Les confidences du Kupiendiéli
Les confidences du Kupiendiéli
Le samedi 28 avril, nous étions au palais de sa Majesté Kupiendiéli. Il était midi et il venait de rentrer d'un meeting à bord de sa rutilante 4x4, dont l'a doté son parti, l'ADF/RDA.
Avec le Numbado (1), nous avons parlé de la campagne, mais aussi de quelques sujets discrets.
Comment se passe la campagne ?
• La campagne se passe bien. Elle se passe comme on l'aurait souhaité. Il n'y a pas eu d'incidents à ce jour, et chacun des combattants continue d'affûter ses armes. Nous mettons en place notre petite stratégie, car nous savons que seule la vérité des urnes compte. Mais j'avoue qu'il y a un hic, car nous craignons beaucoup la fraude. Sinon, les moyens de nos adversaires d'en face ne nous font pas peur. Moi, je ne comprends pas mes adversaires politiques lorsqu'ils font tant et tant de promesses ; moi, je ne fais aucune promesse, mais, à ce jour, j'ai déjà réalisé deux forages sans pour autant le crier sur tous les toits, même sans être encore député.
A votre accession au trône, vous aviez promis de vous désengager de la politique partisane. Qu'est-ce qui vous a fait changer de voie ?
• C'est pour relever un défi que je suis entré en politique ; j'ai constaté que certains hommes politiques de la région contestaient mon autorité : il y a quelques années, j'ai nommé un chef, celui de Diapangou (NDLR: département situé à une vingtaine de kilomètres de Fada sur l'axe Ouaga-Fada), et cela n'a pas plu à certains hommes politiques ; un mois après, le CDP a mandaté Justin Tiéba Thiombiano (NDLR : ancien ministre des Postes et Télécommunications et ressortissant de la région) pour venir nommer un autre chef à Diapangou. La volonté de me combattre était évidente, et j'en ai pris acte.
Pourtant, l'on pensait que vous étiez du parti majoritaire, le CDP !
• Je n'ai jamais été au CDP à l'époque, j'étais plutôt au PDP/PS, mais lorsque je nomme un chef, je ne cherche même pas à connaître sa couleur politique. J'ai quitté ce parti parce qu'étant roi, je ne voulais plus faire partie d'une formation politique quelconque.
Il semble que Charles Bila Kaboré (NDLR : ancien ministre et père de Roch Marc Christian Kaboré) même est venu vous voir pour vous dissuader de vous porter candidat à la députation en 2007.
• C'est vrai. Il est venu me voir, en effet, car nous nous connaissons bien depuis longtemps. Il a été mon témoin de mariage en 1957. Charles Bila Kaboré est venu après une démarche entreprise par le député Moussa Boly. Ils m'ont demandé de ne pas faire acte de candidature. Mais j'avais suffisamment enduré des choses que je ne pouvais plus accepter de faire marche arrière. Ma décision était donc prise d'être candidat. Malgré cela, j'ai laissé la porte ouverte en cherchant à rencontrer le président Blaise Compaoré, sans avoir toutefois eu une suite à ma demande d'audience jusqu'à ce jour.
Pensez-vous avoir les moyens de vous faire élire au soir du 6 mai ?
• Je n'ai pas les moyens de faire une grande campagne, car je ne m'étais pas préparé à cela, mais je reste confiant.
Vous avez aussi promis une pluie pour le 6 mai ; que ferez-vous s'il ne pleut pas ?
• C'est un souhait et je m'emploierai à demander cette pluie-là.
Est-ce que ce ne serait pas gênant pour vous, qui êtes un si grand roi, si, au soir du 6 mai, vous n'étiez pas élu ?
• Etre député, ce n'est pas une question de vie ou de mort. Je ne veux pas, à tout prix, être député. Je veux tout simplement relever un défi. Etre élu ou pas se trouve entre les mains de Dieu.
Boureima Diallo
L’Observateur Paalga du 2 mai 2007
Note :
(1) C'est ainsi qu'on appelle tout roi du Gourma en gulmancema.
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