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Football africain : Briser le mythe du sorcier blanc

Football africain

Briser le mythe du sorcier blanc

 

La toute récente victoire des Pharaons d’Egypte à la finale de la CAN 2008 à Accra, au Ghana, n’a pas seulement consacré la suprématie du football nord-africain sur celui de l’Afrique subsaharienne. Elle a surtout fait tomber le "mythe du sorcier blanc" sur les stades africains. Un paradigme nouveau, celui de la nécessaire "décolonisation" des esprits, va certainement régner à travers le continent car tout le monde a été témoin de l’énorme progrès du football égyptien, très loin du bricolage qui est l’apanage de la plupart des pays du continent. Désormais, il faut opter de compter sur nos ressources propres, et faire preuve de plus d’organisation scientifique, d’audace, de créativité et de justice. Plus que des moyens, c’est d’abord une question de volonté politique.

Sur la base d’une organisation scientifique de leur football, les Egyptiens ont mis fin à la thèse défaitiste selon laquelle l’Afrique ne parviendra à rien sans l’Occident. Certes, l’Egypte a un passé riche d’expériences et d’acquis que les travaux d’un certain Cheick Anta Diop ont parfaitement contribué à exhumer des tiroirs de l’ignorance ou de l’oubli. C’est pourquoi le travail colossal abattu dans ce pays, particulièrement en matière de football, doit inspirer les autres pays du continent.

Le monde entier a été témoin de l’efficacité du travail abattu par Hassan Chehata et son équipe. Rigueur, discipline et génie ont caractérisé le parcours des Pharaons dont seuls les vrais connaisseurs du football moderne pouvaient pronostiquer la victoire finale à cette CAN 2008. Il y avait pourtant comme une évidence sur le terrain, l’équipe s’étant régulièrement imposée à des adversaires reconnus parfois comme de véritables foudres de guerre. A part la Zambie, peu d’équipes de football peuvent se vanter d’avoir fait trembler à Accra la redoutable équipe des Pharaons. Sur la paroi millénaire et délicate des pyramides d’Egypte, à deux reprises, des lions qui se croyaient indomptables sont venus perdre leurs crocs et des Eléphants énormes ont brisé leurs défenses.

Mais au-delà de cette peinture légère, il faut reconnaître aux Pharaons la solidité d’un collectif également constitué de joueurs talentueux. Dans cette équipe de patriotes, on percevait cette détermination à ramener une coupe devenue comme propriété des Pharaons. Visiblement, les Pharaons, contrairement à d’autres, n’étaient pas venus en ballade au Ghana. Ils voulaient démontrer quelque chose, confirmer qu’ils étaient bien les plus forts, et la mission a bien réussi. Avec le concours de supporters dignes, souriants, convaincus et inébranlables. Venus, eux aussi, de leur lointain pays dont l’image est parfois mal rendue par une certaine presse. Cette foi en la victoire, cette ardeur à vaincre dans la cohésion et le respect, cet acharnement à défendre le drapeau national, doivent être source d’inspiration pour de nombreux dirigeants, joueurs et supporters de l’Afrique subsaharienne.

De façon générale, le football de l’Afrique subsaharienne, demeure contreproductif, en raison de ses nombreux conflits de personnes, de ses jalousies multiformes, de son inorganisation, de l’indiscipline des joueurs, des pressions politiques et des mesquineries de toutes sortes. Dans le meilleur des cas, les succès n’ont jamais dépassé le temps d’une CAN. Et à chaque fois, le scénario se répète : l’entraîneur expatrié, recruté sur la base d’un salaire faramineux et présenté à grand renfort de publicité, tourne les talons non sans avoir vilipendé dirigeants, joueurs et supporters pour ne pas dire le pays tout entier. Une chance s’il ne démissionne pas en plein milieu du championnat ou, comme on l’a vu à Accra pour le Sénégal, au beau milieu du gué. Pourtant, ces messies venus du Nord ont toujours bénéficié de l’oreille la plus attentive ! Ils ont toujours été choyés au-delà des espérances ! Ainsi, même placé à prix d’or sous tutelle étrangère, notre football déçoit. Rappelons, à ce propos, que depuis leur victoire à la CAN 1992 avec Yéo Martial, un entraîneur national, les Eléphants ivoiriens n’ont plus jamais rien gagné. Cela, en dépit du défilé des entraîneurs expatriés.

Une bonne lecture de la victoire des Pharaons avec leur armada de joueurs locaux doit inciter les dirigeants africains à se réconcilier avec leurs entraîneurs et leurs joueurs locaux. Il faut y croire, le vouloir et oser le faire comme les Egyptiens.

Toutefois, il nous paraît important de recommander que nos frères du Nord démontrent que leur africanité ne se résume pas à la seule participation à la CAN et aux différentes rencontres interafricaines. Leur appartenance au continent doit se sentir dans les faits quotidiens, sans a priori et sans complexe de supériorité. Comme ont su le montrer des millions de supporters africains qui ont pris fait et cause pour l’équipe des Pharaons dont tout le monde s’accorde à reconnaître la grande valeur.

Aux responsables du football d’Afrique subsaharienne de s’inspirer de ce qui se passe un peu plus au nord du continent, et de gérer de manière scientifique notre football. De payer les encadreurs locaux comme il se doit, de les mettre dans les meilleures conditions et les laisser travailler. C’est à ce prix qu’on multipliera les performances. Il faut travailler à se décomplexer, cesser de toujours regarder vers l’extérieur du continent et s’organiser avec plus de rigueur et d’efficacité. Il faut rompre avec l’informel, l’à-peu-près ou le provisoire permanent.

La gestion du football africain a besoin d’être assainie. Trop d’argent circule, et lorsque la politique politicienne et la politique du tube digestif s’en mêlent, le cocktail devient explosif. La motivation doit demeurer une préoccupation constante, tout comme celle de la relève. Le football africain nouveau doit refléter une parfaite symbiose dans son organisation. Il doit être créateur d’automatismes au service d’une équipe nationale réhabilitée. En cela, la victoire des Pharaons d’Egypte aura été fort utile à nos pays.

 

Le Pays du 12 février 2008



12/02/2008
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