L'Heure du Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

L'Heure     du     Temps (Blog d'Information sur le Burkina Faso)

Voyage au bout des découvertes, des surprises et des contrastes !!

Ouaga-Paris-Bruxelles-Namur-Ouaga

Voyage au bout des découvertes, des surprises et des contrastes !!

 

Une fois de plus, votre chroniqueur occasionnel nous revient avec un de ces carnets de route savoureux dont il a le secret. Ce coup-ci, Anselme Sawadogo nous promène à travers Paris, Namur et Bruxelles où il a séjourné il y a quelques semaines de cela. Suivez le guide !

 

J'ai longtemps hésité avant d'effectuer ce voyage…

Comme la dernière fois, je préparais une grosse réunion d'évaluation de la coopération entre le Burkina et Wallonie-Bruxelles.

Mais quand mon ami Mirko Popovitch, Directeur d'Africalia me donna un aperçu du programme de séjour, je n'ai pas pu résister trop longtemps. Et puis, ça fait toujours du bien de changer d'air.

En plus de participer au Festival international du film francophone (FIFF) de Namur (un des plus grands festivals européens), j'allais avoir l'opportunité de découvrir toutes les facettes de la culture congolaise à travers le Festival «Yambi-Congo» qui se déroulait du 27 septembre au 31 octobre en Belgique.

Ce festival de musique, danse, théâtre, littérature, peinture, sculpture, photographie, contes, cinéma, bref, tout ce que la RDC compte de valeurs culturelles est organisé par Wallonie-Bruxelles qui, à intervalles réguliers, met en exergue la culture d'un de ses pays partenaires. Il se tient après celui du Sénégal (Nangadef) en 1996, du Burkina (Laafi) en 1999 et du Bénin (Alafia) en 2004.

N'est-ce pas une opportunité unique pour moi qui suis un passionné de culture de découvrir une RDC-culturelle, si loin, si proche de nous…

Comme d'habitude, mon "chef blanc" après s'être rassuré de la bonne préparation de la réunion, me donna carte blanche pour cette escapade culturel.

Je quittai donc Ouaga le mercredi 27 septembre à 22h45. Tout roula comme sur des roulettes à l'aéroport de Ouagadougou… Je remarquai juste une forte présence de professionnels du cinéma burkinabé, invités au Festival de Namur et la cantatrice Habibou Sawadogo de Kaya avec ses musiciens qui allaient en Allemagne dans le cadre d'un jumelage.

Des calebasses, "lounga" et autres "benda" en bandoulière, mes "frères" de Kaya faisaient sensation dans l'Airbus A 340.

Le décollage se passa sans problème, sauf bien sûr cette sensation un peu désagréable de flottement et des oreilles qui se bouchent, consécutive à la pesanteur et classique à tout décollage.

En quelques secondes, l'imposant avion atteint les 100 km/h avec – 5° à l'extérieur.

L'altitude de croisière fut atteinte à plus de 11.000 m à une vitesse de 840 km/h. La température extérieure, elle, était à -56°… Grrrr… Je comprends pourquoi les jeunes guinéens Yaguine et Fodé moururent dans des conditions effroyables en 1999 dans le train d'atterrissage d'un avion quand ils tentèrent leur suicidaire aventure.

Toutes ces informations sur le vol vous sont fournies par un écran fixé sur les sièges ; et ce n'est pas tout, sur ce même écran, vous avez le loisir d'écouter de la musique, de suivre les infos ou un film au choix ; une petite merveille, l'A340.

 

Y a-t-il un médecin dans l'avion ?

 

Il régnait un calme plat dans l'avion, les uns cherchant à dormir, les autres lisant, quand soudain, on entendit le Commandant de bord dire dans les hauts parleurs «s'il y a un médecin dans l'avion, qu'il se rende impérativement à l'arrière de l'appareil». Que se passe-t-il donc ? Une onde de choc traversa tous les passagers. Vous vous imaginer à presque 12 000 m d'altitude, au-dessus du désert nigérien…

Moi qui avait commencé à regarder le film «Le monde est un ballet» sur le petit écran, l'éteignit, ôtai mon casque d'écoute afin de comprendre ce qui se passait.

Derrière moi, une blanche, certainement une "bonne-sœur", faisait de grands signes de croix en psalmodiant des prières et en chuchotant des "mon dieu- mon dieu" !

