L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Mali-Niger : L'équation touarègue

Mali-Niger

L'équation touarègue

Devrait-on résusciter le mathématicien Pythagore pour venir en aide aux autorités maliennes et nigériennes qui ont du mal à résoudre l'équation touarègue ? La question mérite d'être posée en raison de la grande instabilité qui règne dans cette vaste région qui borde le Sahara et dont les populations nomades ont du mal à s'accommoder des exigences de l'Etat moderne.

En quelques mois, ces deux voisins du Burkina Faso ont dû faire face aux attaques coordonnées de groupes armés. Ces attaques sont en général attribuées à la communauté touarègue dont des membres dirigeants ne tardent pas, le plus souvent, à se désolidariser de telles actions survenant aux lendemains de la signature d'accords bipartites. Elles sont alors considérées comme des actes isolés, provenant de groupuscules non représentatifs. Bien vite assimilés au terrorisme, ils sont condamnés car susceptibles de desservir la cause. D'autant qu'ils entraînent toujours mort d'hommes, de nombreux blessés, des pillages systématiques de biens et des caravanes de réfugiés.

Les sites web des organisations pro-touarègues sont assez éloquents à ce sujet. En plus d'une chronologie des événements en rapport avec la rébellion touarègue au Mali comme au Niger, ces sites renseignent aussi bien sur le passé, la culture, le repli identitaire, les massacres d'innocents que sur le rapatriement des réfugiés touaregs maliens et nigériens à partir de l'Algérie et de la Libye. On y apprend avec regret qu'à plusieurs reprises, les parties en conflit s'étaient retrouvées à l'intérieur comme hors du territoire national pour discuter de paix. Des rencontres de délégués aux sommets de chefs d'Etats, en Libye et en Algérie, on aura donc pris nombre de résolutions en apparence fermes. Les unes pour cesser les hostilités, les autres pour conjuguer les efforts et réaliser des projets de développement visant à abréger les souffrances des populations. On se rappelle à ce propos l'Accord d'Alger pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal (Mali), signé le 4 juillet 2006 ; la Loi d'Amnistie N°16 sur les événements du Nord datant du 7 juillet 1997.

Pourquoi donc ces fréquents retours à la case départ ?

Ces conflits fratricides trouvent parfois leurs sources dans la nuit des temps avec les incursions de trafiquants d'esclaves et de contrebandiers sans foi ni loi qui se sont succédé tout au long de l'histoire et dans l'ignorance des limites territoriales. En dépit de la colonisation, puis de l'avènement de l'Etat jacobin centralisateur, il apparaît que certains esprits restent encore rivés sur ce passé qui rappelle les difficultés du commerce caravanier. Des éléments se caractérisant par une grande mobilité chercheraient peut-être à se frayer un chemin en dehors de toute légitimité. Sans doute, la nostalgie des grandes périodes de liberté à travers les vastes étendues de l'environnement sahélo-saharien dont ils ont une parfaite maîtrise, du fait de la transmission de savoirs intergénérationnels.

Sans doute le problème trouve-t-il sa source dans le fait que les approches utilisées jusqu'à une date récente ne sont tout simplement pas conséquentes ? A ce propos, on déplorera toujours l'empressement de certaines autorités administratives, politiques et militaires à qualifier de bandits armés et de délinquants ces opposants d'un autre calibre. Il est vrai qu'il n'est pas aisé de diriger à la fois plusieurs communautés tout en donnant le sentiment de faire preuve de trop de compréhension et d'ouverture d'esprit au risque d'être accusé de laxisme à l'égard de l'une ou l'autre d'entre elles. Mais le propre d'un pouvoir n'est-il pas justement de travailler à faire régner ordre et justice, à réaliser le progrès social de façon harmonieuse, dans un environnement de paix et de respect mutuel ?

Certes, il y a des insuffisances ça et là; mais on reprocherait difficilement aux gouvernements malien et nigérien de n'avoir pas fait d'efforts pour juguler ces sempiternelles crises qui se sont exacerbées aux lendemains des indépendances. La période coloniale n'ayant pu répondre aux aspirations des communautés touarègues, il revient en effet aux Etats en construction de travailler en symbiose avec leurs dirigeants pour régler les problèmes en suspens. Cela passe d'abord par la restauration d'un véritable climat de confiance entre les différentes parties. Il importe que, parallèlement, les communautés touarègues, au-delà des frontières poreuses des pays concernés, se retrouvent dans un sursaut salvateur pour oser communier avec les autres composantes engagées depuis longtemps déjà dans la modernisation.

A l'endroit des rebelles touaregs, on peut rétorquer que d'autres communautés moins visibles souffrent également d'exclusion et de marginalité. Il importe dès lors de cesser de recourir systématiquement aux armes et à la rébellion pour se faire entendre. Les braquages, les prises d'otages et toutes autres formes de violences sont à proscrire. Sous peine de perdre toute crédibilité, surtout au lendemain de signature d'accords de paix qui ont impliqué des tiers. Il est temps de venir aux autres, pour des solutions intégrées. Il est temps d'aller au-delà de tout préjugé et de commencer vraiment à bâtir quelque chose de durable ensemble.

Au-delà du problème touareg, les pays impliqués, surtout ceux de la bande sahélienne, devraient aussi se retrouver pour discuter plus sérieusement de l'implication des peuples nomades au processus de démocratisation en cours et, de façon plus large, à celui du développement. C'est dire toute l'importance du rôle qui revient aux organisations sous-régionales, régionales et internationales comme le Liptako Gourma, le CILSS, la CEDEAO, la CEN-SAD, l'UA, les partenaires techniques et financiers, la société civile à travers toutes ces organisations de défense de droits humains, ces structures de formation, de recherche et de développement qui consacrent quotidiennement leurs énergies à mieux connaître et comprendre nos communautés et leurs besoins.

A l'évidence, les résurgences de la question touarègue montrent que les préjugés sont toujours aussi tenaces, que des fossés existent toujours entre les différentes communautés qui composent nos Etats-nations. Il urge de faire tomber ces murs d'incompréhensions, car la bonne gouvernance ne doit pas se limiter à la lutte contre la corruption, la mauvaise gestion et toutes les formes d'impunités et d'exactions. Elle signifie également que les Africains doivent fournir encore plus d'efforts pour se parler franchement, apprendre à mieux se connaître, s'accepter dans la différence, se tolérer et oser entreprendre ensemble des projets pour l'Afrique de demain. A défaut de pouvoir nous entendre et dialoguer, nous périrons dans l'indifférence.

Le Pays du 15 mai 2007



15/05/2007
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