L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Nucléaire africain : La solution à nos problèmes énergétiques (1)

Nucléaire africain

La solution à nos problèmes énergétiques (1)

 

Dans une interview accordée à notre journal en septembre dernier, Zéphirin Diabré émettait le souhait de voir un jour l'implantation d'une centrale nucléaire dans notre sous-région. L'écrit qui suit milite ardemment pour cette solution qui permettra enfin à l'Afrique de sortir du marasme économique.

 

Dans l'interview que Zéphirin Diabré avait accordée au quotidien l'Observateur paalga dans sa livraison du vendredi 1er au dimanche 3 septembre 2006, interview que j'avais trouvée digne d'intérêt, un point avait, plus que toute autre question, retenu mon attention : c'était celle relative à la problématique de l'énergie dans notre pays et dans la sous-région. En effet, M. Diabré, abordant cette question et après avoir clairement exposé l'intérêt qu'il y a pour nos pays de s'orienter vers la solution du nucléaire, avait dit ceci : « ...Moi, je souhaite que notre sous-région adopte une stratégie dans ce domaine. Une seule centrale nucléaire peut alimenter tous les pays de l'UEMOA. Et nous pouvons former des cadres pour cela. J'ai découvert que les choses étaient moins compliquées qu'on ne le croie...».

Dans les jours qui ont suivi cette publication, la question de l'énergie était restée au cœur de l'actualité avec notamment la dernière augmentation du prix du kilowattheure par la Sonabel. Il s'en était d'ailleurs suivi une abondante littérature sur les différentes pistes de solutions pouvant permettre de trouver une réponse au problème sans qu'aucune d'elle ne fasse allusion au nucléaire. Et pourtant, de toutes les spéculations, la plus réaliste, ainsi que l'avait brièvement exposé M. Diabré, est sans conteste celle de l'atome, car une seule centrale nucléaire, au regard de la demande actuelle, peut permettre de satisfaire l'ensemble des besoins de notre sous-région. Il avait aussi expliqué que les aléas climatiques liés à la non-maîtrise de certaines technologies font que toutes les autres pistes de solutions comme les centrales hydroélectriques ou solaires, ou encore les bio-carburants, constituent des solutions plus ou moins aléatoires dans notre contexte. Le seul exemple du Ghana avec le barrage d'Akossombo est une illustration parfaite de cette situation.

Le nucléaire, en dehors donc des contraintes liées à son exploitation, semble se présenter comme la réponse la plus appropriée et l'on est en droit de s'étonner que nos dirigeants n'évoquent pas jusqu'ici  cette possibilité.

C'est vrai que l'on n'achète pas une centrale nucléaire comme on le ferait d'un groupe électrogène, mais est-ce pour autant qu'il ne faut pas se donner la peine d'explorer cette piste ? La réalisation d'une centrale nucléaire et surtout son exploitation ne sont certes pas sans poser des problèmes délicats, mais qu'est-ce qui nous manque pour nous approprier cette technologie utilisée de par le monde il y a maintenant plus d'un demi-siècle ? (le monde s'apprête à inaugurer la troisième génération de réacteur nucléaire, sans l'Afrique bien sûr !) La base du nucléaire, c'est l'uranium ; or, l'Afrique et notre sous-région principalement en produit; reste maintenant la maîtrise de la technologie et le sérieux dans son application.  De mémoire, un petit nombre de pays africains dont le Gabon ont, à un moment, voulu opter pour cette solution, mais il s'agissait vraisemblablement de satisfaire autre chose que les besoins énergétiques du pays.

 

Pourquoi pas le nucléaire ?

