L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Sur les traces de l'école bilingue emportée par le vent

Koudougou
Sur les traces de l'école bilingue emportée par le vent

 

Qu'est-ce qui a pu provoquer l'effondrement de l'école bilingue du secteur 2 de Koudougou le 20 avril dernier ? Construite seulement en 2003, l'école s'est écroulée en plein cours sous les élèves et les enseignants. Ce sont 4 élèves au total qui y ont perdu la vie. Plusieurs autres blessés dont des enseignants ont pu être sauvés grâce à l'intervention des riverains et des sapeurs pompiers. Aujourd'hui, les parents des victimes attendent toujours de connaître davantage sur les causes exactes de ce sinistre.

 

On n'en sait pas davantage sur les causes exactes qui ont provoqué l'effondrement de l'école bilingue au secteur 2 de Koudougou. Devant la gravité de la situation, la mairie de Koudougou a porté plainte contre x devant la justice pour situer les responsabilités. Qu'est-ce qui n'a pas marché dans la réalisation de l'ouvrage ? En attendant les résultats de l'enquête de la justice, les différents acteurs se rejettent les responsabilités. L'école bilingue a été réalisée sur financement de l'OSEO (Œuvre suisse d'entraide ouvrière) à la demande des femmes de la commune de Koudougou. En collaboration avec la mairie de ladite ville, deux écoles ont été réalisées dont celle qui s'est effondrée. C'est l'EPCD (Etablissement public communal de développement) qui est une structure technique de la mairie et l'entreprise SOMIPLAS qui ont assuré la maîtrise d'ouvrage. Même si le directeur de l'EPCD assure que toutes les normes ont été respectées dans la réalisation de l'ouvrage, des questions se posent toujours sur sa qualité.

L'OSEO se désengage

L'école a été construite en matériaux locaux, les BTC (briques en terre comprimée.), un matériau dont l'EPCD fait la promotion. Même si les spécialistes reconnaissent la qualité de ce matériau en matière de construction, sa mise en œuvre exige une maîtrise technique particulière. Il s'agit d'un matériau nouveau qui exige des normes comme tous les autres matériaux. Ce qui a amené d'ailleurs le ministère de l'Habitat a créé la LOCOMAT. Cette structure est chargée de faire la promotion de matériaux locaux mais aussi d'encadrer ceux qui utilisent ces techniques. Lors des discussions avec l'EPCD pour la réalisation des deux écoles, selon le chef de la division éducation bilingue des écoles bilingues à l'OSEO, M. Zakari Sawadogo, sa structure a proposé qu'elles soient construites en pierres taillées. Une technique que leur ingénieur maîtrise et qu'elle utilise depuis, contrairement aux BTC dont elle n'a pas la maîtrise technique. " Nous ne pouvions que faire des suggestions. On ne peut pas imposer notre point de vue à l'EPCD. Malheureusement, nos suggestions n'ont pas été totalement prises en compte ", affirme Zakari Sawadogo. L'EPCD voulant faire la promotion des BTC s'est opposé, assurant bien maîtriser la technique des BTC. A la fin, un compromis a été trouvé. Une des écoles sera construite en pierres taillées et l'autre en BTC. Est-ce le choix du BTC qui a provoqué les conséquences que l'on sait ? Il faut attendre les résultats des enquêtes en cours pour situer les responsabilités. Dans le document de contrat entre l'OSEO et l'EPCD, c'est ce dernier qui assume toutes les responsabilités sur la qualité de l'ouvrage. Selon le représentant de l'OSEO, tous les aspects techniques liés à la réalisation de l'ouvrage incombaient à l'EPCD. Le technicien de l'OSEO avait tout simplement pour rôle d'aller à chaque fois vérifier l'état d'avancement des travaux pour permettre de débloquer l'argent pour la suite de la construction. Le directeur de l'EPCD, Alassan Kaboré, visiblement embarrassé et surpris par les événements, refuse tout commentaire, préférant s'en remettre aux enquêteurs. Une mauvaise publicité pour sa structure qui fait la promotion des BTC et les entrepreneurs avec lesquels sa structure travaille. Inquiétudes et angoisses également quant on sait que plusieurs autres ouvrages dont le marché central de Koudougou ont été réalisés avec le même type de matériau.

