L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Choix cornélien pour militaires dictateurs en Birmanie

Birmanie

Choix cornélien pour militaires dictateurs

 

La Birmanie, on en parle peu au sein de nos rédactions, malgré la dictature féroce qui a mis sous coupe réglée ce pays depuis 1962 ;

laquelle traque les démocrates ou tous ceux  qui aspirent à un minimum de liberté.

Mais signe des temps : on parle de plus en plus de ce pays où la liberté d'expression est jusque-là une chimière ; et ce qui se passe  présentement à Rangoon, la capitale birmane, a quelque chose de surréaliste.

Il y a seulement quelque temps, même dans leurs rêves les plus fous, les Birmans n'auraient pas pensé à défier  crânement ainsi la junte militaire au pouvoir.

Et pourtant, depuis une semaine, les manifestations contre cette dictature se succèdent au fil des jours et ne cessent de prendre de l'ampleur tant dans la capitale que dans les principales villes de cette partie du continent asiatique.

Prenant prétexte de la lutte contre la vie chère, c'est une centaine de milliers de manifestants emmenés par des moines bouddhistes qui descendent dans les rues pour signifier leur ras-le-bol face à la mauvaise gouvernance économique et politique dans leur pays.

Depuis deux décennies, on assiste ainsi à la plus grande manifestation contre  le régime militaro-fasciste en place à Rangoon.

Hier lundi, ils étaient encore dans la rue, munis de pancartes avec, à leur tête, de nombreux moines, en majorité jeunes, qui se veulent le fer de lance de la lutte contre la vie chère.

Les fortes et brutales augmentations des prix des carburants, décidées par le régime militaire à la mi-août, ont si durement affecté le quotidien de la population qu'en Birmanie, ils sont nombreux, les chefs de famille qui n'arrivent plus à faire bouillir la marmite.

"En effet, depuis le doublement du prix du ticket de bus, raconte Sin Thin, un quinquagénaire affable aux dents rougies par le betel, on ne peut plus prendre qu'un seul repas par jour". Sans moyens de s'acheter de la viande depuis, certains en sont venus à être végétariens.

Mais la situation de ce quinquagénaire est certes enviable,  comparée à celle du  commun des mortels en Birmanie.

Avec un revenu mensuel moyen par tête de 11 euros (soit environ 7 250 fCFA), certains Birmans ne peuvent s'offrir que le seul repas national qui leur reste, le ngapi, un peu de riz mélangé à de la pâte de poisson fermentée.

Pays très rural, la Birmanie (ou Myanmar depuis 1999), située en Asie du sud-est, est un pays pourtant riche en ressources, même si elle se trouve largement en queue de peloton au niveau sous-régional en matière de développement, elle qui ne semble aucunement avoir profité de l'essor économique qu'a connu l'Asie dans les années 80.

Dans ce pays d'une superficie totale de 678 000 km2, avec une population estimée à 50  millions d'âmes, la majeure partie des gens mange la vache enragée pendant que la junte au pouvoir gère l'économie et se remplit les poches grâce aux juteux contrats.

La malgouvernance reste la règle dans ce pays, à telle enseigne qu'en 2004, l'ONG Transparency International classait la Birmanie en 143e position sur 146 pays avec un indice de perception  de la corruption de 1,7 sur 10; ce qui est le signe évident d'une corruption rampante selon cette ONG.

C'est pour mettre fin à ce pillage de leur pays ou, à défaut, amoindrir le phénomène qu'en août dernier, le mouvement politique Génération 88, regroupant d'anciens leaders étudiants, puis la Ligue nationale pour la démocratie (LND), principale formation de l'opposition, ont organisé une série de manifestations  ainsi que pour protester contre les hausses vertigineuses  des prix des produits de première nécessité. Après une vague d'arrestations de dirigeants de la manifestation, le mouvement a observé un arrêt, avant de reprendre du souffle, il y a une vingtaine de jours.

Mais la goutte d'eau qui aura fait déborder le vase, c'est l'humiliation subie par trois bonzes du fait  des militaires.

En effet, c'est attachés à des poteaux que ces trois dignitaires religieux ont été roués de coups avec une verge de bambou. Le comble de l'humiliation pour un religieux bouddhiste !

C'est cela qui a créé la colère noire d'une partie non négligeable de la communauté monastique, donnant ainsi une dimension nouvelle au mouvement de protestation.

Ces bonzes, blessés dans leur amour-propre, ont exigé des excuses officielles faute de quoi ils entameraient un boycott des mikkunjana kamma, qui sont une sorte d'offrande régie par les us et coutumes, que leur donneraient les militaires et leur famille.

Cette mesure gravissime est l'équivalent de l'ex-communication dans le christianisme.

Une chose qui semble être une source d'angoisse pour les généraux qui tiennent le haut du pavé à Rangoon.

Si au début, les protestataires étaient bien timorés dans leur mouvement, c'est parce qu'ils savent que le régime birman ne fait pas dans la dentelle en matière de répression de toute contestation de son pouvoir.

On se souvient encore, du côté de Rangoon, de ces manifestations pacifiques de 1988 qui ont été réprimées dans le sang. Macabre décompte : 3000 morts ; et comme chat échaudé craint l'eau froide, personne n'a voulu prendre le risque de  se retrouver pris dans une telle boucherie. La chape de plomb sur les libertés démocratiques était telle que certains ont choisi l'exil, d'autres, le combat pacifique. Est de ceux-là le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi  qui, avec son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, remporta haut la main des élections avec 82% des voix. Une victoire qui n'a pas été du goût des militaires, lesquels entendaient continuer à régner sur la Birmanie. Depuis, le prix Nobel birman vit en résidence surveillée. 1300 autres Birmans, eux, croupissent en prison.

L'entrée en scène des bouddhistes place de ce fait la junte dans un dilemme.

Cela est d'autant plus sérieux que, depuis toujours, les généraux birmans, qui n'entendent aucunement libéraliser leur régime, ont toujours cherché à légitimer leur pouvoir par une onction religieuse.

Et voilà qu'aujourd'hui, ces religieux leur tournent le dos.

Pour ainsi dire, c'est la première fois que la junte militaire se trouve coincée entre le marteau et l'enclume.

En effet, habituée aux actes de violence, l'armée aurait pu faire d'une bouchée tous ces manifestants qui défilent et la défient quotidiennement. Mais comment mater ces manifestants, composés en grande partie de bonzes, dont ils veulent bénéficier de la sollicitude?  C'est là tout l'imbroglio dans lequel est empêtré le pouvoir birman.

Quoi qu'il en soit, il est vraiment temps que les gendarmes de ce monde s'intéressent de plus en plus au cas Birman, qui dure, rappelons-le, depuis 45 ans.

Un devoir d'ingérance humanitaire s'impose ici aussi.

Nous avons du mal à comprendre que cette nation qui a donné à l'ONU l'un de ses secrétaires généraux, en la personne de Sithu U Thant, se débatte dans une dictature moyenageuse.

 

Boureima Diallo

L’Observateur Paalga du 25 septembre 2007



25/09/2007
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