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Travaux d’assainissement à Konsa : Des riverains en état d’alerte maximale

 Travaux d’assainissement à Konsa

Des riverains en état d’alerte maximale

 

La saison pluvieuse qui vient de commencer ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices pour les habitants de l’arrondissement de Konsa. La mort d’une jeune fille en mai dernier par suite de noyade  a ravivé la crainte d’éventuels cas similaires si rien n’est fait pour sécuriser les rues sur lesquelles s’exécutent les travaux de construction de caniveaux. Des ouvrages certes indispensables à l’assainissement de la ville, mais qui, pour l’instant, constituent un réel danger pour les populations riveraines.

 

Le 21 mai dernier au petit matin, une jeune fille du nom d’Asséta Ouédraogo, âgée d’une vingtaine d’années, trouvait la mort par suite de noyade. Elle venait d’être  victime d’une chute mortelle dans un trou béant, que l’entreprise en charge des travaux de construction de caniveaux dans l’arrondissement n'avait pas comblé non loin de sa maison. Une situation plus ou moins prévisible si l’on en croit certains témoignages, selon lesquels les travaux s’exécutent sans le moindre dispositif sécuritaire. «Voyez vous-même ces caniveaux profonds qui longent les devantures de nos concessions. Il est déjà difficile d’y accéder en temps normal et lorsqu’il pleut, le danger devient imminent pour les usagers parce que rien n’indique les limites des ouvrages. Et le moindre faux pas devient fatal», nous a dit cet habitant de la rue Bakoly-Barro au secteur 08 (Sikasso cira). Aux risques de noyades s’ajoute désormais un sérieux problème d’écoulement des eaux pluviales dans certains caniveaux en plein chantier et qui sont toujours sans issue. Les eaux pluviales qui y stagnent finissent par se transformer en eaux usées avec comme conséquences les odeurs nauséabondes, mais aussi et surtout la prolifération des moustiques. Sur la rue Bakoly-Barro, que nous avons visitée, la situation est tout simplement déplorable pour les habitants avec ces nombreux désagréments qu'ils subissent depuis le début des travaux, il y a environ quatre mois.  Ce qui est déjà trop pour cette dame, laquelle a profité de notre passage pour manifester son ras-le-bol. «Nous n’avons plus le droit de nous installer devant notre porte pour prendre de l’air avec ces odeurs insupportables. Et la nuit venue, les choses se compliquent parce qu’on ne peut pas dormir. Une nouvelle race de moustiques, aussi volumineux que les mouches, a envahi la zone. Nous craignons pour notre santé et on ne peut pas continuer à demeurer dans cette situation. Et quand il pleut, on est tenu de surveiller les enfants comme du lait sur du feu». Un sentiment de désolation que partagent de nombreux autres  riverains, qui vont même jusqu’à préconiser l’arrêt des travaux si rien n'est fait pour l’amélioration de leurs conditions de vie en cette période d’hivernage.

 

Des ouvrages pourtant indispensables à la ville

 

Depuis le cas malheureux survenu lors des pluies diluviennes du 21 mai dernier, c’est la crainte qui habite désormais les esprits. Surtout en temps de pluies, où des parents sont obligés de déserter leur  service pour rejoindre à pas de course leur domicile dans le seul but d’assurer la surveillance minutieuse de leur progéniture. Et malgré les lamentations et les cris de détresse, les travaux se poursuivent normalement pour cette entreprise burkinabè, qui semble pourtant bien consciente des nombreux préjudices qu'elle fait subir aux populations des zones concernées. Mais cela n’enlève rien à l’engagement des ouvriers, qui s’activent nuit et jour pour être dans les délais, mais aussi et surtout pour offrir des ouvrages de qualité. C’est du moins l’avis d’un responsable de l’entreprise, qui nous a reçu dans son bureau sans toutefois accepter de se prêter à nos questions, encore moins de nous autoriser à faire des prises de vues.  «Pour l’instant, il nous est très difficile de nous ouvrir aux médias parce que nous avons un cas malheureux sur la conscience et cela nous peine sérieusement. C’est comme si on cherchait à se disculper  après la mort de cette jeune fille», explique-t-il. Mais les échanges à bâtons rompus nous ont permis de comprendre quelque peu l’importance des ouvrages en construction et les conditions d’exécution d’un tel projet. Comme on le sait, les travaux d’assainissement de la ville de Sya, en cours de réalisation, figurent en bonne place dans le plan de développement de la commune. Des travaux qui consistent à solutionner les difficultés d’évacuation des eaux pluviales, qui ont très souvent causé d’énormes dégâts dans de nombreux secteurs de la ville. «Vous avez pu constater que des voies de circulation n’ont pas été envahies comme l’année dernière par les eaux lors des récentes pluies. C’est pour vous dire que notre travail consiste à réduire au minimum les risques d’inondation, à travers les caniveaux que nous sommes en train de construire un peu partout. C’est ce que nous avons fait à Lafiabougou, et aujourd’hui le secteur n’a plus de souci pendant les tornades», nous dit notre interlocuteur.

 

Encore de la patience et de la prudence

 

D’une largeur de 2m, 50 et d’une profondeur de 2m, ces ouvrages en plein centre urbain constituent un réel danger pour les usagers et principalement les populations riveraines. Et en pareille circonstance, des mesures de sécurité s’imposent  afin d’éviter les risques d’accidents. Malheureusement, cela n’était pas le cas en certains endroits que nous avons pu visiter. Explications : «Le travail de sécurisation de nos chantiers est pour nous un éternel recommencement. Nous avons toujours pris des dispositions à ce niveau, mais malheureusement les bandes de délimitation que nous installons disparaissent toujours avec les enfants, qui les enlèvent pour s’amuser. Et à chaque fois, nous sommes tenus de les remplacer. Nous avons même une équipe spéciale pour ça, mais je vous dis que c’est déplorable d’être victime d’une telle situation. Il y a même des vols de fer à béton et de bois  qui s’opèrent sur nos chantiers. Cela nous cause d’énormes préjudices, mais nous nous activons pour terminer le travail». Prévus pour s’achever en novembre prochain, les travaux d’assainissement de la ville de Bobo-Dioulasso sont entrés dans leur phase décisive. L’arrondissement de Konsa, où s’exécute l’essentiel du chantier, connaîtra très certainement de nombreux désagréments avec les prévisions saisonnières de pluies qui placent le Burkina dans la zone très excédentaire.  C’est dire donc que les semaines à venir pourraient s’annoncer rudes pour les Bobolais. Eux qui sont situés dans l’une des zones les plus arrosées du pays et qui devront se préparer à faire face aux éventuelles situations avec ces ouvrages qui sont en train d’être réalisés. Mais les responsables de l’entreprise sont catégoriques : «Nous sommes en train de réaliser des travaux d’intérêt public et nous sommes conscients des nombreux désagréments causés aux riverains. Mais nous n’avons pas le choix et c’est comme ça que ça se passe partout. Il n’est pas possible pour nous de construire des caniveaux ailleurs et, ensuite, de les transporter pour les déposer. Ce que je demande aux populations, c’est de faire preuve de patience et surtout de prudence. C’est un projet très important pour la ville et on ne peut pas se permettre de précipiter les choses. Nous voulons offrir des ouvrages de qualité et nous faisons tout pour être dans les délais».

 

Jonas Apollinaire Kaboré

L’Observateur Paalga du 12 juin 2008



11/06/2008
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