L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Pension des retraités burkinabè de Côte d’Ivoire : Le calvaire des veuves

Pension des retraités burkinabè de Côte d’Ivoire

Le calvaire des veuves

 

« Comment allons-nous gérer les problèmes de la vie quotidienne ? ». C’est la question que se posent les veuves dont les époux défunts avaient cotisé à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) de Côte d’Ivoire. Des pensions perçues en moins et un mois de retard, c’est une situation qui présente bien des désagréments. Avec une pension de retraite qui ne permet même pas de faire face à certains besoins, les pensionnées depuis quelques mois traversent des moments de vaches maigres. L’horizon ne cesse de s’assombrir pour elles, ce qui  devrait interpeller les autorités.

 

Le mois d’août est toujours attendu avec impatience par les retraités burkinabè qui bénéficient d’une pension à la Caisse nationale de prévoyance sociale de Côte d’Ivoire. Ces pensionnés, à un moment de leur existence, ont décidé de rentrer définitivement au pays pour des raisons diverses. Mais avant, ils ont entrepris des démarches pour le transfert de leur pension au Burkina par le biais de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Aujourd’hui, beaucoup ne sont plus de ce monde et leurs veuves perçoivent une pension de réversion. Si au pays d’Houphouët Boigny la pension qui était dans un passé lointain trimestrielle et tombait normalement, ici par contre il y a un grand retard dans son versement compte tenu de certains paramètres.  Les retraités ont fini par s’habituer à cela et savent exactement quand passer à la Caisse. Depuis le mois d’août, ils se rendent chaque jour à la Direction régionale de Ouagadougou pour leur pension. Si la plupart d’entre eux  en repartent satisfaits, il n’en est pas de même pour les veuves, qui ne s’attendaient pas à des nouvelles désagréables. En effet, dès qu’elles se présentent à la Caisse avec le bulletin du dernier trimestre, elles s’entendent dire que leur pension n’est pas arrivée, et sont renvoyées au service des prestations extérieures de la CNSS. Une fois au siège, c’est la même rengaine et pire, il va falloir attendre le prochain trimestre.

 

Des coupes sombres

 

Devant ce genre d’informations, les pensionnées restent perplexes et se demandent pourquoi c’est à elles qu’une telle situation arrive. En tout cas, cela se justifie d’autant plus que lors du premier trimestre 2007, il y a eu des coupes sombres. A titre d’exemple, une veuve qui touche trimestriellement 32 229 FCFA a perçu en mai dernier une pension de 10 743 FCFA. La veuve Agnès Ouédraogo habite à Kamsonghin, au secteur 6, avec ses 8 enfants. Son époux était un employé de l’Energie électrique de Côte d’Ivoire (EECI). Au titre du premier trimestre, elle a reçu 28 376 au lieu de 85 128 FCFA. Elles sont nombreuses à avoir constaté que la CNPS a rogné leur pension. En plus la pension du deuxième trimestre n’est pas perçue, ce qui leur cause encore une grande amertume. Et pourtant, au service central des prestations, on avait demandé à chaque veuve d’adresser une lettre de réclamation de la pension  perçue en moins accompagnée d’un certificat de non-remariage, d’un  certificat de non-divorce non-séparation de corps, d’un certificat de vie et des photocopies des reçus de paiement. Tous ces papiers ont été déposés par les pensionnées au service central pour acheminement à la CNPS dans l’espoir que cette fois-ci, il n’y aura pas de problème. Mais comme nous l’avions dit, non seulement  rien n’a été fait pour la régularisation du premier trimestre, mais on en a encore carrément ignoré le deuxième. Des pensionnées que nous avons rencontrées ne savent plus où donner de la tête. Dans le ton de leur voix, on décelait une certaine inquiétude. Elles sont plus de 1500 veuves disséminées aux quatre coins du Burkina Faso. Beaucoup d’entres elles sont venues des provinces et Dieu seul sait comment elles se sont débrouillées pour se déplacer à Ouagadougou.

