L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Quand Hariri vaut... un tribunal international

Liban

Quand Hariri vaut... un tribunal international

 

14 février 2005. L'ancien Premier ministre libanais Rafik  Hariri  est victime d'un attentat mortel à la voiture piégée au cœur de Beyrouth, la capitale du Liban. L'émotion est à son comble au regard de la personnalité de l'homme que l'on vient d'assassiner. Qui a planifié cet acte odieux?

C'est la lancinante question que tout un chacun s'est posée et se pose  toujours dans le monde.

Malgré la revendication de cet attentat par un groupe islamique inconnu baptisé "Groupe de victoire et de djihad en Syrie", une bonne partie de l'opinion publique pointe  un doigt fort accusateur sur le régime tyrannique syrien.

Et ce, d'autant plus que ce genre d'action violente contre des rivaux politiques de Damas est caractéristique depuis des années de la politique syrienne au Pays des Cèdres. Mieux, Rafik Hariri était un opposant affirmé à l'ingérence syrienne au Liban et exerçait une pression croissante sur son voisin pour forcer Damas à mettre en œuvre la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui appelle à la tenue "d'élections présidentielles libres et équitables au Liban, selon les lois constitutionnelles libanaises... sans intervention ou ingérence étrangères, et au retrait de toutes les forces étrangères demeurant au Liban". Il y avait donc de bonnes raisons pour Damas d'en vouloir à cette figure emblématique libanaise. L'assassinat fut le moyen de faire taire à jamais cet empêcheur de dominer en paix et, du même coup, de donner un signal fort à tous ceux qui voudraient emprunter son chemin ou mener son combat.

Si la religion de l'immense majorité des observateurs de la scène politique arabe est faite que la Syrie reste le seul commanditaire ou la tête pensante de cette opération assassine, le défi depuis ce maudit 14 février était d'en retrouver les exécutants et de les sanctionner à la hauteur de leur forfait. Le gouvernement libanais avait alors réclamé un tribunal international et demandé que la Commission d'enquête ait également compétence sur les attentats politiques commis depuis octobre 2004. Une convention a été signée avec l'ONU sur les statuts d'un "Tribunal Hariri" qui  n'a pu voir le jour faute de recueillir la ratification du Parlement libanais, dont le président, issu de l'opposition, refusait de réunir les députés pour en débattre. Mais c'était sans compter avec les parrains de cette idée que sont la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, pays dont les dirigeants avaient des liens étroits avec Rafik Hariri, qui, n'oublions pas, était un multimilliardaire qui, parti de son Liban natal très tôt en Arabie Saoudite, s'est bâti un empire financier à la force du poignet. C'est ce richissime bonasse et fort généreux qui avait été choisi P.M. du Liban, non pour se servir, mais pour servir ce pays du cèdre, étranglé économiquement par des décennies de guerre civile.

Sur ses fonds propres, Hariri avait initié et presque réussi à reconstruire les infrastructures libanaises et à réconcilier son pays avec lui-même.

Jacques Chirac, l'ancien Président français dont il était l'ami, qui vient de céder son fauteuil à Nicolas Sarkozy, n'a-t-il pas emménagé dans une des nombreuses résidences de la famille Hariri à Paris ?

Aussi riche que Crésus et doté d'une popularité à toute épreuve, Hariri avait un carnet d'adresses assez épais et des amitiés vraies à travers le monde. C'est peut-être en raison de tout cela que ses amis ont depuis toujours fait pression pour que ce dossier ne soit pas rangé dans les oubliettes.  C'est ainsi que certaines puissances occidentales ont fait adopter le 30 mai dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU une résolution pour mettre en place un "tribunal à caractère international" malgré les réticences russes et chinoises. Pour donc faire la lumière sur l'assassinat de "l'ami des Occidentaux", on a vite actionné la machine de l'ONU. Tant mieux si cette  décision peut aboutir à la vérité et   à la justice pour Rafik Hariri. Mais comment un individu, fût-il une personnalité influente  et dévouée à la cause de son pays,  peut-il bénéficier d'une si insigne faveur pendant qu'au même moment rien n'est entrepris  contre les bourreaux des populations du Darfour, du peuple palestinien et que la Russie mène une extermination à huis clos en Tchétchénie, les USA foulent aux pieds les conventions internationales qui ne sont pas de leur cru, sans que personne ne lève le tout-petit doigt ?

C'est là que le bât blesse.

Inutile de s'époumoner pour  dire qu'il y a là une justice à deux vitesses qui ne dit pas son nom.

Mais que voulez-vous ?

Le monde fonctionne sur la base des intérêts. Autant dire que le globe se déshumanise.

 

Adama Ouédraogo Damis

L’Observateur Paalga du 1er juin 2007



01/06/2007
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