L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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"Ma dernière CAN..."

Losséni Paré (arbitre asistant international

"Ma dernière CAN..."

A la 26e CAN, qui s'est déroulée du 20 janvier au 10 février 2008, la silhouette de l'arbitre assistant international burkinabè Losseni Paré n'est pas passée inaperçue. Il a officié lors des matchs Maroc#Namibie du groupe A à Accra, Tunisie#Afrique du Sud du groupe D à Tamalé et Egypte#Zambie du groupe C à Kumasi. Ses différentes prestations lui ont valu d'être retenu pour le second tour de la CAN, même s'il n'a pu arbitrer de match, alors qu'un bon nombre d'arbitres sont rentrés chez eux. Afin de comprendre pourquoi Losseni Paré n'a pas officié de match au 2e tour, nous avons échangé avec lui et sur bien d'autres sujets. C'était à quelques heures de la finale Egypte#Cameroun, alors qu'il faisait ses valises pour regagner le Burkina.

Comment avez-vous vécu cette CAN 2008 au Ghana, précisément les matchs pendant lesquels vous avez officié ?

Je l'ai agréablement vécue, surtout que c'est ma dernière CAN, vu que je prendrai ma retraite en 2009. Elle m'a permis, une fois de plus, de retrouver mes collègues, notamment, l'élite de l'arbitrage africain. Tout arbitre qui participe à une phase finale d'une telle compétition a le droit d'officier lors de certains matchs. En tant qu'assistant, j'ai eu la chance de faire les 3 journées, à raison d'un match par journée. Il faut mettre tous les matchs sur le même pied d'égalité, sauf que là, ce ne sont pas des clubs mais des équipes nationales qui s'affrontent. Cela exige beaucoup de disponibilité, de concentration et de savoir-faire. Nous avons saisi cette opportunité pour démontrer notre savoir-faire et notre expérience en la matière, parce qu'on ne devient pas arbitre d'élite en un jour. A mesure que l'on avance dans la compétition, la sélection devient un peu plus difficile parce que d'autres critères entrent en ligne de compte.

Quels sont les critères qui président au choix des arbitres pour le second tour de la compétition ?

Je les ignore, mais je sais par exemple que pour les équipes qualifiées au second tour, il est difficile de retenir des arbitres de ces pays, simplement parce que cela rendrait complexe la suite de la compétition. Au-delà de cet aspect qui compte et élimine certains arbitres, il y a également les notes qui importent, mais je ne vais pas m'y hasarder. Les Etalons du Burkina n'était pas au Ghana, mais j'ai sans doute fait du bon boulot pour mériter de rester jusqu'au second tour.

 

Mais vous n'avez pas officié de match à cette phase...

C'est une situation qui s'explique par le fait qu'il y a eu un certain nombre de pays de notre sous-région qualifiés pour le second tour, et cela a diminué nos chances. Je n'étais pas le seul dans le cas, puisqu'il y avait en plus l'assistant togolais et le Béninois Bonaventure Coffi Codja qui offiera lors de la finale ce soir (ndlr : l'entretien s'est déroulé le 10 février 2008, quelques heures avant la finale, juste au moment où Coffi Codja et ses assistants se rendaient au stade). On ne pouvait pas nous retenir, de peur que les décisions que nous prendrions sur le terrain aient des conséquences fâcheuses dans notre région. Ce sont des critères qui motivent les responsables chargés du choix des arbitres.

Que se passe-t-il dans la tête d'un arbitre juste avant un match, surtout quand celui-ci sait que sa prestation sera suivie par ses compatriotes ?

Une fois qu'on est sur la liste pour officier un match, on ne le fait pas à son nom personnel mais au nom de son pays. On ne dira pas par exemple que c'est l'arbitre Losseni Paré mais le Burkinabè. A ce niveau, on a toujours à coeur de donner une bonne image de son pays, et cela demande de la concentration et du savoir-faire. Il faut relever qu'individuellement, les arbitres veulent représenter valablement leur pays. Quand on a un match, nos prières vont aux ancêtres, aux parents, au pays pour réussir cette mission.

On constate que des joueurs protestent souvent auprès des arbitres lorsque ces derniers sifflent des fautes. Peut-on savoir ce qui se dit à ces moments-là ?

Il faut reconnaître qu'avec la fatigue, il arrive qu'on ne se maîtrise pas. Les joueurs viennent souvent à nous poussé par leur tempérament mais à la fin, ils reviennent s'excuser et reconnaissent leur tort. Nous sommes préparés à tout cela mais quand un joueur se plaint, nous lui demandons poliment de se calmer tout en lui faisant comprendre que nous avons accordé la faute où cela devait l'être. Sinon les joueurs n'ont pas le droit de se plaindre et s'ils persistent, ils reçoivent un avertissement.