Touchant pour la plupart une maigre pension, elles sont nombreuses à avoir emprunté de l’argent pour pouvoir faire le déplacement. C’est le cas de Fatoumata Pakotogo, qui est venue de Tema Bokin le 21 août dernier et qui devait repartir le même jour. Elle a laissé cinq enfants au village et espérait avoir quelque chose pour pourvoir aux besoins de sa famille. Depuis la mort de son mari, qui travaillait à SOLIBRA, une société de brasserie en Côte d’Ivoire, elle perçoit une pension de 32 299FCFA. A Tema, Fatoumata vit modestement dans une petite maison et consacre le reste de sa vie aux travaux champêtres. Ne venant à Ouaga que pour la pension, elle espère que pour le prochain trimestre la CNPS lui versera un rappel du deuxième trimestre plus le moins-perçu du premier trimestre. La rentrée des classes approche, il faut payer la scolarité des enfants, leur acheter des fournitures et bien d’autres choses. Comme on le voit, ce ne sera pas facile pour certaines veuves, à moins qu’elles aient un fils jouissant d’un emploi bien rémunéré pour s’occuper de ses frères et sœurs.

Dans certaines familles, la pension des veuves est source de division. Le frère ou l’oncle du défunt attendent leur part du gâteau. A chaque trimestre on veille au grain parce qu’on a aussi ses propres dépenses à faire. Imaginez une veuve qui va expliquer à l’un d’eux que la pension n’est pas arrivée ce mois-ci ; c’est certain qu’on la verrait désormais d’un mauvais œil. C’est ça l’autre réalité de la pension et des veuves en souffrent dans leur chair.

Quand les pensionnées se sont aperçues que la situation devenait de plus en plus compliquée, elles ont eu recours à l’Association des retraités et accidentés du travail burkinabè de Côte d’Ivoire résidant au Burkina ( ARABCI). Mais elle est aussi dépassée par les événements et reste impuissante devant cette situation. L’Association, pour ne pas donner l’impression qu’elle est insensible à ce qui se passe, oriente les veuves vers la direction générale de la CNSS pour plus d’informations. Pour le président de l’ARABCI, Noufou Tiemtoré, le problème les touche profondément parce que des veuves ne comptent que sur cette pension pour vivre. Elles n’ont rien d’autre. Il pense que le gouvernement doit intervenir pour débloquer la situation.

 

 

Les explications de la CNSS

 

A la Caisse nationale de sécurité sociale du Burkina, on n’ignore pas que c’est un gros problème. C’est le 19 septembre 1989 qu’un accord de paiement intercaisse a été signé entre la CNPS et la CNSS. Selon le directeur central des prestations, Félix Y.Traoré, il leur a été donné de constater que nos compatriotes qui avaient travaillé en Côte d’Ivoire retournaient là-bas pour toucher leur pension. Ils allaient en car ou en train à Abidjan et c’est un voyage qui leur attire bien des désagréments. En outre, le résultat de leurs efforts est bien maigre, puisqu’ils reviennent souvent avec peu de choses. Cela concerne en grande partie ceux qui ont quitté ce pays sans avoir un toit. Il y a aussi ceux qui descendent chez des connaissances  sans que tout soit rose. A tout prendre, les frais de route et de séjour engloutissent la presque totalité de leur pension. Face à une telle situation, la CNSS a négocié un accord de paiement afin que la CNPS paie désormais les retraités burkinabè à Ouaga, notamment à ses guichets. Après la signature, les choses sont allées très vite et à chaque trimestre, la CNPS envoie à la CNSS un bordereau et la liste des intéressés avec le montant dû à  chacun, qu’elle met en paiement au niveau de la direction régionale. Félix précise que l’argent leur parvient par virement. Il y a des retraités qui perçoivent leur pension dans leur compte bancaire. Lors de notre passage à la direction des prestations, ils sont 8547 retraités dont 8 orphelins qui sont inscrits dans ses fichiers. Le  nombre des veuves est plus élevé que celui des retraités directs, et c’est environ 800 millions de FCFA que la CNPS débourse trimestriellement.

Concernant la situation actuelle des veuves, Félix Traoré reconnaît qu’elles ont perçu un seul mois de pension alors qu’en Côte d’ivoire elle est devenue mensuelle. Mais il leur est revenu que tout ce qui est payé à l’extérieur resterait trimestriel. Selon lui, la CNPS leur a expliqué que c’est un dysfonctionnement informatique qui est à la base de cette situation. Certes, cela peut arriver, mais à la CNSS, on se demande pourquoi ce sont les veuves uniquement qui sont touchées. Est-ce parce que des pièces n’ont pas été fournies à temps que les problèmes sont survenus ? Pour en avoir le cœur net, la CNPS a demandé une liste des noms des veuves qui sont concernées par cette suspension de paiement. Cela a été fait il y a quelques semaines et elles sont au nombre de 334, toutes de Ouagadougou. « Nous n’avons pas la situation de Bobo ni la situation des directions régionales », précise-t-il. La liste qui a été envoyée à Abidjan est en quelque sorte un échantillon, puisque la CNPS veut connaître les vraies raisons de ce problème et si toutes les veuves sont suspendues pour le même motif. Somme toute, cela va permettre à la CNPS de traiter plus facilement les dossiers et de déceler ce qui ne va pas. En plus de ses contacts avec son homologue de la CNPS, le directeur général de la CNSS, Innocent Couldiati, a adressé une correspondance officielle au patron de cette institution pour attirer son attention sur cette situation.

