L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Les Ghanéens vont-ils encore gâter le coin demain ?

Lettre d’Accra

Les Ghanéens vont-ils encore gâter le coin demain ?

 

Depuis le 20 janvier 2008, notre  grand voisin, le Ghana, accueille la 26e édition de la coupe d’Afrique des nations de football.

Les Etalons du Burkina Faso n’étant pas qualifiés pour cette phase finale, le ministère des Sports et des Loisirs a tenu à ce que des journalistes burkinabè ne soient pas absents à cette CAN surtout qu’elle a lieu à nos portes. Ceux-ci, au nombre de neuf, sont au Ghana depuis le 19 janvier dernier. Je fais partie du groupe qui a quitté Ouaga le 18 janvier à 7 heures 30 pour Accra à bord d’un car du ministère de l’Administration territoriale.

 

On tenait à rallier la capitale ghanéenne le même jour quelle que soit l’heure. Notre souci était d’arriver tôt pour avoir des badges avant la cérémonie d’ouverture. Il fallait donc rouler en évitant au maximum les escales inutiles. Mais la chose à laquelle on n’avait pas du tout pensé, c’est d’avoir les ennuis pendant notre voyage. Et c’est ce qui allait arriver à l’entrée de Noberé, situé à une quarantaine de kilomètres de Pô. Heureusement pour nous que cela ne s’est pas passé dans un endroit désert. Le pneu droit avant a éclaté pendant que le chauffeur, Rahim Ouédraogo, roulait à vive allure. Le bruit du pneu a réveillé ceux qui dormaient à poings fermés.

On a tous eu peur et quelqu’un a plaisanté en disant que ce n’était pas le moment de se réveiller au ciel. Sans paniquer, le conducteur a réussi à quitter la voie pour s’immobiliser sur le bas côté de la chaussée. Il a sorti une roue de secours et à l’aide de quelques jeunes, qui conversaient à côté d’un kiosque, on a rapidement remplacé l’autre, qui était déchiré. Pour ne pas  les laisser comme ça comme on dit, j’ai demandé la contribution de chacun. C’est en tout 1200 FCFA que les jeunes gens ont reçu des voyageurs. Ils nous en ont remercié en nous souhaitant bonne chance.

 

Méfiance à Dakola

 

A Dakola, les formalités policières se sont passées sans problème de même qu’à la frontière ghanéenne, où on a mis au moins une heure. Pendant que le chef de mission du service de la communication du ministère des Sports et des Loisirs, Sylvain Zingué, s’occupaient des papiers, nous avons profité de ce laps de temps pour faire le change.

Le Ghana a remplacé ses anciens cedis par de nouveaux billets et de nouvelles pièces. Ne comprenant rien à ce que nous débitaient les cambistes, nous étions à la fois méfiants et désorientés. Par mesure de précaution, certains ont échangé 10 000 et d’autres jusqu'à 20 000 FCFA, histoire de se nourrir en route avant de voir clair. Ce qui m’a frappé, c’est qu’on ne se retrouve plus avec un paquet de billets encombrant qui faisait de vous un faux millionnaire mais avec une petite somme faite des coupures de 20, de 10, de 5 et de 1 cedis. Pour échanger une somme en CFA, il faut partir de l’ancien billet cedis et revenir à un autre mode de calcul pour être situé. Bonnes gens, je vous avoue que c’est compliqué, tout ça, à tel point qu’on discutait un peu pour ne pas laisser penser que nous sommes des gens qui sortent du Burkina pour la première fois.

On a repris la route sans oublier que nous n’avions plus une autre roue de secours.

A Bolgatanga, nous cherchons en vain un pneu. Nous décidons alors de voir du côté de Tamalé, que nous atteignons vers 14 heures sans encombre. Nous avons passé plus de  quatre heures dans la ville sans trouver le même pneu. C’est à la sortie de la bourgade où est basée le groupe D (Tunisie, Sénégal, Afrique du Sud et Angola), qui entre ce mercredi 23 janvier 2008 en lice, que nous avons enfin trouvé cette fameuse roue. On pouvait donc tranquillement continuer notre chemin sans la moindre crainte. On était à 815 km d’Accra. A l’heure qu’il faisait, il nous était impossible d’arriver à Accra à 20 h comme nous l’avions calculé.

