L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Evitons d’agiter l’épouvantail IB

Crise ivoirienne

Evitons d’agiter l’épouvantail IB

 

Cahin-caha, la locomotive ivoirienne tient toujours sur les rails de la normalisation politique depuis la signature, le 4 mars 2007, de l’Accord politique de Ouagadougou (APO), conclu entre Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Si en lui-même la conclusion de cet Accord était un exploit, les observateurs avertis de la scène politique sur les bords de la lagune Ebrié avaient prévenu qu’en réalité, le plus dur restait à venir. En effet, les vrais problèmes allaient naître lorsqu’il s’agira de passer à la phase d’application sur le terrain. A force de tact et de poigne, chaque signataire a su contenir et même vaincre les réticences des faucons de son camp. Les problèmes rencontrés lors de la formation du gouvernement et de l’organisation des audiences foraines sont très révélateurs de la hargne des uns et des autres.

Mais la vraie torpille contre le processus de paix, c’est véritablement ceux qui ne se sentent pas liés par l’APO qui peuvent la lancer : ce sont les militaires en rupture de banc avec la république et qui sont en exil. Mais plus que les officiers supérieurs, c’est le sergent-chef Ibrahim Coulibaly (IB) qui semble la bête noire du duo explosif au sommet de l’Etat ivoirien.

Cet ancien putschiste qu’on a présenté comme un des leaders originels de la rébellion des Forces nouvelles (FN) a en effet souvent été accusé d’actes subversifs et de tentatives de déstabilisation tantôt du président Gbagbo tantôt du Premier ministre Soro.

La dernière en date, c’est de l’aveu des FN, la tentative de prise de la ville de Bouaké (quartier général des FN) par les proches d’IB dans la nuit du 27 au 28 décembre 2007. Mais comme on le sait, les hommes de Guillaume Soro sont restés maîtres de la situation. Si le secrétaire général des FN crie au complot, le sergent-chef, quant à lui, parle plutôt d’une machination, d’une opération de purge contre les hommes qui lui sont proches.

Une chose est certaine, au sommet de l’Etat, cet incident est pris très au sérieux, et c’est pour cela que le procureur militaire, le colonel Ange Kessi, a ouvert le 8 janvier 2008 une information judiciaire en vue de lancer des mandats d’arrêt contre IB et tous ceux qui sont impliqués dans l’affaire.

Il n’en fallait pas plus pour que le mis en cause voie dans cette décision une volonté de l’empêcher de rentrer au pays en février pour prendre les rênes de son parti politique, l’Union nationale des Ivoiriens du renouveau (UNIR) dans la perspective de l’élection présidentielle à l'occasion de laquelle il entend briguer la magistrature suprême.

L’affaire est également suivie de près par la médiation du Burkina, dont le ministre des Affaires étrangères, Djibril Bassolé, a déclaré la nécessité de «prendre un certain nombre de mesures sécuritaires  pour protéger l’ensemble du processus» de sortie de crise. C’est aussi dans ce sens qu’il a confirmé que Ouagadougou et Cotonou travaillent de concert pour qu'«IB ne puisse pas nuire au processus de paix à partir du territoire béninois».

Puisque la justice est en branle, souhaitons que le droit puisse être dit en toute sérénité.

Si tant est que le tombeur de Konan Bédié est dangereux, pourquoi alors ne pas conclure avec lui un accord politique spécifique afin qu’il entre dans les rangs, mais aussi lui faire bénéficier de la mesure d’amnistie. On a coutume de dire que tous les conflits finissent toujours par des négociations, pourquoi diable alors ne pas commencer par là.

Mais il faut qu’on arrête d’agiter l’épouvantail IB. Aujourd’hui, le sergent-chef n’est plus qu’un lion sans crocs qui ne peut que rugir tout au plus. En clair, au bout de son long exil, IB n’a plus véritablement les moyens humains et matériels de prendre par les armes le contrôle des zones FN et de bouleverser par conséquent le processus de paix. Avec cette affaire, sans peut-être le savoir, Soro et Gbagbo sont en train de faire de la pub à un homme aujourd’hui affaibli et qui n’a besoin que de ça pour rappeler à ses concitoyens qu’il existe encore.

Et c’est pour ça qu’il est grand temps de crever définitivement l’abcès IB pour plus de sérénité à Bouaké et à Abidjan.

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 10 janvier 2008



09/01/2008
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