L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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L’EUFOR entre le marteau et l’enclume

Tchad

L’EUFOR entre le marteau et l’enclume

 

Son déploiement était prévu depuis, mais l'attaque des rebelles tchadiens avait contraint les responsables à en repousser la date de quelques jours. Aujourd'hui, c'est presque chose faite.

Une centaine de militaires de la Force de l’Union européenne (EUFOR) devant assurer la sécurité des réfugiés soudanais dans l’est du Tchad et le nord centrafricain ont commencé à se déployer à N’Djamena et à Abéché. Ces deux villes tchadiennes devant être respectivement la base arrière logistique et le quartier général du Poste de commandement opérationnel de l’EUFOR, une force qui comptera quelque 3 700 hommes. Un déploiement, nous l'avons dit, qui a eu du mal à prendre son envol il y a deux semaines, à cause de la spectaculaire offensive rebelle contre le régime d’Idriss Déby Itno, et qui reprend dans une situation très tendue et fortement fragilisée.

Un déploiement périlleux et une mission devenue encore plus difficile à cause de l’implication directe ou indirecte de militaires français auprès de l’armée tchadienne contre les rebelles lors de la bataille de N’Djaména. Mais osons le dire tout de go : compte tenu du jeu trouble de la France ces derniers temps dans le bourbier tchadien, il ne serait pas de bon ton que les militaires de l'Hexagone soient associés à cette Force européenne.

En effet, le rôle ambigu joué par Paris au temps fort de l'attaque des rebelles (renseignements et appuis logistiques fournis aux hommes de Déby) entache de manière grossière la neutralité de l’EUFOR dans cette zone bouillonnante du continent et ce, depuis 2003.

Comment persuader les rebelles et le reste de la communauté internationale de la neutralité et du rôle essentiellement humanitaire censé joué par cette force quand on sait que la France, dont les éléments constituent le gros de la troupe, a bel et bien mis plus que de raison la main dans le cambouis tchado-tchadien pour sauver le dictateur Déby. Une malheureuse ingérence dont les conséquences, c’est évident, vont, tôt ou tard, finir par déteindre, voire éclabousser toute l’EUFOR.

Déjà, dans chaque camp, on se prépare psychologiquement à d’éventuels affrontements. Les rebelles, comme on le sait, ne sont pas aller par quatre chemins pour dire qu’ils affronteront la force européenne si jamais celle-ci venait à violer les zones sous son contrôle. De leur côté, les responsables de l’EUFOR annoncent qu’ils ouvriront le feu en cas d’attaques rebelles.

Alors la question que l’on se pose n’est pas de savoir si les deux parties vont s’empoigner, mais quand est-ce que ces empoignades auront lieu et quelles peuvent être les conséquences prévisibles de ces affrontements ? Une éventualité qui, si elle se concrétisait, ne ferait que brouiller encore davantage la situation dans cette zone et surtout compliquer le sort des réfugiés. Et les affrontements semblent si inévitables que les rebelles, Khartoum et ses milices sont ouvertement opposés à la présence de l’EUFOR. Dans ces conditions, une petite étincelle est vite produite et le feu a toute la latitude de se propager en semant morts et désolation de part et d’autre.

L’attitude de la France va inévitablement conduire les soldats européens dans un bourbier dont l’issue reste des plus incertaines. Même si la puissance de feu se trouve du côté de l’EUFOR, il n’est pas évident qu’elle sorte indemne d'un combat avec cette constellation nébuleuse de rebelles, véritable serpent à sept têtes. Et l’EUFOR sera fortement compromise voire contestée par l'opinion internationale lorsque les cercueils vont commencer à arriver sur les aéroports occidentaux. En effet, si un tel scénario cauchemardesque se produisait, il est clair que les opinions publiques européennes vont vite réclamer le «rapatriement» de l’EUFOR.

Mais pour l'instant, s'il y a donc quelqu’un qui, à coup sûr, va tirer bénéfice de cette force, c’est bien le président Idriss Déby Itno. Cette force européenne n'est pour lui autre que du pain béni, un bouclier inespéré pour éloigner pour un temps cette rébellion qui lui donne des cauchemars et c’est pourquoi, à peine les canons tus à N’Djamena, il s’est empressé d'appeler à la reprise du déploiement de cette force.

L’EUFOR va donc permettre de stabiliser un régime aux abois en lui accordant un autre suris. Mais à l'évidence, cette force risque fort de se retrouver piégée, coincée entre le marteau et l’enclume, c’est-à-dire entre les manipulations franco-tchadiennes et les menaces des rebelles et de leurs maîtres soudanais, qui tiennent à en finir avec le successeur d'Hissène Habré et son régime vomi.

Avant que les choses ne dégénèrent, Européens  et surtout Français gagneraient à faire pression sur Déby pour obtenir la libération des opposants politiques enlevés aux heures chaudes des combats et gardés, espérons-le, toujours en vie au secret. Un tel dénouement permettrait de décrisper un peu plus l’atmosphère sinon gare à une «vietnamisation» de la situation au Tchad. Les Rangers et autres Delta force américains en savent quelque chose et la France a tout à gagner en poussant Déby à aller vers une véritable démocratisation de son régime, car, rappelons-le, donner le plein pouvoir au peuple reste la seule arme efficace contre les éventuels coups de force et la prise du pouvoir par les armes.

A bon entendeur, salut !

 

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga du 14 février 2008



13/02/2008
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