 

La scène du feu

 

Le car s’étant remis en route, nous avons traversé des villages et des villes où il y avait une animation particulière. Des enfants, des femmes et des hommes à notre passage avaient mis du feu dans les broussailles. On courait même dans tous les sens avec des pailles allumées. Dans le car, on s’interrogeait sur les raisons d’une telle scène de joie, qui était dangereuse. Est-ce une tradition qu’on était en train de faire revivre dans cette partie du Ghana ?  

C’est à 22 h que nous sommes arrivés à Kintampou, un grand carrefour connu par tous ceux qui empruntent cette voie. A cette heure, on se croyait en pleine journée. Il y avait du monde comme si on était à une fête foraine. On nous a dit qu’à n’importe quelle heure, on peut trouver de quoi satisfaire sa faim. Et effectivement, la chose est vraie. On s’est fixé une heure pour permettre à chacun de trouver son compte et se dégourdir les jambes. On se retrouve après et au moment de monter dans le car, nous trouvons le chauffeur en train de dormir comme une marmotte. Nous le réveillons et à la sortie de  Kintampou, il nous fait savoir qu’il est fatigué. Rahim a raison, puisque sur ce tronçon les routiers se remplacent. Il est seul et malgré sa bonne volonté, nous avons compris qu’il avait besoin de repos. On passe la nuit dans un village. Au petit matin, nous quittons les lieux et c’est à 8 h 35 que nous arrivons à Kumasi. Il nous reste plus de 200 kilomètres à parcourir. En route pour la capitale, la scène du feu ne cesse de me tourmenter. Cela m’a rappelé le diwali en Inde mais c’est tout à fait différent. Alors qu’est-ce que cela peut bien être ? J’ai cherché dans les lectures que j’ai faite à comprendre la scène du feu, mais peine perdue.

De l’endroit où je suis assis, j’aime bien voir la route. Elle est large et on roule sans rencontrer des crevasses. Au fur et à mesure qu’on change de direction, je me demande si je suis vraiment au Ghana. Je suis impressionné par l’architecture. Le pays a été vraiment construit. Le relief est beau à voir est me rappelle beaucoup de choses. Le climat est doux. Des palmiers, des bananeraies, des cocotiers défilent devant moi. C’est le pays de Kwamé N’Krumah, ce grand homme qui est entré dans l’histoire comme l’autre. Aujourd’hui, il est comme Gandhi en Inde et on le vénère. Ce qui veut dire que la tombe n’était pas sa demeure, mais le cœur des humbles. Nous arrivons à Accra vers  13 h au moment où j’étais absorbé dans mes réflexions. C’est la première fois que je viens à Accra. A l’entrée  de la ville, qui est en chantier, il y a des bouchons. Un échangeur est en construction. Au-dessus d’un immeuble flottent les drapeaux des pays participant à la CAN.  Nous avons traîné avant de prendre la direction du centre-ville.

 

Mme Roch Kaboré était au stadium

 

C’est à Victory hôtel LTD que nous sommes descendus pour un séjour de trois jours.

Les chambres avaient été réservées par un jeune Burkinabè venu pour des vacances à Accra. C’est un ami de Zingué. Si certains ont opté pour une chambre à deux, d’autres par contre ont préféré rester seuls. Dieu seul sait si les prix étaient abordables et puis, à partir du moment où on était là il fallait bien se loger. C’était la veille de la cérémonie d’ouverture, c’est-à-dire le 19 janvier 2008. Le dimanche matin, on se rend au centre de presse dans l’espoir d’avoir des badges, mais impossible. On nous dit de repasser le lundi 21 janvier à 11 h.

