L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Grève des 13, 14 ET 15 mai : Le gouvernement demande la suspension du mot d'ordre

Grève des 13, 14 ET 15 mai

Le gouvernement demande la suspension du mot d'ordre

 

Les syndicats burkinabè ont appelé leurs militants à une grève nationale de 72 heures allant du 13 au 15 mai 2008 pour exiger du gouvernement la satisfaction de la plate-forme revendicative des travailleurs. A propos de plate-forme, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Jérôme Bougouma, a adressé le week-end une lettre au président du mois dans laquelle il expose les actions du gouvernement pour résoudre les revendications des travailleurs. Il conclut sa lettre en demandant aux syndicats de suspendre leur mot d'ordre de grève en attendant les prochaines négociations gouvernement/syndicats prévues pour septembre prochain.

Comme suite à votre préavis de grève, j’ai l’honneur, au nom de Son Excellence Monsieur le Premier ministre, de vous exposer ce qui suit :

- Relativement aux augmentations de salaire, la position du gouvernement ne semble pas avoir été suffisamment comprise. En effet, le gouvernement n’a pas opposé une fin de non-recevoir à cette revendication. Comme l’une des exigences maintes fois répétées des organisations syndicales est le respect des engagements contractés , le gouvernement estime qu’en ces périodes où il a consenti des abandons de taxes dans le cadre de la lutte contre la vie chère, qu’il subventionne les prix des céréales pour soulager nos vaillantes populations des villes et des campagnes et doit faire face avec efficacité à d’éventuelles difficultés ultérieures (le prix du baril de pétrole dépasse aujourd’hui les 120 dollars), il ne peut pas décider aujourd’hui d’augmenter les salaires.

Il propose d’examiner cette question aux prochaines négociations gouvernement/syndicats, à un moment, espère – il, où il pourra mieux apprécier la bonne tenue des fondamentaux de notre économie, ainsi que les résultats tangibles des mesures d’assainissement qu’il a engagées tant dans le cadre de la lutte contre la corruption et la fraude que dans le cadre de la réduction du train de vie de l’Etat.

Le gouvernement estime également qu’une éventuelle augmentation salariale doit concerner aussi les travailleurs du secteur privé. Or les partenaires sociaux sont engagés dans un processus de formalisation d’un cadre de négociations salariales dans le secteur privé qui est bien avancé et qui est fort prometteur. Il convient d’encourager et de soutenir cette initiative qui résoudra durablement la question des négociations salariales dans le secteur privé. En effet, les entreprises du secteur privé, en fonction de leurs domaines d’activités, connaissent des fortunes diverses. Certains travailleurs constatent malheureusement des retards de salaires. D’autres, jusqu’à présent, ne ressentent pas les augmentations du SMIG décidées antérieurement par le gouvernement. Il convenait donc de confier aux partenaires sociaux la possibilité de négocier sur des bases économiques réalistes, le moment et le taux des augmentations salariales. Le gouvernement se réjouit des progrès accomplis et félicite les partenaires sociaux pour leur sens du compromis et se tiendra toujours à leur disposition pour un aboutissement rapide du processus.

- Sur la baisse des prix : face à une question complexe que le monde entier cherche à résoudre, le gouvernement a pris des mesures d’abandon des taxes sur certains produits de première nécessité. Il a subventionné les prix des céréales vendues à prix social, a renforcé la surveillance des prix ainsi que leur qualité, il est intervenu pour réduire les marges des commerçants importateurs, etc. Ce paquet de mesures n’a pas permis de ramener les prix à leur niveau antérieur parce qu’il s’agit de produits importés dont la raréfaction est en grande partie à la base de la flambée des prix. Certains pays d’Asie ont décidé d’interdire les exportations pour garantir l’approvisionnement de leur propre population. Le coût des transports n’a cessé de grimper en raison de la flambée des prix des hydrocarbures. Les mesures adoptées par le gouvernement ont permis de soulager les populations d’une augmentation des prix encore plus grande. Elles n’ont pas été inutiles puisqu’elles ont été adoptées par la suite par d’autres pays même plus nantis. L’implication personnelle des plus hautes autorités de l’Etat a permis d’assurer l’approvisionnement du pays au meilleur coût et la disponibilité des céréales. La prolongation de la durée de suspension des taxes permet de réduire les pratiques spéculatives, le temps d’envisager des mesures structurelles d’accroissement de l’offre nationale de cultures vivrières. Sur ce plan également, le Conseil des ministres a adopté le Cadre stratégique de dépenses à moyen terme, 2009-2010, dont l’une des orientations majeures, en plus de la priorité absolue donnée au secteur de l’agriculture, est d’initier et de développer des programmes appropriés de filet social pour atténuer les effets de la vie chère avec une portée sur l’ensemble de la population, en particulier les couches vulnérables.

- Sur la réduction des taxes : de nombreuses réformes sont en cours dans le domaine fiscal, prenant en compte vos préoccupations. Le Conseil des ministres a également adopté le document de stratégie de réforme fiscale qui prévoit, entre autres, l’institution d’une taxe spécifique sur les opérations bancaires, la simplification de la structure actuelle de l’IUTS et la réduction du nombre de tranches et de taux en vue d’alléger la charge fiscale des salariés reconnue être une des plus lourdes.

- Sur le relèvement des premières tranches de l’ONEA et de la SONABEL : le gouvernement a fait droit à vos revendications, entièrement pour ce qui concerne l’électricité (75 kWh) et, substantiellement, pour ce qui concerne l’eau (8 m3). La date de prise d’effet est le 1er juillet 2008.

- Sur l’application immédiate des points d’accord issus des dernières négociations : le gouvernement tient à la disposition des centrales syndicales le bilan établi par la direction générale du Travail sur la base des données fournies par les départements ministériels compétents. Une séance de travail à une date de votre convenance permettra de dissiper toutes les incompréhensions.

- Enfin, pour ce qui concerne l’examen diligent de la plate – forme d’action de la Coalition nationale contre la vie chère, le gouvernement réaffirme son entière disponibilité au dialogue, puisque certains points de cette plate - forme font déjà l’objet d’un examen.

Monsieur le président du mois, comme vous pouvez le constater, sur l’ensemble des points de revendications, le gouvernement fait des propositions concrètes, évolutives, adaptées au contexte et qui préservent l’intérêt général ; mais toutes ne peuvent produire de résultats dans l’immédiat.

Face aux défis de la vie chère, la mobilisation est nationale, régionale et mondiale. De réels espoirs existent, comme vous pouvez vous en apercevoir, et le gouvernement est chaque jour à la tâche, mais, il lui faudra un peu plus de temps, de la sérénité et un effort collectif sans précédent.

Pour toutes ces raisons, je vous prie de bien vouloir suspendre votre mot d’ordre de grève jusqu’aux prochaines négociations gouvernement/syndicats de septembre prochain. Notre attachement commun au dialogue franc et constructif et notre confiance sans limite aux capacités intrinsèques des travailleurs burkinabè, jadis surnommés les bâtisseurs de l’AOF, sont nos meilleurs atouts pour de réelles avancées sociales qui renforcent la solidarité et la cohésion nationales.

Veuillez agréer, Monsieur le président du mois, l’assurance de ma respectueuse et franche considération.

 

Dr Jérôme BOUGOUMA

Officier de l’Ordre National

Le Pays du 12 mai 2008



12/05/2008
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