L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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La machine antifraude, c’est d’abord l’homme

Examens et concours

La machine antifraude, c’est d’abord l’homme

 

Loin de nous l’indignation  facile ou l’idée de douter de la bonne foi des participants à l’atelier de deux jours pour faire le bilan des examens et concours de la session 2007. Ils ont abattu un gros boulot, et il n’est pas évident que l’auteur de cet article fasse de meilleures propositions que celles contenues dans le rapport final. Les recommandations et suggestions, remarquables, qui en sont ressorties permettront, si elles sont mises en route, de bouter un tant soit peu la fraude hors de nos frontières. Tous les aspects ont été abordés : les aspects institutionnel, organisationnel, sécuritaire, matériel et financier. Dans une ambiance des plus solennelles, la soixantaine de participants, composée de directeurs centraux, d’intendants, de régisseurs régionaux et de chefs de services rattachés au ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, a remis les doléances au ministre Joseph Paré, qui a assuré que les exhortations seront examinées avec la plus grande attention. La rencontre fait suite à bien d’autres réunions et décisions au cours de l’année 2007, que  l’on peut considérer comme ayant été celle du grand bogue de la fraude au Burkina Faso. En rappel, pendant l’examen du Brevet d’études du premier cycle (BEPC), des documents non autorisés ont été découverts pendant la composition des candidats. Ce constat a mis ainsi la puce à l'oreille. Conséquence : ce fut la reprise des épreuves de mathématiques et de sciences physiques, l’arrestation de 55 élèves et d’un membre de l’équipe de tirage des épreuves. Le feu n’était pas totalement éteint par les pompiers de l’Office central des examens et concours du secondaire (OCECOS) qu’un incident encore plus grave se déclara du côté de l’organisation des concours directs de la Fonction publique session de  2007. Vingt-trois indélicates personnes ont été prises dans les flammes ravageuses de cette fraude. Parmi lesquelles deux gendarmes, un militaire, trois gestionnaires des ressources humaines, deux éducateurs de jeunes enfants, deux infirmiers, un pompiste, deux étudiants et un élève. Il ne manquait plus qu’un agriculteur  et un éleveur pour composer une Assemblée nationale miniature  représentative des couches sociales burkinabè.

Certes, l’atelier a eu le mérite d’avoir mis l’accent sur bien d'insuffisances, mais certaines mesures prêtent à sourire tout de même : c’est le cas, quand l’atelier propose de doter l’OCECOS d’un scanner avec logiciel OCR permettant le passage direct des manuscrits à la  saisie machine, d’installer des caméras de surveillance ou d’améliorer la qualité des  P.-V. et des feuilles de composition et de revoir leurs formats. Alors que la meilleure machine antifraude demeure l’homme. La mesure qui consiste à revoir à la hausse les indemnités des agents de saisie, de tirage et de conditionnement des sujets, pour qu’ils revoient à la baisse leur penchant à subtiliser des sujets d’examen semble faire fi d’une constante psychologique : la malhonnêteté ne disparaît pas avec l’opulence. A notre sens, la meilleure manière de dissuader un potentiel indélicat, c’est de lui mettre dans la tête qu’il sera débusqué dans ses basses besognes et surtout, qu’il risque gros pour sa forfaiture. Ce qui n’est pas le cas dans notre pays, où la peine prévue par le Code pénal est loin d’être dissuasive. En ses articles 308 et 309, il est prévu pour le fraudeur une peine de six mois à un an d’emprisonnement. Comparaison n’est pas toujours raison, mais il suffit de prendre l’exemple de deux pays pour se rendre compte de la magnanimité de nos lois sur une pratique aussi grave. Au Tchad, la peine est d'un mois à deux ans, et en France, elle est d’un mois à trois ans.

L’autre problème, c’est l’impunité, qui a  pignon sur rue. A cette évocation, nous revient toujours en mémoire le parcours de cette dame qui était le cerveau de la fraude en 2004. Jugée et condamnée en même temps que son complice, elle a été libérée par … grâce présidentielle, et plus tard décorée pour certainement mieux faire le deuil de son séjour à la MACO. C’est bon les scanners, les groupes électrogènes de secours, les risographes flambant neufs, les caméras de surveillance et les rallonges financières. Même si ces doléances ne sont pas des vœux pieux, le mieux, ce serait un changement de mentalité par une bonne gouvernance à l’échelle nationale, qui prône et applique la méritocratie et l’égalité des chances. Malheureusement, cette fraude-là semble suivre la courbe ascendante de sa grande sœur, la corruption. Et cette année, sur la question, les indicateurs du Burkina ne sont pas tellement au vert. Dans le rapport 2007 de l’ONG Transparency international sur les pays les moins corrompus, notre pays est passé de la 69e à la 105e place. Contrairement à d’autres sujets de prédilection, comme l’obtention du poste de membre non permanent obtenu au Conseil de sécurité de l'ONU et les différentes médiations réussies dans les pays voisins, on ne parle pas beaucoup de ce rang dans les salons ministériels et sur les tribunes publiques. Touchons du bois pour que la fraude aux examens et concours, elle au moins, se désolidarise de sa grande sœur au plus tôt.

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 9 novembre 2007



09/11/2007
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