L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Saboteur : "Le jour où je ne serai plus entraîneur..."

Saboteur sur Ouaga FM

"Le jour où je ne serai plus entraîneur..."

 

L'on savait le climat délétère entre Drissa Traoré Saboteur, l'entraîneur des Etalons, et la Fédération burkinabè de football. Le match nul de la 3e journée des éliminatoires de la CAN 2008 face aux Mambas du Mozambique a sans doute dégradé davantage la situation. Et le ministre des Sports, Jean-Pierre Palm, qui jouait à l'arbitre entre le coach de l'équipe nationale et son employeur, a fini, lui aussi, par piquer une colère noire et a décidé de dicter désormais sa loi, fustigeant au passage le comportement de Saboteur qui, jusque-là, ne s'était pas encore exprimé : "Mon statut m'impose le droit de réserve. Le jour où je ne ferai plus partie de l'encadrement technique, je vais m'exprimer, et tous ceux qui racontent des contrevérités auront pour leur compte", a déclaré l'intéressé qui est sorti de son silence au cours d'une interview réalisée par Salif Kaboré de Ouaga FM et diffusée sur cette radio le vendredi 13 avril 2007.

 

Les Etalons seniors du Burkina galopent mal. C'est un truisme que de l'affirmer, au regard de ses performances après trois journées en éliminatoires de la Coupe d'Afrique des Nations de football (CAN) qui se jouera en 2008 chez nos voisins ghanéens. Ces résultats insatisfaisants, liés, entre autres raisons, à  l'atmosphère qui entoure l'équipe nationale, ont amené le patron du département ministériel à monter au créneau le 10 avril 2007 pour annoncer de nouvelles mesures en vue d'une restructuration de l'encadrement technique : "Désormais, les choses vont se passer comme moi je veux... L'entraîneur ne peut pas gérer une équipe nationale comme sa propriété personnelle. A partir de maintenant, il se chargera seulement de mettre en place des schémas tactiques lors de l'entraînement". Comme pour répondre au ministre Jean-Pierre Palm, Saboteur indique que le problème des Etalons n'est pas celui de l'efficacité de l'encadrement technique. "Nous souffrons d'un manque de potentiel humain. Il faut des joueurs performants. C'est comme dans une classe. Même si vous amenez un professeur agrégé de mathématiques, si les élèves ne sont pas bons, il n'y peut rien malgré ses compétences. Si on met à ma disposition les éléments qu'il faut, je suis capable du meilleur... Je peux ramener du Mozambique les trois points au match retour".

Drissa Traoré n'est donc pas satisfait de son effectif et soutient qu'il n'avait pas le choix et a évolué avec les éléments disponibles.

Pour se défendre, il fait la genèse de la formation de l'équipe  sous sa direction : "Mon premier contact réel avec les joueurs date du match test avec le Maroc. J'ai convoqué beaucoup d'éléments et 70% des anciens n'étaient  pas au rendez-vous. Heureusement que j'y avais amené suffisamment de locaux ; ce qui a permis de tenir la partie. On ne peut donc pas dire qu'il y a eu mésentente entre l'entraîneur des Etalons et ses poulains. C'est en Tanzanie que j'ai pu voir les professionnels évoluer. Il aurait fallu qu'ils soient au Maroc pour que je puisse déceler les faiblesses de l'équipe et faire des réglages.

C'est à Dar-Es-Salam que j'ai réellement pris contact avec les joueurs, et à la fin, l'ambiance n'était pas bonne. Pour la 2e journée, j'ai convoqué un certain nombre de joueurs en prenant certaines dispositions, compte tenu des leçons tirées du match précédent. C'est à partir de là que l'on a commencé à m'accuser de vouloir écarter certains éléments... Nous sommes allés  à Marseille pour une rencontre amicale avec l'Algérie en vue d'affronter le Sénégal, battu 1 à 0 à Ouagadougou. Nous avons commencé à avoir une bonne ossature. Face au Mozambique, j'ai reconvoqué pratiquement tout le monde, 33 joueurs au total. A mon grand étonnement, 19 seulement ont répondu présent, et il fallait faire avec. Issouf Koné de Rosenborg et Issouf Sanou du RCB, transférés à Nantes, sont blessés. Pourtant, ce sont des joueurs percutants qui pouvaient appuyer Jonathan Pitroipa.

Moumouni Dagano a brandi un certificat médical pour ne pas venir alors qu'on l'a vu jouer par la suite ; le club de Yahia Kébé, selon la FBF, a téléphoné pour dire qu'il est blessé alors qu'il a joué la veille de notre match. La FBF a également dit de ne pas faire venir Abdoulaye Cissé des Emirats Arabes du fait que son club est dans une position difficile. Je ne pouvais que composer avec ceux qui étaient disponibles".

Tout en assumant, en tant qu'entraîneur, la contre-performance  des Etalons face aux Mambas du Mozambique, Saboteur fustige le laisser-aller qu'il y a au  sein de la formation :

"Dans une équipe, il doit y avoir une certaine rigueur, une unité dans le commandement et de la discipline, sans laquelle il n'y a pas de succès.

Mais il est difficile de mettre de l'ordre lorsque vous n'avez pas le soutien des responsables ; les joueurs ne vous prennent pas alors au sérieux".

Est-ce pour cette raison que Drissa Saboteur convoque les joueurs  à qui il est attaché ? "Quels joueurs par exemple !" , s'exclame-t-il.

Puis il souligne qu'il ne travaille pas sur la base des rumeurs. "C'est ça qui tue le Burkina" , ajoute-t-il.

Au vu des résultats après la 3e journée, l'entraîneur est-il optimiste ?

Saboteur répond par l'affirmative en précisant  néammoins des conditions : mettre à sa disposition un potentiel humain, arrêter les pressions de toutes sortes. "Je ne suis pas devenu entraîneur des Etalons par hasard. J'ai été joueur de football en équipe nationale, j'entraîne depuis 1974, et j'ai dans mon palmarès des titres de 1/4 et de 1/2 finale en  compétitions africaines des clubs et l'encadrement  d'équipes en Côte d'Ivoire, au Niger, en Centrafrique, au Gabon. "J'ai accepté d'apporter ma contribution par patriotisme. Le jour où la Fédération va mettre fin à ma mission, je deviendrai un citoyen ordinaire. Je pourrai parler à ma guise et dire au peuple burkinabè la vérité. Chacun aura pour son compte. Si je ne parle pas, c'est parce que je suis soumis à une obligation de réserve, sinon je n'ai peur de personne".

Y a-t-il donc des non-dits dans la gestion des Etalons ? L'avenir nous le dira, à en croire Saboteur.

Mais en attendant, chacun peut se faire une idée du climat qui règne autour de l'équipe nationale du Burkina et qui compromet dangereusement ses chances de qualification.

 

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga du 16 avril 2007



15/04/2007
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