L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Concours de la Fonction publique : Retards, désordre et menaces verbales

Concours de la Fonction publique

Retards, désordre et menaces verbales

 

Malgré les assurances données par les premiers responsables du ministère de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat (cf. entretien du secrétaire général dans notre précédente édition) sur la poursuite normale des concours directs, après le désordre indescriptible du 6 août, les désagréments se vivent toujours sur le terrain. Hier dans le sous-centre de l'école Sud à Kamsaoghin, le manque de surveillants et l'absence du président    ont pollué l'atmosphère et mis les examinateurs sur leurs nerfs.

 

Ecole Sud de Kamsaoghin, il est 10 heures ce mercredi 8 août 2007. Les candidats au concours direct pour le recrutement des assistants en sciences et techniques de l'information et de la communication, section programme, attendent les épreuves. Dans la première salle qui nous accueille, la moitié des candidats, las  d'attendre,  se tapent un petit somme la tête entre les bras appuyés sur les tables-bancs.

Le seul surveillant devant cette salle nous confie qu'il y a des classes sans surveillants et que le président du sous- centre est absent.

A la deuxième salle, le surveillant préfère nous éconduire pour, dit-il, sauver l'avenir de ses enfants.

"Si vous pouvez m'excuser, ça va beaucoup m'arranger. Vous êtes au courant des problèmes et vous voulez m'obliger à parler", s'emporte-t-il. Les candidats, qui suivent notre conversation, commencent à crier. Pour les calmer, nous leur adressons un "bonjour les futurs confrères et consœurs !".

 

Je n'ai pas votre temps

 

C'est ce qu'il fallait pour détendre l'atmosphère. "Si c'est pour parler  des difficultés, il y a de la matière pour remplir 300 pages", nous lance l'un d'eux avant que tous  ne disent en chœur : "Les responsables de cette pagaille doivent démissionner".

Du coup notre surveillant rétif commence à s'intéresser à nous et sa langue se délie : "Je suis enseignant depuis 25 ans, j'ai commencé avant la révolution et j'ai survécu à celle-ci. Je n'ai jamais vu une telle inorganisation : ils savent qui est compétent pour organiser les concours. Il n'y a pas de désordre dans les examens. Le président de ce sous-centre est parti en mission ; c'est celui qui l'a nommé qui l'a envoyé en mission... moi, je n'ai rien à dire". Au secrétariat, on s'active à sauver ce qui peut l'être. Le plus actif, qui semble jouer le rôle de président  par intérim, un certain Roger, nous lance à la figure : "Je n'ai pas votre temps". Mais il faut bien plus pour décourager l'équipe. 20 minutes après, nous revenons donc à la charge pour lui demander si on peut parler au président ou, s'il est absent, à son intérimaire.

"C'est la deuxième fois que je vous parle. Ça suffit", nous lance-t-il d'un ton sentencieux. Désormais notre conviction est faite, ce monsieur, pas commode pour un sou, n'est pas notre interlocuteur.

Grâce à la bienveillance du gendarme de service, nous poursuivons le pied de grue. A 10 h 30 mn, le superviseur des sous-centres, Alain Ouali, arrive dans un véhicule 4x4 et notre espoir d'avoir enfin un interlocuteur attentif renaît.

 

Allez écrire que je suis venu en retard

 

Il désigne "Roger  le boudeur" comme président par intérim et déploie les membres du secrétariat dans 3 salles qui n'avaient pas de surveillants. Nous demandons au superviseur la raison de l'absence du président. La réponse ne se fait pas attendre : "Le président est absent parce qu'il a eu un cas malheureux ; allez-y, écrivez que je suis venu en retard !". Une grande désillusion pour nous qui pensions avoir affaire à un responsable qui communique. Visiblement, la bonne humeur est contagieuse par ici. Mais le pire était à venir. Nous lui demandons le nom du président par intérim puisque celui-ci  refuse de nous parler. "Il s'appelle Roger, mais j'ignore son patronyme". C'est là que Roger, qui n'avait pas desserré les dents, consent de nouveau à ouvrir la bouche : "Je m'appelle Roger tout court".

Notre photographe ne veut rater aucune image de la scène, mais le superviseur appelle le gendarme pour qu'il intervienne. Ce dernier arrive et garde son calme. Ce que ne semble pas apprécier Alain Ouali, qui s'adresse en ces termes au pandore : "Je vous prends à témoin, si on passe ma photo dans le journal, je les attaque en Justice". A vos ordres, mon colonel !

Absurde ! Qu'est-ce qui peut bien amener un responsable à se braquer gratuitement  contre de simples  journalistes comme si c'est eux qui étaient responsables  des désagréments ? Notre péché, c'est de vouloir informer l'opinion, et ce, dans le strict respect de nos interlocuteurs. Peut-être que c'est parce que nous "écrivons beaucoup", comme nous a laissé entendre dans un large sourire un des surveillants.

 

C'est une autre forme de sélection

 

Qu'à cela ne tienne, les candidats à leur sortie, comme pour compatir à la situation de leurs futurs confrères, apprécient notre travail. Bakayoko Saïdou : "Je salue L'Observateur Paalga qui, depuis le début, a dénoncé l'inorganisation. Il y a tout un monde qui fourmille au ministère, mais on ne sait pas ce qu'il fait ; ça, c'est une démission de l'Etat". Et Ouédraogo Nadège d'enfoncer le clou : "Je trouve que l'organisation est défaillante ; depuis 6 heures nous sommes là pour que l'appel commence à 10 heures. C'est une autre forme de sélection qui consiste à entamer le moral des plus faibles et à déconcentrer bien de candidats". Face à l'errance des candidats, baladés de centre en centre pour pouvoir composer, Karim Zoma a tout simplement qualifié l'organisation de calamiteuse, et fait remarquer que c'est l'image de tout un pays qui en pâtit.

Organiser des concours pour plus de trois cent mille (300 000) postulants n'est certainement pas une tâche aisée. Mais à voir ces jeunes courir désespérément après l'emploi, il est d'une nécessité impérieuse de travailler à alléger leurs souffrances. C'est le devoir de toute la communauté nationale, et il ne saurait y avoir d'excuse absolutoire  à cette situation déplorable.

 

Abdou Karim Sawadogo

Emile Gandéma (stagiaire)

L’Observateur Paalga du 9 août 2007



08/08/2007
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