L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Législatives au Togo : Le calme mais aussi le couac des timbres

LEGISLATIVES 2007 AU TOGO

Le calme mais aussi le couac des timbres

Le dimanche 14 octobre 2007 était jour d’élections au Togo. Ce sont environ 3 millions d’électeurs qui sont allés à l’assaut des urnes de 30 préfectures en plus de la commune de Lomé érigées en circonscriptions électorales. Ils porteront leur choix sur les candidats de 31 partis politiques et candidats indépendants qui briguent les 81 sièges de députés à l’Assemblée nationale.

Tout a débuté normalement en cette matinée dominicale ensoleillée. Sur toute l'étendue du territoire national, les bureaux de vote ont ouvert à 7h pour fermer à 17h en vue de faire place au dépouillement. Faure Essozimna Gnassingbé, le chef de l'Etat togolais, a glissé son bulletin dans l'urne d'un bureau de vote installé à l' école du camp général Eyadéma, appelé aussi RIT. Il s'est dit optimiste quant au bon déroulement du scrutin, avant d'appeler ses concitoyens à aller massivement voter. De Kouvé son village natal où il a voté, Me Yaovi Agboyibo, le Premier ministre togolais, a lancé le même appel tout en relevant déjà l'affluence exceptionnelle observée pour ces législatives anticipées. Abass Bonfo, le président de l'Assemblée nationale a, quant à lui, accompli son devoir civique à Bassar chez lui.

A Lomé, la capitale où règne en maître l'Union des forces du changement, suivie de près par le Rassemblement du peuple togolais (RPT) qui bénéficie d'une grande popularité à l'intérieur du pays, notamment au nord, toutes les couches socio-professionnelles sont sorties très nombreuses.

Comme lors de la campagne électorale, l'ambiance dans les bureaux de vote ressemblait à celle d'une grande fête pour laquelle certains se sont d'ailleurs endimanchés.

Même souffrante, une dame-elle a requis l'anonymat-n'a voulu, pour rien au monde, manquer l'appel. Au lycée de Tokoin où elle a voté, ils étaient nombreux dans son cas à venir s'aligner dans de longues files d'attente. Les plus rusés ont même fait réserver leur place.

Des électeurs malheureux ont longtemps erré aussi, à la recherche de leurs noms et photos sur les listes électorales. Même s'ils ne les retrouvent pas, ils pourront voter car des dispositions ont été prises pour les votes spéciaux, en l'occurence les votes par procuration et ceux des électeurs omis . Au centre de vote de l'école primaire catholique Notre-Dame des apôtres d'Amoutivé, même affluence, même effervescence. C'est du reste dans ce centre, au bureau de vote F, que devrait voter le candidat n°475, Gilchrist Olympio, leader charismatique de l'UFC.

Rupture de timbres à Lomé

Dans la matinée, et ce jusqu'à 15h, nous l'avons attendu en vain. Pourra-t-il seulement voter ? Si oui, à quelle heure ? Ces interrogations d'un militant UFC étaient légitimes. Dans une colère qu'il partageait avec des centaines d'électeurs dépités , le jeune homme vocifère. Quand nous avons tendu l'oreille, c'est pour comprendre que les timbres apposés sur le dos des bulletins de vote pour certifier leur authenticité étaient finis. Deux présidents de bureau de vote de ce centre avaient prévenu que le manque de ces vignettes entraînerait systématiquement l'arrêt de l'opération de vote.

