L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

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Un feuilleton aux allures de tragédie grecque (Affaire Idrissa Seck )

Affaire Idrissa Seck

Un feuilleton aux allures de tragédie grecque

 

Il était considéré comme l’une des éminences grises du président Abdoulaye Wade, qu’il ne quittait pas d’une semelle. Il était même l’un de ses fidèles et partageait ses joies et ses peines quand il luttait pour la conquête du pouvoir. Vous l’avez deviné, il s’agit bel et bien d’Idrissa Seck, l’ancien bras droit de l’actuel maître du Sénégal. A l’arrivée au pouvoir de ce dernier en avril 2000, son protégé était directeur de cabinet avec rang de ministre d’Etat. Depuis 1988, Seck était aussi le numéro deux du Parti démocratique sénégalais (PDS), la formation d’Abdoulaye Wade.

A ce titre, il avait conduit aux législatives d’avril 2001 la coalition «Sopi» ( changement, en wolof), formée autour de la mouvance présidentielle, qui a remporté 89 des 120 sièges à l’Assemblée nationale.

Né le 9 août 1959 à Thiès, à 70 km à l’est de Dakar, ville dont il est le maire, Seck a fait l’école des hautes études commerciales ( HEC) et l’institut d’études politiques de Paris. Hommes d’affaires et consultant en management, spécialisé en finance et stratégies du développement, il a opéré dans les années 90 dans le secteur privé tout en continuant à tracer son chemin au PDS, parti qu’il a rejoint dès l’âge de 15 ans selon ceux qui le connaissent bien. On raconte que les Sénégalais l’avaient découvert en 1988, alors qu’il avait 29 ans, quand Wade avait fait de lui son directeur de campagne pour la présidentielle perdue face au PS. Lorsque le président socialiste Abdou Diouf avait élargi son gouvernement à l’opposition, il avait hérité du portefeuille du Commerce, de l’Artisanat et de l’Industrialisation.

Au fil des ans, il a su peaufiner son image de fidèle parmi les fidèles d’Abdoulaye Wade et, disent ses détracteurs, manœuvrer pour écarter ses adversaires réels ou supposés.

Cet homme, qui était promu à un bel avenir, connaît aujourd’hui des déboires dans sa carrière politique. Arrêté en juillet 2005 et détenu( jusqu’à l’obtention d’une succession de non-lieu en janvier et février 2006) pour «atteinte à la sûreté de l’Etat» et des accusations de malversation dans les chantiers de la ville qui l’a vu naître, il a été de nouveau convoqué le mardi 22 avril dernier devant la Haute Cour de justice. Mais cette fois-ci, on ne l’a pas gardé longtemps et à sa sortie de la Haute Cour, il a même été acclamé par ses partisans. Il paraît qu’aucune explication officielle ne lui a été fournie et il n’a cessé de clamer son innocence. Est-ce pour le laver de tout soupçon qu’on l’a convoqué devant cette juridiction ou pour l’enfoncer plus? Pourtant, on pensait que la hache de guerre était enterrée entre les deux hommes, puisqu’il était question, un moment, de la réintégration de Seck au PS. Qu’est-ce qui a bien pu se passer encore entre Wade et son ancien Premier ministre pour que leurs relations se détériorent davantage ?

Pour ceux qui suivent l’actualité politique du Sénégal, l’ancien opposant historique semble déterminé à enterrer son fils spirituel. Doit-on s’étonner de ce qui arrive à ce dernier, une véritable girouette dans ce pays ? Le caractère versatile, il n’a peut-être pas pensé un jour qu’il aurait sa part de souffrances. Wade est en train de scier le dos de l’enfant de Thiès, qui est vraiment mis à rude épreuve.

C’est un feuilleton aux allures de tragédie grecque que les Sénégalais sont en train de vivre. Fin politicien, le célèbre chauve de Dakar, qui a plus d’une corde à son arc, veut prouver qu’il est lucide. On lui prête l’intention de préparer son fils biologique, Karim Wade, à sa succession. Vrai ou faux ? Maître d’œuvre  du sommet de l’Organisation de la conférence islamique ( OCI), récemment tenu à Dakar, celui-ci, selon  ses proches, a rempli son contrat. Depuis son retour de Londres, ses détracteurs lui prêtent de grandes ambitions politiques. Son père, lui, reste ambigu, comme à son habitude : « Karim est un Sénégalais comme un autre, qui peut se présenter aux élections… mais ce ne sera pas en tant que mon dauphin. »

En tout, pour le moment, cela semble ne pas être la préoccupation de Wade. Il a engagé une bataille contre Seck et il souhaite… en finir avec lui avant de s’occuper des choses sérieuses le moment venu. 

 

Justin Daboné

L’Observateur Paalga du 24 avril 2008



23/04/2008
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