Pensez-vous qu'il y a eu une différence notable entre les CAN 2008 et 2006 auxquelles vous avez participé ?

A ce niveau continental, ce sont les meilleurs qui se retrouvent. Avec les joueurs qui évoluent dans les grands championnats européens, nous savions que le niveau de la compétition serait relevé, et cela s'est confirmé sans oublier que les équipes taxées de faibles ont su tirer leur épingle du jeu.

Comment avez-vous ressenti le fait de vous retrouver seul à cette CAN alors qu'à celle de 2006 vous étiez avec votre frère jumeau Lassina ?

Je n'ai jamais pensé être seul à cette CAN du Ghana, même si j'ignorais que j'allais être retenu. Avec les compétitions que nous avons faites ensemble Lassina et moi, nous savions qu'on pouvait au moins figurer dans la présélection. Mais comme on le dit, "l'homme propose et Dieu dispose". Nous mettons cela au compte de la tradition des jumeaux. Dieu a voulu que je fasse deux CAN comme mon frère jumeau, et c'est certainement pour cela qu'il n'était pas au Ghana avec moi. Il a été seul à la CAN 2004 en Tunisie, et en 2006 nous nous sommes retrouvés en Egypte. Là, ce fut une CAN assez rose parce que nous avons bénéficié de la confiance de nos supérieurs qui nous ont mis sur le match d'ouverture. Si cette année, Lassina n'est pas venu, ce n'est la faute à personne. Il faut aussi remarquer que partout où il est passé, je suis également passé, et vice-versa. A l'exception que j'ai participé aux Jeux de la Francophonie de 2001, au Canada, alors que lui a pris part au Méridien Cup en Europe. Mais je dis qu'il était présent à cette CAN 2008 et je sais pourquoi je le dis. Il n'y a pas eu un jour où nous ne nous sommes appelés au téléphone. Lorsque je dois sortir pour un match, il m'appelle une ou deux heures avant pour me prodiguer des conseils et ce fut la même chose quand il était en Tunisie. Dans notre philosophie de jumeaux, nous étions tous ensemble en Tunisie (2004) de même qu'au Ghana (2008), sans parler de l'Egypte (2006).

Votre retraite c'est en 2009. Quels souvenirs aimeriez-vous garder de votre carrière d'arbitre et que voudriez-vous que les gens retiennent de vous ?

Nous sommes fiers d'une chose aujourd'hui, c'est que notre objectif a été atteint en partie. Quand nous étions jeunes arbitres, nous ne savions pas que nous allions avoir la CAN. Si Dieu nous a amenés deux fois à la CAN, nous ne pouvons que le remercier. Il faut surtout remercier toutes ces personnes qui nous ont forgés pour que nous soyons là où nous sommes aujourd'hui. Certes, il y a la volonté de l'individu mais il faut l'accompagnement d'autres personnes. Nous sommes fiers d'avoir fait quelque chose pour notre pays. Nous pensons être à la limite de ce que nous devions faire et il y a des petits frères qui vont aller au-delà. C'est notre souhait et nous allons travailler pour qu'un jour un arbitre ou des arbitres burkinabè soient vus à la Coupe du monde. Il y a des années de cela, l'arbitrage était vu sous un autre angle mais de nos jours, les gens savent ce qu'on peut y être et devenir et ils font tout pour réussir dans le domaine. C'est l'occasion de remercier nos autorités, nos devanciers, nos encadreurs, la presse, tout le peuple burkinabè pour ce qu'ils ont fait pour notre réussite dans l'arbitrage.Je voudrais remercier une fois de plus "Le Pays" pour cette opportunité et dire, sans fausse modestie, que Lassina et moi avons obtenu 2 médailles d'or au niveau continental pour le Burkina. Ce fut dans un 1er temps lors de la finale de la ligue des champions CAF en 2005, entre Al Alhy d'Egypte et l'Etoile de Sousse. Nous étions avec Brama Millogo, et en février 2006 nous avons été rappelés par la CAF, cette fois avec Adolphe Paré, pour la Super coupe de la CAF à Addis-Abeba, en Ethiopie. Nous avons toujours voulu présenter officiellement ces 2 médailles d'or au capitaine des Etalons, le président du Faso, mais l'opportunité ne s'est jamais présentée à nous. Pourtant, nous aimerions le faire avant de prendre notre retraite.

Propos recueillis à Accra par Antoine BATTIONO

Le Pays du 21 février 2008



21/02/2008
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