Une mission n’est-elle pas envisageable en Côte d’Ivoire si la situation perdure ? A cette question, Félix Traoré répond que tout dépendra de la suite qui viendra d’Abidjan. La CNSS, souligne-t-il, connaît sa mission et elle entend l’assumer jusqu’au bout. Il a demandé aux veuves d’être patientes parce que si la CNSS a signé cet accord de paiement intercaisse, c’est pour leur faciliter la tâche. Il a affirmé que la CNPS mène des actions pour permettre aux pensionnées de toucher leur dû avant le prochain trimestre ; en faisant un bordereau supplémentaire pour rattraper le deuxième trimestre si elle arrive à mettre de l’ordre à son niveau. Ils sont conscients de leur situation et ne peuvent pas ne pas agir.

 

Justin Daboné

L’Observateur Paalga du 12 septembre 2007

 

Encadré

 

Des veuves s’expriment

 

Epsi Zoungrana : « Je réside à Laye et je suis venue comme les autres veuves pour toucher ma pension du deuxième trimestre. Mais le caissier m’a fait savoir que l’argent n’est pas venu. Et pourtant, je comptais sur ça pour aller rembourser des dettes. Je suis découragée par ce qui nous arrive surtout que lors du premier trimestre 2007, je n’ai pas perçu la totalité de mon argent. J’ai 8 enfants et si je dois attendre encore trois mois, ce ne sera pas facile pour moi. J’ai déposé tous les papiers qu’on m’a demandés à la direction des prestations et je ne comprends toujours pas ce qui se passe. Si à la Caisse de Côte d’Ivoire, on pense que je ne suis plus vivante, qu’on vienne ici pour le constater ».

 

Damata Goumba : « Je suis venue de Garango et je dois repartir sans percevoir quelque chose. Vraiment, il y a quelque chose qui cloche et nous ne comprenons plus rien. Lors du premier trimestre, j’ai touché 20 000 FCFA alors que d’habitude c’est 82 666. Cette fois, rien n’est venu. Veut-on supprimer nos pensions ? Mon mari travaillait au chemin de fer et après son décès, nous avons beaucoup souffert pour réunir les papiers. Aujourd’hui, je ne sais pas ce qui se passe à la Caisse de Côte d’Ivoire. C’est mon beau-frère qui m’a aidée à venir à Ouaga et maintenant, je suis obligée de rester chez lui un moment avant de retourner au village. Il faut que les autorités nous aident, sinon nous allons continuer de souffrir ».

 

Asseta Konkobo : « Cela fait 9 ans que je touche ma pension sans problème. Mais cette année, c’est différent puisqu’en plus de ce qu’on m’a retranché lors du premier trimestre, celle du deuxième n’est même pas venue. Moi, je réside à Ouaga qui n’est plus comme avant. La vie est dure et si cette pension est suspendue aux humeurs des ordinateurs, je me demande comment nous allons nous en sortir. Nous ne pouvons pas aller tous les jours voir nos enfants pour les déranger. Notre pension nous aide un peu, même si ce n’est pas beaucoup. La Caisse du Burkina doit nous aider pour que la Côte d’ivoire nous paie. A chaque fois que nous allons à la CNSS, on nous parle des papiers à réunir et une fois que cela a été fait, nous ne voyons rien. Nous sommes fatiguées avec tout ça,  qu’on nous dise  maintenant ce qui ne va pas réellement ».

 

Bila Balboné : « Je suis inquiète de ce qui se passe. La Caisse nous donne toujours les mêmes explications mais rien ne se règle. Nous, les veuves, nous souffrons beaucoup et il faut que les autorités fassent quelque chose pour nous. Ce n’est pas bon de nous faire marcher tous les jours sans que nous ne voyions rien venir. On nous dit d’attendre alors que nous n’avons plus rien chez nous. Cette situation nous dépasse et si rien n’est fait, ça voudra dire que notre pension ne viendra plus de la Côte d’Ivoire ».



11/09/2007
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