A quelques heures de l’événement, tout était compliqué et il fallait se rendre immédiatement au stadium pour voir si nous pouvions acheter des tickets. A notre arrivée en ce lieu, il y avait un monde fou. On gare quelque part et on cherche les guichets. Nous rencontrons par hasard l’épouse du président de l’Assemblée nationale du Burkina, Roch Marc Christian Kaboré, dans une voiture qui se dirige vers une des portes officielles. Son chauffeur étant dans le rang, nous profitons de l’occasion pour la saluer. Elle descend la vitre de sa voiture et nous répond gentiment sans savoir réellement qui nous sommes. Nous nous présentons et lui expliquons pourquoi nous sommes là. Avec le mouvement de foule qui devenait de plus en plus grandissant, nous n’avons pas voulu la retenir longtemps. Nous nous éloignons. On se renseigne auprès de tous ceux qui passent, mais on nous fait savoir qu’il  n’y a plus de ticket en vente. On pensait l’avoir au marché noir, mais là aussi il n’y avait plus rien. J’ai compris pour ma part que ce match Ghana # Guinée allait se jouer à guichets fermés. Nous rebroussons chemin à l’exception de trois d’entre nous, qui avaient  des tickets dont deux ont été offerts par le DG de la SONABEL, Salif Lamoussa Kaboré, que nous avons rencontré à Tulip hôtel, où la CAF a installé son quartier général. Il était avec l’ex-président de la Fédération burkinabè de football (FBF) Seydou Diakité et Alpha Barry. Après concertation, nous avons remis un des tickets au doyen du groupe, Siméon Domboué de Radio Bobo, et l’autre à Jérémie Nion de Sidwaya Sports.

Quant au troisième billet, notre confrère Antoine Battiono des éditions Le Pays l’a obtenu grâce à ses relations. De retour à Victory, les autres ont suivi la rencontre à la réception ou dans leurs chambres.

 

La rue Adabraba

 

Après la victoire des Black Stars sur le Syli National (2-1), Accra était en ébullition. On a chanté, dansé et glorifié les poulains du sélectionneur national, Claude Le Roy. La rue Adabraba, qui est un peu comme l’avenue Kwamé N’krumah à Ouagadougou, était prise d’assaut par des supporters venus faire la fête. On sifflait partout avec des instruments de toutes sortes, le tout dans un bruit assourdissant. La bière a coulé à flots. On n’a presque pas dormi cette nuit-là pour oublier peut-être le mauvais souvenir de 2000, où la sélection ghanéenne avait été battue en match d’ouverture par le Cameroun.  Des véhicules ne cessaient de klaxonner et on voyait leurs occupants agiter des drapeaux aux couleurs de leurs pays.

Demain jeudi 24 janvier, ils seront encore nombreux à déserter les bureaux vers midi avec un enthousiasme démesuré pour aller pousser les leurs à la victoire face aux modestes guerriers de la Namibie, que les Lions de l’Atlas ont dévorés sans pitié le lundi dernier. Ce Black Stars a du cœur et veut tenir la route. Nous ne serons pas au stadium  pour assister à son deuxième match, puisque nous avons quitté Accra hier mardi 22 janvier pour Kumasi. Notre séjour est de cinq jours et nous n’avons plus rien à faire ici. Il faut bien partir, puisque d’autres tâches nous attendent à Ouaga. Les chefs n’aiment pas voir leurs éléments ne rien faire quand ils sont  à l’extérieur.

 

L’explication de la scène du feu et du diwali

 

Avant de quitter l’hôtel, j’ai eu l’explication de la scène du feu : chaque année, à pareille période, on allume les feux pour saluer la nouvelle année et éloigner le sort. C’est une tradition que les anciens ont léguée et il faut la perpétuer. J’ai su cela grâce à une fille guinéenne du nom de Kadiatou Camara. Elle travaille à la réception et parle bien le français. Elle est venue apprendre l’anglais au Ghana. Cela fait cinq ans qu’elle est là et elle a fini ses études. Kadiatou compte rentrer en Guinée en 2009. Elle m’a dit qu’elle a fait l’informatique et le management. Quand le Syli National est tombé face aux Black Stars, elle était triste.

Le diwali, lui, on le fête chaque année en Inde avec des couleurs et un peu de feu et on espère gagner le cœur de sa mie. On fait des projets et si un soupirant met une poudre sur le front de celle avec qui il veut faire sa vie, cela signifie qu’elle ne doit plus regarder un autre homme. Bon vent disait avec tristesse, dans le Lit à colonnes, qu’il faut se battre pour celle qu’on aime. Mais lui, il n’a pas été heureux parce qu’il vivait dans l’ombre  loin d’une fille qu’il aimait et qui ignorait son existence.

J’aime bien le diwali à la scène du feu et cela, pour une culture qui m’est propre…

 

Justin Daboné

L’Observateur Paalga du 23 janvier 2008



23/01/2008
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