L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"La Suisse est chère mais les Burkinabè s'en sortent"

Moussa B. Nébié, Chargé d’Affaires

"La Suisse est chère mais les Burkinabè s'en sortent"


Moussa Nebié est le chargé d'Affaires de l'ambassade du Burkina à Genève. Profitant d'une mission présidentielle dans la capitale suisse en avril dernier, nous avons rencontré le diplomate burkinabè à l'hôtel Continental. Sans fioritures, il nous parle des relations entre la confédération helvétique et le Burkina, mais surtout de la vie des Burkinabè en Suisse.


A combien peut-on évaluer la communauté burkinabè en Suisse ?


Moussa B. Nébié : Je crois que la communauté burkinabè que nous avons l'habitude de côtoyer peut être évaluée à 250 ou 300 âmes.

 

Dans quel domaine d'actualité les trouve-t-on le plus ?

 

Ils travaillent dans tous les secteurs en réalité. Nous avons des fonctionnaires internationaux, nous en avons qui travaillent dans les magasins. Il y en a qui font tous les petits métiers. Pour l'instant, je ne peux pas dire avec exactitude qui fait quoi. Parce que nous n'avons pas encore fait des études en la matière. Je ne suis pas sûr d'ailleurs qu'on pourrait aboutir à un résultat concret. Parce qu'en général les gens n'aiment pas trop dire ce qu'ils font. Mais ce que je sais, c'est qu'en général, chacun s'en sort assez bien dans ce qu'il fait.

 

Y a-t-il des étudiants ?

 

Oui. Il y a des étudiants. La coopération entre l'université de Genève et celle de Ouagadougou était très prononcée et très dynamique. Et chaque année, je crois savoir que l'université de Genève accorde des bourses à un certain nombre d'étudiants selon des critères bien définis. En tout cas, de ce côté, la coopération entre l'université de Genève et celle de Ouagadougou se porte très bien.

 

Quand les Burkinabè arrivent en Suisse, est-ce qu'ils viennent se faire enregistrer systématiquement, ou bien est-ce vous qui allez à leur rencontre ?

Quand ils arrivent en Suisse, généralement, chacun vient déjà avec un objectif. Et puis ce n'est pas toujours la préoccupation des gens qui vont à l'aventure d'aller immédiatement se faire identifier à une représentation diplomatique. Mais, de temps en temps, ceux qui sont informés de notre existence se signalent.

 

Est-ce que c'est facile de venir en Suisse ?

 

En principe, c'est facile. Mais il faut remplir les conditions exigées par l'Etat suisse. Il y a un visa qu'on vous demande, et si vous remplissez les critères énoncés sur le formulaire, on vous donne le visa. Je connais des Burkinabè qui viennent régulièrement et qui repartent sans problème. Maintenant, si vous ne remplissez pas les conditions, c'est comme partout ailleurs, vous pouvez vous voir refuser l'entrée en Suisse. Ce n'est pas facile de traverser les frontières sans papier.

 

Y a-t-il des sans-papiers burkinabè en Suisse ?

 

Oui, il y en a. Mais je ne peux pas vous dire combien. Puisque, par définition, ce sont des gens qui ne se présentent pas à nous, préférant vivre dans la clandestinité, très loin de l'administration que nous représentons. Peut-être qu'ils pensent que se faire identifier pourrait devenir un danger pour eux. Nous conseillons toujours à nos compatriotes d'être en règle sur le plan des documents. Quand on va à l'étranger, c'est toujours important d'avoir ses papiers en règle. Cela vous protège. Si vous n'avez pas de papier, vous êtes réduits à la clandestinité, et donc à l'exploitation.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles la communauté burkinabè est confrontée en Suisse ?

