L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Kadhafi met les pieds dans le plat de couscous (Union pour la Méditerranée)

Union pour la Méditerranée

Kadhafi met les pieds dans le plat de couscous

 

C’est franchement détestable, ce que Mouammar Kadhafi vient de faire à son ami Nicolas Sarkozy. Entre nous, quand quelqu’un vous a reçu chez lui durant près d’une semaine et avec tous les honneurs malgré un concert de critiques et de désapprobation, on doit au moins prendre des gants quand on veut faire des choses qui ne lui plaisent pas. Mais voilà, Kadhafi est ainsi fait. Il ne s’embarrasse pas de fioritures pour faire ce qu'il pense être bien ou du moins ce qu'il veut. Et c’est en live and direct qu’il a torpillé proprement, c’est le mot qui convient, l’Union pour la Méditerranée, un projet pourtant cher à son ami Sarkozy.

Mardi dernier à Tripoli, lors du mini-sommet arabe, le Guide de la révolution libyenne n’est pas allé par quatre chemins pour s’opposer à ce projet. Et il a trouvé des mots durs pour marquer son opposition à cette union, qu’il considère comme étant un «appât» et une «humiliation». Morceaux choisis : «L’Union pour la Méditerranée est un projet passager voué à l’échec… Nous refusons de sacrifier la Ligue arabe ou l’Union africaine pour des projets passagers… Ils nous prennent pour des idiots. Ils viennent avec des offres économiques parce qu’ils nous considèrent comme des affamés. Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os… Ils nous jettent un hameçon pour nous entraîner dans de tels projets. C’est un affront».

A pratiquement un mois de son lancement à Paris, ce discours est un véritable coup dur pour ce projet que Sarkozy couve depuis un peu plus d’un an, autant dire avant son arrivée à l'Elysée. Et le président français doit se sentir trahi et lâché par son "grand ami", avec qui il a eu de petits arrangements commerciaux à travers la signature de plusieurs contrats. Paris a aidé Tripoli à trouver une sortie honorable dans le dossier dit des infirmières bulgares, et en échange, Sarkozy a pu refiler au Guide quelques bricoles.

Déjà que ce projet avait du mal à passer auprès de bon nombre de pays visés, ces propos de Kadhafi viennent brouiller davantage les contours et la communication d’un projet qui reste encore nébuleux. Les acquis obtenus à ce sujet sont maintenant fragilisés surtout que de tels discours ont l’art de faire mouche auprès de la jeunesse. Et voilà Sarko contraint, comme Sisyphe, de recommencer tout le travail de mobilisation et de conviction autour de ce projet dont il a fait une affaire personnelle et une des priorités de sa diplomatie internationale. Le mari de Carla Bruni a donc du pain sur la planche d’ici le 13 juillet, date du sommet sur l’Union pour la Méditerranée, qu’il accueille à Paris.

Ce qui est sûr, c’est que cette affaire était déjà mal engagée, car beaucoup de pays ne semblent pas très enthousiastes à cette idée. En tête de ces Etats, il y a l’Algérie qui, pour des raisons historiques et d’autres considérations, est un peu contre le projet et traîne les pieds pour accepter d'intégrer cette Union, si chère à Sarkozy.

Si au finish, la France et l’Union européenne peuvent, après un véritable travail au corps, faire avaler la couleuvre méditerranéenne aux dirigeants concernés, il ne reste pas moins que la tâche sera rude avec l’équation israélienne, qui reste entière. C’est un véritable nœud gordien qu’il faut trancher tout de suite, car, tôt ou tard, le problème va se reposer et être même la cause d’un clash. Tant que l’hostilité entre Israël et certains pays arabes restera toujours ouverte, l’Union pour la Méditerranée sera comme un panier à crabes ou un chantier de singes où, tandis que les uns font des pieds et des mains pour arranger la maison, les autres, eux, ne s’occupent que de la destruction de l’ouvrage. La question de la présence d’Israël dans l’Union sera toujours exploitée, utilisée comme un prétexte pour quitter et saborder ce projet méditerranéen.

Perdu dans une sorte d’îlot, car entouré de pays qui lui sont a priori hostiles, Israël est comme un Etat illégitime dont les voisins ne veulent pas du tout s’en accommoder. Son cas est si atypique que pour rompre son isolement au plan sportif, le vieux continent a été bien obligé de l’accepter dans ses rangs pour les compétitions européennes et mondiales.

Un projet pour développer la Méditerranée, c’est bien. Et l’Afrique noire dans tout ça ? Pour l’instant, on n’en fait pas cas. Une fois encore, on fait tourner la roue à la défaveur de l’Afrique au sud du Sahara, en ne lui proposant que des accords désavantageux. Le seul projet qui la lie à l’Europe reste les Accords de partenariat économique (APE), d’ailleurs en finalisation et qui, malgré les gémissements de la société civile africaine, continuent leur bonhomme de chemin, leur marche implacable, comme si de rien n’était.

Mais maintenant que Kadhafi a mis les pieds dans le plat de couscous avant même qu'il ne soit mis sur la table et que l'Algérie traîne les pieds, que va faire Sarkozy pour faire accepter ce projet, qui lui tient à cœur ?

La rencontre du 13 juillet sera-t-elle maintenue ou Sarkozy tentera de la repousser à plus tard le temps pour lui de rallier à sa cause le turbulent colonel libyen, l'Algérien Bouteflika et tous ceux qui  ne voient pas d'un bon œil ce projet méditerranéen ?

C'est peut-être la seule issue qui lui reste s'il veut voir vraiment ce projet prendre une belle forme un de ces jours.

Mais enfin !

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 12 juin 2008



11/06/2008
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