L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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L'Accord de Ouaga sera-t-il le bon ?

Résolution de la crise ivoirienne

L'Accord de Ouaga sera-t-il le bon ?

 

Il n'aura donc fallu qu'un petit mois au facilitateur Blaise Compaoré pour relancer la machine de la paix ivoirienne, qui était en panne sèche depuis de nombreux mois. Et pour réussir (?) là où beaucoup d'autres, avant lui, se sont cassés les dents.

 

En effet, 30 jours après le début du dialogue direct entre le camp présidentiel et les Forces nouvelles (FN), voulu par Laurent Gbagbo, les deux parties sont parvenues à un accord, signé hier en fin de matinée par le chef de l'Etat ivoirien et le leader des rebelles, Guillaume Soro. Sous le regard attendri d'un Blaise qui n'avait aucune raison de bouder son plaisir.

 

Il faut dire que son choix ne s'imposait pas naturellement. C'est archiconnu, dès les premières rafales de ce coup d'Etat manqué du 19 septembre 2002, qui a viré en une rébellion et la partition de fait de l'Eburnie, l'enfant terrible de Ziniaré a été présenté par Abidjan mais également par de nombreux observateurs de la scène ivoirienne et sous-régionale, comme l'instigateur et le parrain de ces croquants du Nord, dont, il est vrai, la plupart  étaient réfugiés au "Pays des hommes intègres", par ailleurs la base-arrière naturelle des Forces nouvelles.

 

Et de fait, depuis ces quatre ans et demi que dure la crise, certains de ses homologues ont souvent apostrophé le président du Faso sur le soutien, plus réel que supposé, qu'il apportait au "petit Soro", lui demandant, à l'occasion, de parler à ses enfants quand ceux-ci faisaient dans l'irrédentisme.

 

Pour toutes ces raisons, tout le monde s'accordait à dire qu'à tout le moins, une partie de la solution au problème ivoirien était à Ouaga.

 

Mais de là à  penser que le pyromane, comme on le présentait, se muerait en pompier, et qu'après s'être promenés, de Lomé à Accra en passant par Marcoussis, Dakar, Pretoria, New York... les principaux protagonistes viendraient se confiner un mois durant dans la capitale burkinabè pour accoucher de quelque chose, il y avait un grand pas que beaucoup n'osaient pas franchir.

 

Qu'est-ce qui a bien pu finalement décider le boulanger-pâtissier du palais de Cocody à solliciter les bons offices de celui qui fut, dans une   autre vie, son ami, avant de devenir son pourfendeur invétéré, voire son ennemi ? Beaucoup de réalisme et de lucidité sans doute, dût-il mettre son orgueil dans sa poche, mais peut-être aussi cette bonne vieille sagesse selon laquelle la meilleure façon de préserver son bien est de le confier au voleur.

 

Et elle devait d'autant plus se vérifier qu'il ne déplaisait pas au locataire de Kosyam de se racheter une conduite en jouant les pacificateurs après avoir été présenté, de longues années durant, comme le trublion de la sous-région, du pays d'Houphouèt en l'occurrence. "Là où la guerre a commencé là, c'est de là-bas la paix va venir", lâchaient ainsi, un tantinet moqueur, des journaux et humoristes ivoiriens.

 

Nous voici donc avec un Accord, on devrait dire un nouvel Accord. Car depuis le cessez-le-feu arraché par Dakar le 17 octobre 2002, de nombreux compromis ont été trouvés (Marcoussis, Accra I, II et III, etc.) qui ont tous eu le mérite de déblayer le terrain au fur et à mesure et d'arracher de substantiels acquis (comme la candidature matricielle d'Alasane Dramane Ouattara), mais qui ont tous fini par se heurter à la mauvaise foi, à la méfiance ou à la défiance, à la roublardise, à la surenchère politicienne ou encore à la logique du pire de l'une ou l'autre des parties.

 

Qu'est-ce qui nous dit donc que cet Accord de Ouagadougou ne connaîtra pas le même   sort que ceux qui l'ont précédé et que, comme à l'accoutumé, ceux qui l'ont signé ne  vont pas se renier avant même que l'encre qui a servi à le coucher n'ait séché ?

 

Rien, absolument rien, ne le garantit, sauf peut-être le sentiment de lassitude et de gâchis qui a pu avoir raison des multiples réserves et suspicions. A cela s'ajoute le fait, pour l'ironie de l'histoire et la haute charge symbolique, que ça ne manquerait pas de panache si la paix en Côte d'Ivoire devait revenir grâce au fauteur présumé de trouble, devenu depuis le 19 janvier 2007, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

 

C'est peut-être pour cela que l'Accord de Ouaga pourrait être le bon, si et seulement si les fruits tenaient la promesse des fleurs.

Le propre de tout compromis, c'est bien connu, est de  ne pas satisfaire totalement toutes les parties, mais de donner à chacun le sentiment que s'il a un peu perdu, il a aussi un peu gagné. Le pacte signé hier à Ouaga 2000 n'échappe pas à cette règle.

 

Nonobstant la nomination, à la primature en décembre 2005, de Charles Konan Banny que Laurent Gbagbo s'est attelé méthodiquement à néantiser et qui pédale, depuis, dans le vide, et le vote par le Conseil de sécurité des Nations unies de la Résolution 1721, vidée de sa substance par le Gbagboland, la sortie de crise coinçait, on le sait, sur l'identification des futurs électeurs et sur le fameux DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion).

 

Ce sont ces deux nœuds gordiens (voir détails page 2) que le chirurgien Blaise, appelé au chevet de l'Eléphant d'Afrique, aura aidé à trancher, même si c'est véritablement à l'épreuve du corps sociopolitique ivoirien qu'on verra si la greffe a pris ou si le locataire du palais de Kosyam sera, lui aussi et après bien d'autres, le dindon d'une farce éburnéenne qui ne fait plus rire personne ; pas même le metteur en scène, qui doit avoir fini par comprendre que ça ne pouvait plus durer comme ça, et donc qu'il fallait changer de scénario. Quitte à pactiser avec celui qui, il y a à peine quatre ans, lui promettait le Tribunal pénal international (TPI), rien de moins.

 

Il ne reste guère plus à Guillaume Soro, qui a toujours feint de ne pas s'intéresser au poste, qu'à prendre le premier ministère pour appliquer le pacte que lui et son grand frère Laurent viennent de sceller. Après tout, le tandem entre l'ancien gouverneur de la BCEAO, imposé par la France, et l'enfant terrible de Mama s'est transformé en duel à mort sur fond d'audiences foraines foireuses et de déchets toxiques, qui ont définitivement pollué l'atmosphère politique sur les bords de la lagune Ebrié.

 

Et plutôt que d'être un Premier ministre postiche, Konan Banny, mis sur la touche en même temps qu'ADO, Bédié, le GTI, etc., gagnerait à se mettre en réserve de la République pour laisser les frères ennemis résoudre mano à mano leur différend. Comme ce fut le cas à Ouaga.

 

In L'Observateur Paalga du 5 mars 2007



06/03/2007
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