 

A ma connaissance, je vous dis honnêtement qu'ils n'ont pas de difficultés particulières. Comme vous le savez, ils ne sont pas trop nombreux comme ailleurs. Ceux qui viennent sont essentiellement des gens qui ont un certain niveau de vie, et nombre d'entre eux ont déjà des relations, j'allais dire, bien établies. Soit ils sont mariés à un Suisse ou à une Suissesse, soit ils viennent pour les études. Il y a également ceux qui ont un boulot, les fonctionnaires internationaux par exemple. En général, ceux-là ne rencontrent pas de difficulté. Mais il y a certains qui viennent chercher l'asile afin de bénéficier d'un certain nombre d'avantages en attendant de pouvoir régulariser leurs papiers.

 

L'image de pays extrêmement cher qu'on colle à la Suisse, est-ce une réalité ?

Ce n'est pas une image. C'est une réalité. Même les Suisses reconnaissent que la Suisse est très chère. C'est évident, parce que ce n'est pas facile de manger. Tout est cher. Et les prix n'ont rien à avoir avec le Burkina. Evidemment, pour ceux qui viennent ici en mission, l'Etat burkinabè essaie de donner des frais de mission en conséquence. Mais dans tous les cas, il y a toujours un décalage. Tous ceux qui viennent ici reconnaissent que la Suisse est une destination chère.

 

Qu'est-ce qui justifie cela ?

 

C'est la qualité de la vie que la Suisse veut préserver. Si vous voulez avoir un certain niveau de vie, une certaine qualité, il y a des investissements qu'il faut faire, et quand vous avez investi, il faut bien rentabiliser. Il y a des dispositions que les gens prennent, notamment pour payer de bons salaires. Donc, si vous payez quelqu'un cher, il faut que ce que vous vendez le soit aussi. Donc c'est tout un système qui est mis en place depuis longtemps. Le loyer coûte cher, la santé coûte cher. Tout est cher.

 

Le loyer coûte cher. Pouvez-vous nous en donner une petite illustration ?

 

Pour une maison "entrer-coucher" (ndlr : terme utilisé à Ouaga pour désigner une mais à pièce unique), vous n'avez pas moins de 400 000 F CFA à payer par mois. C'est le plus bas prix, sans les charges, c'est-à-dire l'électricité, le gaz, etc. Si vous ajoutez les charges courantes, vous n'avez pas moins de 500 000 F CFA par mois.

 

A ce rythme, est-ce que l'ambassade elle-même n'a pas de difficultés pour exister et tourner à plein régime ?

 

L'ambassade a les moyens que l'Etat lui donne, l'ambassade fonctionne avec ses moyens. Evidemment, ce n'est pas simple. Quand on vit dans un pays comme la Suisse qui occupe une place très importante sur la scène internationale, on n'a pas le choix, il faut payer, et l'Etat, jusqu'à présent, Dieu merci, a toujours respecté ses engagements, a toujours pris ses responsabilités, donc nous fonctionnons normalement comme toutes les autres missions qui sont ici. Certes, la Suisse coûte cher, mais si un pays veut rester présent sur la scène internationale et participer à la vie des nations, il faut être là où les décisions se prennent. Genève représente cette place forte, et vous ne pouvez pas la contourner. Par an, nous avons environ 8 000 réunions de tous bords. Cela veut dire que beaucoup de choses se font ici.

 

La plupart des communautés vivant à l'étranger demandent une chose qui leur tient à coeur : le droit de vote. Avez-vous déjà été approché concernant ce problème ?

 

Oui. Vous savez, la question du vote, c'est une question de droit. Qu'on soit loin ou pas de son pays, c'est un devoir que chacun veut accomplir. A ce sujet, c'est sûr que les Burkinabè en Suisse souhaiteraient aussi l'accomplir. Mais ils comprennent bien qu'il y a tout un dispositif à mettre en place qui n'est pas forcément lié au fait de déposer un bulletin de vote dans une urne. Mais quand le moment sera venu, le gouvernement l'a dit, tout le monde sera amené à accomplir ce devoir-là. Les Burkinabè vivant en Suisse ne se sentent pas plus loin que ceux des autres pays.

