L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Législatives au Togo : Enfin la renaissance démocratique ?

Législatives au Togo

Enfin la renaissance démocratique ?

 

Finis les va-et-vient et les veillées du représentant du PNUD au Togo dans les ateliers de la Manufacture des arts graphiques (MAG), l’imprimerie burkinabè qui a imprimé les bulletins de vote des législatives du Togo, lesquelles ont eu lieu hier 14 octobre 2007. Terminée  aussi la  navette de l’avion qui a convoyé des jours durant les échantillons pour la campagne et les vrais bulletins entre Ouaga et Lomé. Trouvés enfin les 17 milliards nécessaires à l’organisation de ce scrutin. En effet, malgré des couacs souvent de dernière minute tel «l’oubli» de l’impression des bulletins de certains partis, ce qui a occasionné toujours une reprise de tout le  lot relatif à la circonscription concernée, les Togolais sont allés aux urnes pour élire leurs députés. Même les timbres (initiative prise à la dernière minute) à coller au dos de chaque bulletin après le vote, pour éviter les provocations, sont arrivés à bon port

Qui sortira majoritaire de ce scrutin ? Demandions-nous dans notre Regard sur l’actualité du 17 septembre dernier. Avant que les urnes ne délivrent leur verdict, le fait même que ces législatives se soient tenues sans heurts est en soi une première victoire : celle de la démocratie.

En effet, sauf erreur ou omission, depuis des lustres, les Togolais n’étaient pas allés aux urnes avec toutes les formations politiques sur la ligne de départ. Que ce soit en février 1994, où l’un des principaux partis de l’opposition, le Comité d’action pour le renouveau (CAR), avait obtenu la majorité, ou en 1998, autre grand rendez-vous électoral, de nombreux partis qui comptent sur l’échiquier togolais ont été aux abonnés absents, car, arguaient-ils, le jeu était plié  d’avance. Il est vrai qu’à l’époque avec le RPT d’Eyadéma, il était difficile à l’opposition de se frayer son petit bonhomme de chemin.

Assiste-t-on à une renaissance démocratique dans ce pays ? On est tenté de répondre à la question par l’affirmative pour peu que l’on observe la métamorphose politique opérée depuis la mort le 5 février de la figure tutélaire du Togo de ces 40 dernières années :

- élection certes controversée de Faure Gnassingbé le  26 avril 2005 ;

- reprise du dialogue entre les protagonistes de la scène politique ;

- surtout signature de l’accord global politique(APG) le 20 août 2006 à Lomé sous la supervision du facilitateur, Blaise Compaoré ;

- suivi minutieux de l’esprit et de la lettre de cet APG avec pas moins de 8 sessions à Ouagadougou avec le facilitateur afin d’aplanir les divergences, qui étaient nombreuses tant la confiance était la chose la moins partagée dans cette classe politique.

Ce qui a accouché de conditions satisfaisantes pour tout le monde avec une CENI indépendante, une carte d’électeur avec photo numérisée… N’empêche, jusqu’à la dernière minute, on a craint que survienne une panne grave qui hypothéquerait le scrutin. Dieu et aussi la sagesse des Togolais ont conjuré cette crainte et ainsi, du 29 septembre au 13 octobre 2007, on a assisté d’abord à une campagne électorale policée, où il y a eu des joutes oratoires soit, mais qui tranchaient avec les menaces et humiliations, lesquelles étaient monnaie courante jadis.  Des quartiers réputés «zones rouges» pour certains partis ne le sont plus, idem à une plus grande échelle pour les circonscriptions électorales.

Qui pouvait imaginer il y a quelques années de cela que des militants de l’UFC, le parti de l’opposant historique, Gilchrist  Olympio, tiendrait un meeting au quartier ADEWI ou à DOUMASSE-TOKOIN, surnommé «Harlem», fief des Kabbyè, l’ethnie d'Eyadéma ? Et pourtant, cela s’est fait, même qu’il y a eu des raouts politiques à KARA, ville natale de la dynastie des Gnassingbé, située au nord du pays.

De même, quel quidam du RPT aurait osé jadis organiser un quelconque rassemblement au quartier Bè, à Lomé, fief des  «ufcistes» ? Des faits pourtant observables à cette campagne électorale.

Dans l’ensemble, en attendant les appréciations des observateurs de tout genre, chacun trouve que tout s’est relativement bien déroulé à ces législatives. Il n’est pas jusqu’aux activistes des droits de l’homme qui n’aient donné leur blanc seing à ce scrutin, eux qui, jusque-là, ne venaient au Togo que pour compter les cadavres ou les déplacés  victimes de violences en politique.

Il faut donc se féliciter de la tenue de ce scrutin plus que majeur, car d’abord il ouvre de nouveaux horizons à la classe politique, dont on espère que, toutes tendances confondues, elle va accepter  les résultats issus des urnes. C’est vrai que l’enjeu de ce vote est connu : si l’opposition, notamment l’UFC et ses alliés,  décroche la timbale, c’est-à-dire  la majorité des 81 sièges à pourvoir,   le chef de l’Etat,  Faure Gnassingbé, sera  obligé de s’affubler  d’un premier ministre issu de ses rangs, mais, à l’inverse, si c'est son parti, le RPT, qui s'en tire avec  une majorité confortable, Eyadéma fils  pourra gouverner avec «son» Premier ministre.

L’autre enjeu de taille de ce vote est économique : la tenue de ces législatives met définitivement fin au sevrage du pays par l’Union européenne (UE), qui avait cessé sa coopération avec le Togo pour cause de déficit démocratique. Avec ces législatives, le Togo vient de remplir le  22e  et dernier engagement, souscrit en 2003 avec l’UE, et la voie semble donc ouverte pour une reprise intégrale de la  coopération avec les 27 pays de l’UE. Il ne restera alors aux Togolais qu'à se mettre résolument au travail pour faire réémerger l'ex-Suisse de l'Afrique, qui a tant souffert et ne demande qu’à être reconstruite.

 

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga du 15 octobre 2007



15/10/2007
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