C'est ce qui est arrivé. Et ceux-ci ne comprennent pas pourquoi ont été positionnées 350 vignettes pour des bureaux de vote qui enregistrent au moins 600 électeurs chacun. Dans les quartiers de la Poudrière, de Bê, de Saint-Augustin, d'Amoutiévé, c'est la même situation, crient ensemble les électeurs qui ont assailli un homme qui a vite décliné sa responsabilité dans l’affaire : "Je suis venu constater pour aller rendre compte à la CENI." Tous les 5930 bureaux de vote répartis sur tout le territoire national vivent-ils la même difficulté ? Le téléphone collé à l'oreille droite, Jean Pierre Fabre, secrétaire général de l’UFC, laisse entendre que la rupture est presque générale à Lomé, où il est en tête de liste de son parti. Il fulmine : "L’UFC a toutes les chances de remporter ces élections mais avec la pagaille dans laquelle elles se déroulent, je ne sais même pas ce qu’il va en advenir". Pour lui, cette pénurie de vignettes est loin d’être fortuite. Il explique : "Ce n’est pas une défaillance de l’organisation puisque le nombre de timbres attribués à la commune de Lomé est supérieur à celui des électeurs. Il s’agit donc d’une pénurie organisée par ceux qui n’ont pa voulu qu’on utilise le système des signatures." Jean Pierre Fabre : "C’est déjà la fraude et je ne vais pas féliciter les auteurs de cette proposition de collage de vignettes sur les bulletins parce que là on se retrouve avec une pénurie de vignettes alors qu’on ne pourrait pas avoir de pénurie de signatures. "Le SG de l’UFC enrage davantage au milieu de nombreux militants qui l’ont entouré et renchérissaient sur ses propos. En clair, avec tout le temps perdu , les bureaux de vote ne devraient pas fermer à 17 h. "C’est impossible maintenant, on doit trouver une solution et continuer les élections jusqu'à minuit," a proposé Jean Pierre Fabre, ovationné par des militants de l’UFC, dans un air de meeting électoral. Mais est-ce raisonnable de fermer les bueraux de vote à minuit ? "On a déjà vu ça dans ce pays", a martelé le SG du parti d’opposition.

Pourtant, peu avant la rupture des vignettes apposées sur la partie supérieure des bulletins, Fiona Hall, la chef de mission de l’observation électorale de l’Union européene, a apprecié à raison, le calme et la discipline dans lesquels se déroulaient ces législatives anticipées. Du reste , l’institution pour laquelle Fiona Hall travaille a exigé des autorités togolaises des élections claires et transparentes pour reprendre avec ce pays des relations de partenariat.

Recours aux signatures

La CENI a maintenu l’heure de fermeture des bureaux de vote à 17h tout en demandant à leurs membres de collecter les cartes des électeurs qui sont toujours dans les files d’attente. De plus, en lieu et place du timbre d’authentification , la CENI autorise deux membres de vote tirés au sort à apposer leur signature au dos du bulletin. Finalement, on revient à la proposition initiale des partis de l’opposition.

A l’occasion du dépouillement des votes, la CENI demande aux membres des bueraux de vote de valider les bulletins avec timbres d’authentification, les bulleins avec signatures et même les bulletins sans timbres ni signatures. Cette décision pourrait sauver la situation mais laisse perplexe plus d’un électeur, surtout ceux de l’opposition qui voient déjà là des prémices de fraude. A l’heure où nous finissions ce papier, soit 19 h TU, des bureaux de vote ont commencé le dépouillement alors que d’autres étaient toujours ouverts. Une réunion de crise se tenait dans le même temps à la Primature, entre les différents acteurs aux élections.

Si le couac de la pénurie de vignettes est transcendé et que les résultats des elections sont acceptés par tous, le Togo aura réussi ce premier vrai test dans son ouverture démocratique. Car, plus de 40 ans après, c’est la première fois que des élections connaissent la participation de tous les partis politiques. Ce n’est pas l’UFC de Gilchrist Olympio qui dira le contraire, elle qui depuis 17 ans n’a pu prendre part à un scrutin. En rugby, on aurait dit que Faure E. Gnassingbé et le Togo ont déjà transformé le premier essai. Il leur reste maintenant à maintenir ouverte cette fenêtre démocratique qui devrait remettre le Togo en bonne place sur l’echiquier des nations citées en exemple de développement.

Dans nos prochaines editions, nous reviendrons plus en détail sur ces législatives anticipées, notamment avec la campagne qui les a précédées et les premiers chiffres officiels.

Par Morin YAMONGBE Envoyé spécial

Le Pays du 15 octobre 2007



15/10/2007
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