 

 Le prix du baril de pétrole est aujourd'hui à un niveau tel qu'il ne peut que remettre en cause tous les efforts de développement des pays en développement non producteurs de cette denrée. Ce fait est suffisamment connu et admis pour qu'on ait besoin de s'attarder sur la question. Au reste, le pétrole, même lorsqu'il coûtait moins cher, n'a jamais contribué à résoudre la question de l'énergie en Afrique. Et pour tout dire, même des pays comme la France, qui ont abandonné très tôt la solution du thermique à base de pétrole, n'éprouvent pas moins en ce moment d'énormes difficultés face à cette envolée folle du prix du baril, qui, selon les projections, n'est pas près de s'arrêter. Cela fait que tout le monde aujourd'hui est à la recherche de solutions alternatives au pétrole sauf l'Afrique, qui, comme toujours, attend les bras croisés que les autres trouvent.

Il est, en effet, navrant de constater qu'il n'existe toujours pas aujourd'hui en Afrique un instrument communautaire de recherche sur l'énergie solaire par exemple, tant le ciel nous a gratifié en abondance de cette source d'énergie. Nombre de pays individuellement pris ont  créé des micro-unités de recherche sur la question juste pour faire bonne figure et occuper leurs cadres. Mais ces unités manquent souvent de moyens et n'existent que grâce à la coopération avec l'Occident qui leur garantit l'essentiel de leurs ressources. Si fait que nos  chercheurs, réduits à leur plus simple expression, nous sortent de temps en temps de leur chapeau des choses sans importance pour justifier leurs salaires et nous rappeler à leur manière qu'ils sont là eux aussi. En vérité, ils ne participent en rien à l'avancée des technologies et travaillent souvent au rabais pour les laboratoires occidentaux.

Le pire, c'est que même les pays africains, qui disposent aujourd'hui des revenus du pétrole et  qui savent très bien que cette denrée n'est pas intarissable, ne prennent aucune mesure pour trouver autre chose après l'épuisement des puits, chose pourtant inéluctable. Un autre constat à faire pleurer, c'est que justement dans le cas du pétrole, près de cinquante ans après la découverte des premiers puits, il n'est pas un seul pays africain (au sud du Sahara) qui dispose en propre d'une structure de recherche ou d'exploitation digne de ce nom et ce sont toujours les autres qui viennent chercher et exploiter cette manne. Moralité, l'essentiel du gain repart chez les autres et le manège continu; en un mot, le pétrole africain ne sert nullement à développer le continent.

Et ce qui fait sourire, c'est que nombre de ceux qui écrivent aujourd'hui des théories sur la problématique du développement en Afrique s'abstiennent souvent de le dire, mais savent très bien que tant que ce continent ne se donnera pas les moyens de s'approprier un minimum de technologies et de ressources propres qui puissent lui permettre d'exploiter et de transformer par lui-même et pour lui-même ses énormes richesses, le décollage tant espéré restera un vain mot. Le cas très récent du Tchad nous montre à quel point l'exploitation du pétrole africain dans les conditions actuelles ne profite essentiellement qu'aux sociétés multinationales et il en est malheureusement ainsi pour l'exploitation minière en général.

 

Une succession d'échecs

 

Pour prendre justement le cas du Tchad, le simple bon sens voudrait que le peu de ressources que ce pays tire de cette aventure lui serve à créer les conditions qui lui permettent de s'affranchir ultérieurement de la mainmise des sociétés étrangères, en formant des cadres, en montant ses propres structures de recherche et d'exploitation, en créant des sociétés de participation, etc. Au lieu de cela, on met en priorité l'accent sur son confort en faisant dans la démesure et on achète des armes pour faire taire son peuple afin qu'il assiste sans broncher au festin des puissants du moment. Le comble, c'est que le Tchad n'est malheureusement pas un cas isolé, tant il est vrai que les Africains n'ont jamais d'argent que pour le superflu. (un dirigeant africain d'un pays producteur de pétrole a, semble-t-il, un jour demandé à la maison MERCEDES de lui construire une voiture avec salle de bain !).

