L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Ils veulent du boulot, on leur propose des concerts

Ministère de la Jeunesse et de l’Emploi 

Ils veulent du boulot, on leur propose des concerts

 

Sur recommandation de la Conférence mondiale des ministres responsables de la jeunesse tenue à Lisbonne du 8 au 12 août 1998, l’Assemblée générale des Nations unies a consacré, le 17 décembre 1999, la date du 12 août Journée internationale de la Jeunesse. Dans le cadre de cette commémoration, le ministère de la Jeunesse et de l’Emploi de notre pays, piloté par l’enseignant de philosophie Justin Koutaba, organise depuis le 31 juillet 2007 au total 13 concerts dans les 13 chefs-lieux de régions. Le top de départ des réjouissances a été donné le 31 juillet à Kaya, pour se clore "en beauté" avec deux mégaconcerts à Bobo et à Ouaga, qu’assureront de grosses pointures de la musique africaine telles Magic System, Meiway, Werrason, etc., ainsi qu’une brochette d’artistes burkinabè.

Le département de la Jeunesse a suscité ces conclaves musicaux entre artistes et mélomanes pour, dit-on, faire passer des messages de sensibilisation sur la santé de la reproduction, les IST et le VIH/Sida, ainsi que sur l’esprit de l’entreprenariat.

Un homme soucieux de l'avenir de son pays ne saurait en aucune façon s'opposer crânement à une telle sensibilisation, encore moins ramer à contre-courant de la valorisation de la musique, voire de la culture nationale. Il faut cependant reconnaître que les dernières images de l'étape de Ziniaré de cette manifestation, présentées par la TNB, suscitent de légitimes inquiétudes.

En effet, à ladite étape, c'est un Justin Koutaba bien en jambes qui, en toute insouciance, rivalisait de talent dans l'exécution de pas de Tacborsé avec le géniteur de ce concept, qu'est Ahmed Smani.

Koutaba est jeune, et ça n'étonnerait personne que de temps à autre il veuille aussi se trémousser. 

Le problème n'est donc pas là. Le hic ici, c’est le moment choisi pour le faire et surtout l'ampleur des maigres deniers publics mis en jeu pour s'amuser et amuser les jeunes afin que pour un temps ils oublient leur chômage, leur misère.  En effet, pendant que 300 000 jeunes gens candidats aux concours directs de la Fonction publique vivent un véritable calvaire soit pour retrouver leur salle, soit pour démarrer à temps pour composer à cause du bordel indescriptible constaté au niveau organisationnel, le premier responsable de l'Emploi et de la Jeunesse de notre pays, lui, a une toute autre préoccupation : mieux organiser sa bamboula.

En bon philosophe, Koutaba caresse-t-il le secret espoir de bien distiller cette liesse faite de sonorités venues en grande partie d'ailleurs pour inciter la jeunesse à oublier le temps d'un concert le casse-tête de l'emploi ?

Si tel est le cas, on n'a pas besoin d'épiloguer à perdre le souffle pour dire que cette inspiration vole aux ras des pâquerettes.

On aurait pu laisser passer la chose si le département de l'Emploi et de la Jeunesse s'était contenté d'un ou de deux concerts au plus. Mais treize, reconnaissons que c'est trop.

Ce qui est sûr, même le profane du show-biz, qui ignore royalement comment on monte une gamme de musique, n'ignore pas que les cachets de ces grands artistes et groupes musicaux de renommée internationale à l’image de Magic System, de Werrason, de Meiway pour ne citer que ceux-là entraînent, qu’on le veuille ou non, pour un ministère d’un pays pauvre comme le nôtre, de sérieuses "migraines" pécuniaires. Bref, ça coûte de l'argent, beaucoup d'argent que d'inviter ces stars à se produire au Pays des hommes "intègres". On voudrait jeter nos maigres ressources par la fenêtre qu’on ne s’y serait pas pris autrement. 