Défaillances techniques ?

Si l'enquête judiciaire en cours révèle effectivement des erreurs humaines dans la réalisation de l'ouvrage, des poursuites judiciaires pourraient être engagées contre les éventuels responsables. Les parents des victimes attendent beaucoup de cette enquête malgré les soutiens multiformes apportés par les autorités suite à ce sinistre. Au-delà des incompréhensions entre les différents acteurs qui ont précédé la réalisation des ouvrages, de nombreuses personnes ont aussitôt mis en cause la qualité des matériaux utilisés pour la construction. Selon un technicien en bâtiment à la Direction de la construction, en matière de bâtiment, ces genres de dommages peuvent souvent arriver. L'œuvre humaine n'étant jamais parfaite, la moindre faille technique peut provoquer un tel effondrement si toutes les normes de sécurité ne sont pas respectées. Il n'existe pas encore de technique particulière en matière de construction en BTC, mais cela nécessite une maîtrise de ce type de matériau particulier. La qualité de la terre utilisée est très importante dans la mise en œuvre des BTC. Mais l'EPCD assure que cette terre est testée au Laboratoire national. En la matière, il n'a rien à se reprocher. Même si les différents acteurs préfèrent attendre les résultats de l'enquête, certains indices permettent déjà à certains techniciens en bâtiment de se poser des questions sur la qualité de l'ouvrage. Le bâtiment a été construit sans chaînage. Ce que l'OSEO réclamait au moins à défaut de la construction en pierres taillées. Selon le même technicien de la Direction de l'architecture, cela est possible et même normal avec les BTC. Le béton est d'ailleurs incompatible avec la terre. Mais des techniques permettent de loger le fer dans les briques lors de leur mise en œuvre et de pouvoir construire même sans chaînage. Cela permet au bâtiment de résister aux vents. Car visiblement, c'est le vent qui a provoqué l'effondrement du bâtiment. Certains entrepreneurs considérant que le Burkina n'est pas un pays de vent n'intègrent pas cela lors des constructions. Pourtant, ils oublient que le climat change et que tout peut arriver. Cela nécessite une bonne maîtrise des techniques. Il y a également la qualité des autres matériaux utilisés pour la construction.

La Qualité des matériaux

Le vent a réussi à tordre les barres de fer (IPN) qui soutenaient le toit. Ce qui amène également notre technicien à se poser effectivement des questions sur leur qualité. Les enseignants et leurs élèves soutiennent en tout cas n'avoir jamais remarqué la moindre fissure quelconque du bâtiment avant la soirée fatale du 20 avril. Mais ils reconnaissent que déjà, dès la rentrée passée, les toits commençaient à se dégrader et il a fallu une réfection pour arrêter l'eau qui coulait quand il pleuvait. C'est sous des tentes installées dans l'enceinte de l'EPCD que les enseignants et leurs élèves ont trouvé refuge pour terminer l'année. Malgré le soutien psychologique apporté aux enfants, beaucoup ne sont pas prêts à retourner sur les lieux après ce traumatisme. De toutes les façons, les enquêtes devraient permettre, dans les prochains jours, de comprendre ce qui s'est passé réellement et de situer les responsabilités. Les autorités ont promis de tout faire pour que la lumière soit faite sur cet événement. Dès les premiers jours qui ont suivi le sinistre, le ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme a dépêché une mission sur les lieux pour faire le constat. Les résultats de ce constat nous permettront dans les prochains jours d'en savoir davantage sur ces événements malheureux. Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions, avec la version du ministère et l'éclairage de sa structure technique (LOCOMAT) en matière de construction en matériaux locaux.


Moussa Zongo

L'Evénement du 25 juin au 8 juillet 2007



08/07/2007
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