Aussi, à regarder de près, tout l'argent que l'Afrique tire de l'exploitation de ses ressources naturelles en général va, pour l'essentiel, à la consommation. L'Afrique est le seul continent à manquer de capitaux propres dans le circuit économique. Ceci est tellement vrai que lorsqu'on parle de la fortune d'un Africain, ce n'est jamais en termes d'investissements mais de dépôts dans des comptes numérotés. Il n'est pas un seul domaine économique où les Africains s'imposent comme cela se doit! Là où ils sont leaders c'est toujours en termes de premier producteur de telle ou telle autre matière brute ; or comme on l'a vu, ils ne tirent pas grand-chose de cette situation car dans le meilleur des cas ils ne vendent que la matière première que les autres transforment pour leur revendre à prix d'or les produits manufacturés tirés des mêmes matières premières.

L'exemple du coton est très éloquent à ce sujet : on vend du coton aux Chinois qui le  transforment et inondent en retour nos marchés de leurs produits finis. Et on n'a  d'autre réaction que de se plaindre en criant comme pour singer les Européens, au péril chinois. Comme si quelqu'un nous empêchait de transformer nous-mêmes notre coton. Nous produisons et vendons du coton mais au bout du compte, nous gagnons moins que ceux à qui nous le vendons. Ce qui est vrai pour le coton l'est aussi malheureusement pour le café, le cacao, le Karité, etc. Et comme les autres savent que nous ne pouvons rien faire d'autre avec nos matières premières que de les vendre en l'état, ils fixent les prix d'achat qu'ils veulent en nous contraignant parfois à vendre à perte. Et au lieu de réfléchir sur comment rentabiliser nos productions, on passe le temps en pleurs et complaintes sur les subventions que les pays du Nord accordent à leurs paysans et qui seraient la source de tous nos malheurs, comme si continuer à produire dans ces conditions constituait une fin en soi.

Autre exemple, comment peut-on comprendre que depuis plus de 40 ans, un pays comme la Côte d'Ivoire soit premier producteur mondial de cacao et que le prix de cette spéculation se fixe à Londres sans que ce pays ait son mot à dire ? Parce que l'industrie cacaoyère de la Côte d'Ivoire se résume en une micro-unité de fabrique de chocolat de basse qualité destinée à la consommation locale et que les tenants de cette filière, plutôt que de se donner les moyens de prendre d'assaut toute la chaîne internationale de transformation de ce produit, passent le plus clair de leur temps à simplement «couillonner» les braves paysans. On se rappelle, en effet, les milliards de la fameuse «Caistab» qui ont tant défrayé la chronique mais qui ont laissé le paysan ivoirien à la merci des caprices du marché international. Qu'a-t-on fait de tous ces milliards qui auraient pu servir à contrôler des multinationales comme Nestlé et que sais-je encore ? Ces milliards n'ont malheureusement servi qu'à alimenter des comptes à l'étranger, à acheter des demeures somptueuses, à passer des séjours inoubliables dans les meilleurs paradis terrestres, à acheter de grosses cylindrées, à...

 

Comment se sortir du cercle vicieux ?

 

Enfin et pour revenir sur le sujet qui nous préoccupe, lorsque les Africains se décident à investir dans l'industrie de transformation, la non-maîtrise des facteurs de production, dont principalement l'énergie, font qu'ils mettent sur le marché des produits non compétitifs. Autrement, qu'est-ce qui peut expliquer qu'un pays comme le Burkina vende du coton à la Chine et qu'en retour, le pagne chinois (à qualité égale) coûte deux ou trois fois moins cher que le pagne produit localement ? Plus que la fraude qu'on aime brandir, on peut risquer une explication : c'est que nous avons l'électricité la plus chère au monde et que nous semblons ignorer qu'à chaque fois que nous augmentons le prix du kilowattheure, cela se répercute sur les coûts de production de nos unités industrielles. Et comme après l'expérience, il est vrai pas très heureuse des barrages hydroélectriques de Kompienga et de Bagré, nous sommes revenus sur ce qui nous paraît plus simple, à savoir multiplier les centrales thermiques, il n'y a rien de surprenant que lorsque le prix du baril de pétrole flambe, nous le prenions sur les dents. En vérité, tous les efforts que nous déployons en matière de développement resteront compromis tant que nous n'aurons pas maîtrisé, ou même mieux, dominé la question de l'énergie. Au coût actuel de notre électricité, il n'y a pas à se leurrer, il nous sera difficile de mettre sur le marché des produits qui tiennent la concurrence, surtout qu'en plus du coût de ce facteur, nous trimbalions d'autres tares.

