lui qui a conduit les travaux de déblaiement, de jalonnement, de parcellement et de répartition des parcelles sur le périmètre aménagé.

De sources très proches de la direction de la mise en valeur à Niassan avancent que tous ceux qui ont tenté à l’époque de dénoncer les pratiques de Kader Djerma ont été chassés de la coopérative.

Mais que dit l’intéressé de toutes ces accusations ?

Rencontré au domicile d’un de ses frères résidant dans le village, l’ancien patron de la coopérative, pour faire pièce à toutes ces récriminations qui pèsent sur lui, nous a tout simplement recommandé des «pistes d’enquête» où se trouverait l’«information saine et juste» : interroger des producteurs «honnêtes» comme ceux qui l’entouraient le jour de notre passage. Sur ces entrefaites, un d’entre eux, en l’occurrence son frère aîné, bégayant de colère, s’est mis à vociférer dans la langue locale des propos que le «mal-aimé» directeur s’est fait le plaisir de nous traduire : «Il dit de vous faire comprendre que ce sont eux-mêmes, les producteurs, qui réclament mon retour à la tête de la coopérative». Une perspective que ne voit pas d’un bon œil le directeur de la mise en valeur, Roland Ilboudo, qui ajoute dans la foulée : «Je ne cautionnerais pas le retour de Kader à Guièdougou».

A.S.R.

                                

       

Encadré (2)

 

Blé made in Burkina

Ça peine mais ça avance

 

Abandonnée en 1984 pour «des raisons économiques mais pas pour des difficultés liées à la production», la culture du blé est en pleine expansion dans le Sourou.

En 2005, avec l’appui technique et financier du royaume du Maroc, le gouvernement burkinabé a relancé la production industrielle du blé sur une superficie de 500 ha dans le département de Di (dans la province du Sourou). Objectif : faire du Burkina Faso le premier pays sahélien exportateur de ce précieux grain.

Si à la campagne sèche de 2006, près de 1000 tonnes de cette céréale ont été récoltées, en 2007 par contre, sur une prévision de 3440 tonnes, seulement 231 ont été engrangées, selon les statistiques de la Direction de la mise en valeur, sise à Niassan. Une contre-performance qui n’entame pas pour autant la détermination du gouvernement à poursuivre ses ambitions.

Bien au contraire. « Les perspectives sont prometteuses. Avec la FAO et la Banque islamique, nous prévoyons la multiplication de nouvelles semences. D’ici quelques années, le Sourou pourra couvrir nos besoins de consommation. Nous entrevoyons même la conquête du marché extérieur », projette le directeur général de l’AMVS, Charles Etienne Zan.

Pour cette campagne 2008, un retard a été constaté dans l’exécution des travaux. L’ensemencement des périmètres a eu lieu en décembre (le cycle de la production du blé va de novembre à mars) et l’argent pour l’achat du carburant des rampes d’irrigation a été débloqué en fin janvier. L’année prochaine, les superficies emblavées devraient atteindre 700 à 1000 ha  selon les prévisions de la direction générale de l’autorité de la mise en valeur du Sourou (AMVS). A l’horizon 2010, il est prévu l’aménagement et l’exploitation de 7000 ha. Avec un prix de 198 francs CFA/kg (prix bord champ), contre 250 francs à l’importation en 2006, le blé made in Burkina aborde le marché national avec une grande compétitivité.  Déjà, les deux usines de minoterie qui existent actuellement dans le pays (SIMAO et le groupe Hajjar sur la zone industrielle de Kossodo) rivalisent pour l’approvisionnement en blé local. Une concurrence qui s’annonce encore plus rude avec la réouverture, prévue pour cette année, des Grands moulins du Burkina (GMB).

Avec la relance de cette culture céréalière, le Burkina Faso espère économiser chaque année 15 milliards de francs CFA, soit l’équivalent du prix de l’importation d’environ 40 000 tonnes de blé.

 

A.S.R.



07/02/2008
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