L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Ouahigouya : Vente de cartes d'électeurs sous le manteau ?

Ouahigouya

Vente de cartes sous le manteau ?

 

Même si, selon les statistiques officielles, le taux de retrait des cartes d'électeurs est respectable (9h, 13%), le nombre de personnes qui ne retrouvent pas leur précieux document inquiète plus d’une personne ces derniers temps dans le Yatenga, particulièrement dans la commune urbaine de Ouahigouya. De passage ce dimanche 29 avril à Youba, un village situé à une dizaine de kilomètres de Ouahigouya et faisant partie de la commune urbaine, nous sommes tombé sur un groupe de personnes qui râlaient comme de vieilles locomotives pour n’avoir pas pu entrer en possession de leur sésame électoral.

Interrogé à ce sujet, Karim Guitti répond : «j’ai voté aux élections présidentielle, municipales, voici mon ancienne carte ; je ne comprend pas pourquoi cette fois-ci on ne  retrouve pas ma carte, mon nom ne se trouve même pas sur la liste», grogne-t-il. Chez Hamadé Maïga et El Hadj Saïdou Maïga, la situation est tout autre : leurs identités figurent sur la liste électorale, mais point de carte. Devant leurs noms, il y a même des signatures semblant attester que les cartes ont  bel et bien été retirées. Mais par qui ? Mystère et boule de gomme ! «Ma carte a été volée ; je ne sais pas pourquoi on ne veut pas que je vote cette fois-ci, il faut qu’on me la remette,  sinon ça va chauffer», vocifère El hadj, la soixantaine bien sonnée.

Pendant que la tension commençait à monter au cours de nos échanges, on nous a brandi une liste de 120 personnes qui n’avaient pas retrouvé leurs fameux documents. C’est depuis la première semaine de la distribution que les absences des cartes ont été constatées. Jusqu’au dimanche 29, une solution n’était pas trouvée. Le cas de Youba est loin d’être  isolé. La majorité des retardataires qui viennent en ce moment pour le retrait de leur visa électoral au siège de la CECI repartent bredouilles. Rencontré le lundi 31 mai 2007 au siège de la commission électorale communale indépendante, Belem Souleymane était furax. Venu pour retirer sa carte au bureau de vote n°4, au secteur 2 de Ouahigouya, il s’est entendu dire qu'elle n’était pas là. Il y avait une croix devant son nom, signifiant, selon les explications d’un membre de la commission, que sa carte est venue de la CENI. Il en était de même pour un des compagnons de Belem, présent sur les lieux.

 

Les cartes ont été retirées, mais par qui ?

 

Entre nos multiples va-et-vient au siège de la CECI, dans l’espoir de rencontrer le président, beaucoup de ceux qui y arrivaient tombaient des  nues. C’est la même rangaine ‘’les cartes ont été retirées’’.  Mais par qui ?

Tenez-vous bien, pour le cas du bureau de vote n°4 au secteur 2 de Ouahigouya, à la date du 28 avril 2007, sur plus de 3 500 cartes, l’agent distributeur avait pu en écouler environ 400 ;  2 jours après les prolongations accordées par la CENI, un agent d’un demembrement de l'institution serait allé retirer le restant des cartes, sous le prétexte que la distribution serait faite désormais à la CECI par les responsables de la commission.

Finalement, sur plus de 300 cartes restantes, ce sont... 08 qui sont arrivées au siège de la CECI ; toujours selon la même source, une autre personne proche de cet agent des démembrements de la CENI serait allée matinalement retirer le restant des cartes d’électeurs chez une femme au secteur 13 de Ouahigouya. Ces faits se sont passés entre le 28 et le 30 avril, période au cours de laquelle la CECI avait passé un communiqué sur les antennes des radios locales, appellant tous les agents distributeurs dont les stocks étaient épuisés à faire déposer les états auprès de la CECI. C’est à ce moment que des individus malintentionnés auraient profité de la naïveté de certains agents distributeurs pour détourner les cartes. D’autres agents peu scrupuleux auraient aussi soutiré les cartes pour les vendre à des responsables de partis commis à leur achat. Selon les recoupements que nous avons pu faire, les dirigeants des partis, toutes tendances confondues, se seraient jetés dans l’achat des cartes frauduleuses ; l’unité coûterait entre 2000 et 5000 F selon les partis.

Après de multiples coups de fil et deux tours au siège de la CECI, nous avons finalement pu mettre la main sur le président de ladite structure à la maison des jeunes et de la culture de Ouahigouya, où avait lieu la formation des membres des bureaux de vote.

Au cours de notre entretien à bâtons rompus, il dit être surpris et inquiet face au nombre élevé des cartes qu’on ne retrouve pas. Dans un premier temps, sur 30 réclamations adressées à la CENI, celle-ci a fait renvoyer 6 cartes. Certains auteurs de ces réclamations s’étaient réinscrits ailleurs, et ils ont été invités, selon les observations de la CENI, à aller retirer leurs cartes dans leurs nouveaux lieux d’inscription. Par la suite, plus de 200 réclamations ont été adressées à la CENI, mais il n’y aurait pas eu de suite. Présentement, à en croire le président de la CECI, il y a plus de 200 autres réclamations non acheminées à Ouagadougou.

 

Je ne roule pour aucun parti

 

C’est dire que rien que pour la commune urbaine de Ouahigouya, pour le peu que nous en savons, des centaines de personnes inscrites légalement sur les listes sont sans cartes d’électeurs.

Pour le cas du secteur 2 de Ouahigouya, selon le président de la CECI, à la date du 28 avril 2007, sur les 4 agents distributeurs, deux agents détenaient chacun plus de 300 de ces cartes oranges ; ces derniers ont été autorisés à en continuer la distribution. A sa grande surprise, un des agents a fait acheminer, par personne interposée, son état avec moins d’une dizaine de cartes restantes.

Dans certains secteurs, des agents ne donnent pas signe de vie malgré le communiqué radiodiffusé depuis le 28 avril.

Ils ne sont toujours pas passés à la CECI pour remettre le restant des cartes. A vrai dire, Yacouba Ouédraogo, président de la CECI de Ouahigouya, ne sait pas où donner de la tête ; surveillant au Lycée privé Mactar M’Bow, dont le fondateur est Issa Joseph Diallo, il est soupçonné d’être à la solde de ce dernier.

Une correspondance aurait même été adressée bien avant au président de la CENI, Moussa Michel Tapsoba, demandant sa mise à l'écart. Le patron national chargé des élections n’y aurait pas prêté une oreille attentive. Il reste maintenant à savoir si Yacouba pourra résister, tellement les pressions sont nombreuses sur lui et fusent de partout. On fait cas d’inscriptions illégales qu’il aurait favorisées avec des actes de naissance d’élèves  au centre d’excellence.

A en croire l’accusé, ces affirmations sont sans fondements : «On  veut  ma tête pour rien. Je ne roule pour aucun parti».

 

 

Emery Albert Ouédraogo

L’Observateur Paalga du 4 mai 2007


04/05/2007
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