Mais à la nationale de l'électricité, c'est le triomphe des petites gloires et on se satisfait pleinement, semble-t-il, d'être une des sociétés d'électricité à assurer sans trop de coupures ou de délestages cette fourniture, sans se préoccuper du coût de production et partant du prix auquel on met cette denrée à la disposition du consommateur ou du producteur. Mais il y a pire car il semble également que dans cette institution on ne veuille pas entendre par exemple parler d'énergie solaire : c'est cher, compliqué et pas fiable ; aussi, on attend calmement le jour où cette technologie aura fini de faire ses preuves !

A présent, voyons qu'est-ce qui empêche nos pays de se doter de centrales nucléaires ?

 - Du coût : qu'un pays comme le Burkina ne puisse pas à lui tout seul s'offrir une centrale nucléaire en raison de son coût, on peut l'imaginer mais pas l'UEMOA ou encore la CEDEAO !

- De la maîtrise de la technologie : c'est sûr qu'il n'est pas donné à tout le monde de maîtriser cette technologie, mais là n'est pas la question, car nous avons l'habitude des opérations «clé en mains» ; du reste, l'exploitation d'une centrale nucléaire ne doit pas être aussi inaccessible à nos techniciens pourvu qu'on y allie sérieux et rigueur; et M. Diabré l'a dit, les choses sont moins compliquées qu'on ne le croie.

- Du contexte sociopolitique : l'Afrique, on le sait, est le continent des conflits et l'on comprend aisément que le nucléaire dans un tel contexte soit une entreprise très risquée,  surtout si l'on admet qu'une catastrophe, qui surviendrait en Côte d'Ivoire par exemple, ne concernerait pas seulement que ce pays et ses voisins immédiats. Il est donc certain que si le climat social et politique ne connaissait pas une évolution dans le sens de l'apaisement des conflits de toutes sortes, il serait difficile de convaincre nos partenaires de nous vendre une telle technologie. En dehors de cette donne, il y a aussi et surtout le manque de sérieux légendaire des Africains ; il est par exemple aujourd'hui question de ce que le Nigeria ait, en projet, la construction d'une centrale nucléaire, mais est-ce vraiment raisonnable pour ce géant aux pieds d'argile qui n'arrive déjà pas à gérer son industrie pétrolière ?

En tout état de cause, le projet d'une centrale nucléaire à l'échelle de la sous-région n'est pas insensé mais les promoteurs d'une telle entreprise devront seulement, pour une fois, travailler à réunir le maximum de conditions favorables de manière à convaincre leurs partenaires du sérieux de leur entreprise.

Au total, le présent article n'a pas pour ambition de cerner tous les contours d'un sujet que peu de personnes maîtrisent, mais d'ouvrir le débat sur la question du nucléaire comme alternative à la problématique de l'énergie. C'est une apostrophe à nos décideurs sur une piste de solution qu'ils semblent trouver hors de portée. Mais au-delà de cette question de l'énergie, c'est toute la politique de développement de nos pays qui doit être repensée sur la base de solutions endogènes en lieu et place de ce qu'on a vu jusqu'ici.

Nous osons espérer que le Burkina et les autres pays de la sous-région sauront tirer profit de la position actuelle de M. Diabré pour s'instruire dès aujourd'hui d'un sujet que tôt ou tard ils devront aborder. Nous ne perdons pas de vue que l'une des missions de M. Diabré (AREVA) est d'amener nos pays sur cette voie, mais le manque d'anticipation et le manque d'intérêt de nos décideurs aux réalisations communes ne poussent pas à l'optimisme.

 

rafgci@yahoo.fr

L’Observateur Paalga du 20 août 2007

 

(1) La titraille est du journal.

 



20/08/2007
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