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Etats-Unis d’Afrique : Le rêve brisé d’Accra

Etats-Unis d’Afrique

Le rêve brisé d’Accra

L’esprit de Kwamé Nkrumah n’a donc pas pu insuffler la sagesse nécessaire aux dirigeants africains réunis à Accra. Aucune esquisse des Etats-Unis d’Afrique dont il fut le précurseur ne s’est dessinée au cours d’un sommet qui a plutôt donné lieu à une guerre de tranchées entre partisans et adversaires d’une idée pourtant généreuse. On a évoqué la personnalité ambiguë du porteur de ce projet néo-panafricaniste comme obstacle majeur à son aboutissement. Certes, Kadhafi n’a pas toujours appliqué dans les faits les nobles ambitions qu’il prétend avoir pour l’Afrique. Rien que le traitement que son pays inflige aux immigrés dits clandestins –ce terme ne devrait-il pas être banni ?- disqualifie d’office le maître de Tripoli. Mais, il y a une question majeure préalable à laquelle aucune réponse n’a été apportée et qui peut susciter la méfiance des homologues de Kadhafi, à savoir le type de régime constitutionnel et institutionnel sous lequel évoluera le nouvel exécutif continental. Le Guide libyen est connu pour abhorrer la démocratie libérale faite de multipartisme, d’élections régulières et d’alternances de pouvoirs comme la plupart des pays africains en connaissent. Une convergence de vues sur l’idée de la démocratie est donc quasi impossible dès lors qu’il s’agit de consigner des règles qui devront gouverner la vie politique de nos Etats. Cependant, au-delà de ce flou qui entoure la forme que devra prendre l’entité en gestation, le véritable obstacle à l’unité de l’Afrique est l’impréparation des dirigeants à une telle perspective. Peu de chefs d’Etat sont prêts à se couler dans le moule global de l’unification au risque de perdre certaines de leurs prérogatives. Chacun préfère régner même sur une minuscule bande de terre ingrate et sur une infime population affamée que de déléguer une partie de son autorité.

Les argumentaires développés par les partisans d’une démarche progressive et prudente, c'est-à-dire à dose homéopathique, vers l’avènement d’un seul Etat ne peuvent donc occulter le fait qu’en réalité tous sont indécis. De même, les thuriféraires du Guide et de sa méthode accélérée s’y prennent mal, puisqu’ils brûlent une étape essentielle dans tout processus qui est la libre circulation des biens et des personnes. Sans parler bien sûr de cette façon délibérée de toujours écarter les peuples dans la prise de décisions engageant le devenir commun des Africains.

En définitive, tous autant qu’ils sont, ces hommes et femmes qui président aux destinées du continent, manquent de cette volonté politique qui a animé les pionniers du panafricanisme. Soixante ans après ses précurseurs, Kadhafi, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, semble le seul dirigeant à rêver de cette Afrique unie comme les cinq doigts de la main. Et il se donne les moyens de réaliser sa vision. Après avoir porté sur les fonts baptismaux la nouvelle Union africaine sur fonds propres, il croyait venu le temps des « Etats-Unis d’Afrique ». Erreur. Là, tout le monde freine des quatre fers : il est allé trop vite et trop loin, de sorte que ses pétrodollars, généralement si convaincants, n’ont cette fois-ci pas réussi à susciter l’enthousiasme de ses obligés. Il faudra toutefois reconnaître au dirigeant libyen le mérite d’avoir engagé un débat presque tabou et d’avoir mis ses pairs devant leurs responsabilités historiques. On ne pourra pas dire que dans son cheminement vers le développement, un chef d’Etat riche et volontariste n’a pas donné l’opportunité à l’Afrique de prendre son propre destin en main. En renvoyant Kadhafi à son désert qu’il aime tant en bon bédouin et à ses puits de pétrole indispensables à ses rêves de grandeurs, les autres pays, très pauvres et incapables de financer des chantiers pour la plupart très lourds et donc coûteux comme celui de la construction africaine, ne prennent-ils pas le risque de signer l’arrêt de mort de cet ambitieux projet ? Les ressources de la Libye ne sont pas inépuisables et Kadhafi ne sera pas éternellement aux affaires. Il se peut même que ce combat soit le dernier de sa longue quête d’une Afrique façonnée à l’aune de ses ambitions, fatigué qu’il est de voir ses rêves venir toujours se briser sur les récifs de l’immobilisme politique.

Quoi qu’il en soit, le projet impossible de Kadhafi aura secoué la torpeur de dirigeants satisfaits de régner sur leurs micro-Etats. Toutefois, il faut craindre que les chaudes discussions d’Accra laissent des séquelles. Peu enclins à accepter la contradiction, certains s’en retourneront frustrés. Ironie du sort, une initiative censée fédérer les énergies s'est transformée en une nouvelle pomme de discorde interafricaine. Déjà, il est question de deux pôles sur le sujet, comme à l’époque de l’OUA. Deux pôles incarnés, d’une part, par la Libye, de l’autre, par l’Afrique du Sud. Le danger, c’est que ces contradictions déteignent sur la marche d’une organisation panafricaine déjà minée par de nombreux problèmes comme les arriérés de cotisation, les dysfonctionnements au niveau de la gestion financière et son incapacité à résoudre les crises qui fleurissent sur le continent.

Le Pays du 5 juillet 2007



05/07/2007
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