L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Le PAREN menace de se suicider

Vie des partis

Le PAREN menace de se suicider

Généralement, dans le microcosme politique burkinabè, les partis meurent à petit feu. On a rarement vu que des responsables d’un parti menacent de le dissoudre si certaines réformes politiques n’étaient pas appliquées. Pourtant, c’est ce qui est arrivé pendant la conférence de presse organisée par le Parti pour la renaissance nationale (PAREN) le samedi 1er mars 2008 à Espace Gambidi sis au secteur 28 de Ouagadougou.

L’information donnée par le PAREN samedi dernier à Espace Gambidi est-elle le chant du cygne de ce parti qui a pour fondateur l’inénarrable universitaire Laurent Bado ? On est tenté de le croire même si mille interrogations se bousculent dans nos esprits. En effet, ce jour-là, aussitôt après le point de vue du parti sur les récentes manifestations sur la cherté de la vie au Pays des hommes intègres, cette chute de la déclaration liminaire de l’actuel président du parti, Omar Djiguemdé, a été le principal plat de résistance : « Nous ne devons pas nous leurrer. Nous ne devons pas prendre les symptômes de décomposition sociopolitique pour des signes de santé sociopolitique.

Quoiqu’on dise, le Burkina Faso se trouve dans la situation du pays que guettent simultanément deux crises : une crise sociale grave, si rien n’est fait pour changer notre système et une crise politique passagère si quelque chose est fait pour mettre fin à la monopolisation du pouvoir d’Etat par un seul parti. Mieux vaut la seconde, qui seule, garantit la stabilité, que la première qui instaure une soi-disant paix, qui n’est qu’une paix de cimetière. C’est dans le doute de ce sursaut patriotique que le fondateur du PAREN lui avait conseillé de se suspendre, voire de se dissoudre, pour ne pas servir de faire valoir à une pseudo-démocratie... Mais l’instance dirigeante de notre parti a décidé de surseoir à cette mesure extrême, en poursuivant son combat pour une refondation de la République ».

Et comme conditions pour que le PAREN continue sa lutte politique, le président du parti a cité la concrétisation de cinq réformes, qui vont de l’institution de la carte électorale numérisée avec photo à l’interdiction de toutes sortes de gadgets électoraux avant ou pendant la campagne en passant par l’adoption d’une loi qui donne un statut particulier à la chefferie coutumière qui la tiendra du même coup à l’écart du jeu politique. Cette déclaration qui semble sonner le glas de ce regroupement politique a créé un petit froid dans le rang des journalistes présents dans la salle. Et curieusement, ces derniers qui raffolent généralement du sensationnel se sont aussitôt mués en raisonneurs.

En effet, certains intervenants n’ont pas hésité à qualifier cette possible dissolution du PAREN de défection précoce quand on sait que la lutte politique est une course de fond et non de vitesse. Ils ont même pris l’exemple du parti d’Hermann Yaméogo, l’UNDD, qui, de 17 députés à la législature précédente, se retrouve avec zéro parlementaire à cette présente législature. Malgré tout, ce parti existe toujours et se fait entendre. D’autre part, s’est-on interrogé, les premiers responsables du parti ont-ils mesuré l’impact de cette décision dans l’esprit des militants ? « Oui », a répondu le premier responsable du parti, Omar Djiguemdé. « C’est une décision qui a été bien mûrie. C’est vrai que la vie d’un parti est une course de fond, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut courir à tue-tête. Le PAREN avait prévu la crise qui secoue actuellement le Burkina. Le PAREN a un programme de société original de développement. Si malgré tout la population ne veut pas l’approprier, ce serait mieux de suspendre notre combat politique ».

Bado Laurent est-il un prophète ignoré ?

Ceci est un extrait du testament politique de Laurent Bado, fondateur du PAREN, quand il laissait la place à l’actuel président du parti, Omar Djiguemdé, en juillet 2006. Les propos tenus sonnent comme une véritable prémonition de ce qui risque d’arriver au parti dont la ligne politique est le tercérisme. « ...C’est à la tête de cette nouvelle organisation qu’il y a lieu de placer une équipe dirigeante nouvelle pour un souffle nouveau. J’avais accepté de diriger le parti à sa naissance pour vulgariser son projet de société, sa doctrine et son programme de gouvernement. Au premier congrès de novembre 2002, j’avais averti que je quitterais la direction du parti en 2005 pour deux raisons : la première est que 2005 sera l’année de ma mise à la retraite comme fonctionnaire, retraite que je prendrai dans mon lopin de terre pour préparer la fin de mes jours, d’où la nécessité de me faire remplacer. La deuxième est que l’alternance va de soi dans un parti d’idées ; comme dans les courses de relais, il faut savoir changer les équipes pour éviter l’épuisement fatal.

Aussi, un nouveau président du PAREN et un nouveau bureau exécutif seront désignés pour conduire, sous ma tutelle vigilante, et jusqu’à nouvel ordre, la destinée particulière de ce parti de renouveau africain…Hors de l’Assemblée, le PAREN s’est employé opiniâtrement à regrouper les partis d’opposition. Ses initiatives pour une participation unifiée aux législatives de 2002, pour une coordination de l’opposition (COB), pour une union de l’opposition (OBU), ont connu l’échec...

Il est temps que je me taise, moi qui ai beaucoup parlé dans ma vie, sans doute parce que j’aimais un peu trop le pays qui m’a vu naître, et dont je n’arrivais pas à supporter le classement dans le Mondial socioéconomique en ces temps de nouveaux nationalismes, d’égoïsme des Etats, de volonté de domination et de puissance des nations. En prenant ma demi-retraite politique, je reste habité par la même conviction au moment de mon engagement politique d’il y a six (6) ans : si ce peuple du "yel kabé" et du "ça ira mieux" ne prend pas ses responsabilités, le PAREN emportera dans la tombe le deuil de son suicide, en laissant à la postérité le soin de se disputer les tristes lambeaux de son destin brisé… ».

Issa K. Barry

L’Observateur Paalga du 3 mars 2008



03/03/2008
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