Pourtant, on se souvient qu'à peine arrivé à la tête de ce département en charge de l'Emploi et de la Jeunesse, il s’était bien illustré à travers la formation de jeunes à l’entreprenariat, par moments, sanctionnée par des chèques pour permettre à ces derniers de s’installer convenablement. Bref, en universitaire qui a les mots justes pour bien se faire comprendre, Koutaba, qui a hérité d'un ministère plein, avait réussi à galvaniser les jeunes et à redonner espoir à ceux qui croyaient ne plus rien n'attendre de "cet Etat de riches". Alors, l'organisation de telles festivités, aussi onéreuses qu'inutiles, est-elle le signe annonciateur que notre philosophe, qui a à peine deux bonnes années d'activité, est déjà en panne d’idées généreuses ou est  simplement fatigué par le lourd fardeau des sans-emploi auxquels il tente de trouver un avenir moins austère?

Pendant qu'on y est, combien d'emplois, même temporaires, pourrait générer une telle organisation de liesses ?

Malin qui saura le dire. Par contre, nous savons qu'à travers leur zèle dans l'organisation, certains petits malins réussiront vaille que vaille à élever leur mur ou à mettre du beurre dans leur pain. 

On aurait vraiment approuvé un tel projet s'il avait pour objectif principal de faire mieux connaître la musique burkinabè, de permettre à tous ces jeunes musiciens qui, en dépit de leur talent continuent de manger de la vache enragée, de se taper un petit bol d'air frais en espèces sonnantes et trébuchantes.

Mais permettre à ces stars africaines repues d'euros de patauger dans nos maigres deniers publics au détriment des nationaux est inacceptable. Nous le disons parce que nous savons que pour ce djandjoba à l'échelle nationale, là où un Magic System ou un Werrason empocherait cinq, voire dix millions de FCFA, nos nationaux se contenteraient au mieux de quelques centaines de mille.

Sérieusement parlant, c’est vraiment et purement de l’indécence que de s’amuser avec autant d'argent au Burkina Faso "où tout est encore prioritaire…" pour justement reprendre la chanson préférée de nos autorités pour  s'en tirer à bon compte lorsqu’elles butent sur des questions délicates des journalistes sur des aspects stratégiques du développement de notre pays. Et que dire de ces gens qui croient dur comme fer qu’il y a deux Burkina : un pour ceux qui sont du bon côté de la table et celui de ceux qui crient misère et dont la vie quotidienne ne consiste qu’à regarder le lever et le coucher du soleil sans pouvoir obtenir une convenable pitance journalière parce qu'ils sont sans emploi et sans revenu ? 

Il ne fait l'ombre d'aucun doute que les préoccupations des laborieuses populations sont bien ailleurs que dans l'organisation de ces bamboulas.

Et vraiment, les jeunes, pour la plupart fils de paysans, n’ont que faire de tels folklores dans les régions visitées, car leurs soucis premiers sont d'abord d’évoquer les mânes des ancêtres pour que le ciel ouvre grandement ses vannes afin que les récoltes soient des meilleures. 

Koutaba, en intellectuel bon teint, sait mieux que quiconque que c’est seulement après de bonnes récoltes sous nos tropiques qu’on pense à fêter avec faste. Maintenant que ce "jamboree" est fini, on serait bien curieux de savoir le montant de la note salée de cette opération peu populaire et mal inspirée qui sera présentée. Certes, d’aucuns, devenus des hommes à tout banaliser (car ils en ont plein les poches), diront que c’est encore une réaction d’aigris, de jaloux, des "idées lumineuses" des uns pour ne pas dire des gombos déguisés des autres. Mais tout compte fait, les derniers soubresauts qu’a connus notre pays ont fini de montrer le ras-le-bol d’une population dont la situation sociale et économique se désagrège chaque jour un peu plus. Alors, s’il vous plaît, n’en ajoutez plus !

La rédaction

L’Observateur Paalga du 13 août 2007



13/08/2007
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