Je crois qu'ils mènent une vie acceptable, ils sont en bonne intelligence, en tout cas, avec leurs hôtes, avec les Suisses. En tout cas, à ma connaissance, il n'y a pas beaucoup de cas où il y a eu des problèmes. Evidemment, il y a eu quelques rares cas, mais je dois dire que c'est assez marginal. Donc, je pense que les Burkinabè qui sont en Suisse se sentent bien. La plupart d'entre eux rentrent chaque année ou chaque deux ans. Ils vont faire un tour au pays et ils reviennent. Donc, ils ne sont pas dépaysés, ils ne sont pas déconnectés du pays.

 

Au niveau de l'ambassade, vous êtes au nombre de combien ?

 

(Rire). On n'est pas nombreux. Nous sommes six fonctionnaires affectés.

 

Est-ce un nombre acceptable, surtout que vous aviez reconnu Genève comme une place incontournable, assez dense dans les relations internationales ?

 

De toute façon, on ne pourra jamais avoir le nombre de personnes que nous voulons. Parce que Genève abrite un très grand nombre de sièges d'organisations internationales et du système des Nations unies, sans oublier les associations importantes de la société civile. Mais, nous faisons avec. Et comme je l'ai dit tout à l'heure, l'organisation, c'est une première qualité. Nous faisons des priorités, des urgences. Puis on essaie de se répartir le travail et d'être là où on a vraiment besoin de nous, d'être là où les intérêts du Burkina sont assez prononcés, par exemple la question du coton ou celles liées à la santé. Il y a aussi les questions des droits humains et du travail. Il y a vraiment de la matière à marcher à Genève. Quand vous y êtes, ce n'est pas une sinécure, je dois l'avouer. Chaque jour, ce sont des dizaines et des dizaines de réunions. Il faut savoir aller là où le devoir vous appelle. On est organisé au sein du groupe africain. Donc, on est assez informé pour être au parfum de ce qui est dit et décidé partout.

 

Est-ce que les Burkinabè ici sont organisés dans une communauté bien déterminée, en association ?

 

Oui. Il y a ici une association des Burkinabè résidant en Suisse. Il y a aussi l'association des étudiants. Et tout cela fonctionne. Mais on va essayer d'améliorer leur fonctionnement parce qu'on souhaiterait faire mieux. Nous travaillons en collaboration avec le bureau, avec tous les Burkinabè, pour dynamiser l'association, pour que la solidarité, la convivialité soient les maîtres-mots, et que tous les Burkinabè vivent vraiment en fraternité, en amitié en Suisse, mais qu'ils sachent qu'ils ont toujours le même référentiel, le Burkina. C'est la patrie, la nation, et rien ne peut remplacer cela.

 

Les Burkinabè qui ont le plus duré ici sont restés pendant combien de temps en Suisse ?

 

Il y en a qui ont fait 20 ans. Il y en a qui sont venus pour les études, et ils sont restés. En tout cas, on m'a dit qu'il y avait des Burkinabè qui ont fait 20 ans ici.

 

Vous avez une vie de famille bien remplie, malgré vos occupations ?


Oui, j'ai une vie de famille. Je m'occupe de ma petite famille comme je peux. Mais, je dois dire qu'il n'y a pas beaucoup de temps. Quand vous n'êtes pas à l'aéroport pour accueillir ou accompagner des autorités, vous êtes en salle de réunions ; si vous n'êtes pas en salle de réunions, vous êtes en voyage quelque part. J'essaie de m'organiser autant que je le peux, pour ne pas aussi délaisser ma famille. Mais, c'est la vie du diplomate.

 

Est-ce que les Burkinabè qui sont ici peuvent avoir des papiers de Burkinabè quand ils le désirent ?

 

Oui. Par exemple le passeport. Il n'y a pas de problème particulier. Mais, je dois dire que nous sommes aussi une jeune représentation diplomatique. Tous les services ne sont pas encore mis en place. Petit à petit, ça sera certainement fait. Et on pourra délivrer tout papier à un compatriote qui le veut ici.

 

Propos recueillis à Genève par Morin YAMONGBE et retranscrits par Issaka KABORE (Stagiaire)

Le Pays du 24 août 2007



24/08/2007
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