Le PNC (Personnel navigant commercial NDLR) resta zen et rassura tout le monde qu'il s'agissait d'un enfant d'une dizaine d'années qui avait le mal de l'air et qui vomissait vert…

Je vis passer un médecin militaire burkinabè que je connaissais, qui fut rejoint tout de suite par un autre, togolais, je pense.

Tout rentra dans l'ordre rapidement après les soins que la "batterie" de médecins administra à l'enfant avec les médicaments contenus dans la grosse malle médicale de l'avion.

On eut plus de peur que de mal…

Le reste du voyage se déroula sans accrocs et je profitai pour piquer une petite pionce, bercée par la douce musique classique que j'avais sélectionnée dans mon casque.

C'est la voix du Commandant de bord qui m'extirpa de mon sommeil quand l'atterrissage à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle de Paris fut imminent : «Chers passagers, notre arrivée à Paris s'effectuera dans quelques instants ; veuillez relever votre siège et attacher votre ceinture ; bienvenus à Paris où la température au sol est de 8°. Nous vous remercions d'avoir choisi notre compagnie et vous souhaitons un bon séjour» ; tout cela suivis des consignes pour les passagers en transit.

Jeudi 27 septembre ; 6h15, l'énorme avion se posa sur l'une des multiples pistes de cet aéroport  parisien ultra- moderne et classé 2e aéroport de l'Europe après celui d'Heathrow à Londres.

Petite bousculade car chacun tenait à prendre ses bagages rangés dans les box au-dessous de nos têtes et être parmi les premiers à débarquer.

Je me retrouve rapidement à la sortie de l'avion et eut un choc thermique ; j'ai quitté Ouaga à 38° et je me retrouve 5h après à 8° ; de la buée sortait de ma bouche et de mes narines quand je respirais, mes mains semblaient frigorifiées à tel point que je ne les sentais presque plus.

 

La policière de Roissy examina mon passeport sous toutes ses coutures

 

En bas de la passerelle, un bus nous attendait… on s'y engouffra et ce fut un petit voyage dans les dédales de cet aéroport, grand comme Pissy.

Après plus de 10 mn de "voyage", nous voilà devant l'immense hall du terminal 2 E.

A l'arrêt du bus, des policiers se positionnent devant ces 3 portes qui s'ouvrent en même temps ;

1er contrôle de papiers ; c'est un peu la bousculade mais dans ce genre de situation, moi je reste calme et préfère laisser passer les grands-frères, ainsi que les femmes et les enfants. Je suis donc presque le dernier à sortir et je ne sais pas si c'est à cause de mon gros blouson cuir noir, l'agent de police (une dame)  prit un soin particulier à examiner mon passeport. Elle le manipula dans toutes ses coutures, me dévisagea plusieurs fois en me comparant à la photo, frotta vigoureusement mon visa, pour à la fin faire appel à un de ses collègues à qui elle tendit mon document… tout cela commençait à m'énerver mais il fallait rester calme. Le flic me demanda alors où j'allais ; j'eus envie de lui demander s'il ne savait pas lire car il est marqué sur le visa «Bruxelles» ; mais je répondis calmement…

La question de trop qui faillit me faire sortir hors de moi fut «avez-vous votre billet-retour ?».

Malgré le froid, je commençais à suer de colère… je lui tendis mon billet qu'il tourna et retourna avant de me le remettre avec un petit "bon voyage".

Je déboulai alors en vitesse dans le hall, histoire de rattraper les autres qui faisaient déjà la queue pour le dernier contrôle avant d'entrer sur le territoire Schengen.

Là il y avait tous les passagers en provenance d'Afrique (Abidjan, Cotonou, Lomé, Niamey, Conakry, Dakar, Accra, Yaoundé…), une pagaille indescriptible… ça piaillait en wolof, en dioula, moré, malinké, bété, yorouba et toutes ces langues "vernaculaires"… Des policiers en civil font la ronde... De temps en temps, ils extirpent discrètement quelqu'un qu'ils amènent dans un couloir contigu au hall. Certainement des gens "fichés" et attendus… Que Dieu les protège !! La police des frontières ne rigole pas avec les clandestins.

A mon tour, le policier derrière son guichet ne mit pas 2 secondes à cacheter mon papier et je me retrouvais dans la zone internationale, libre comme un poisson dans l'eau et soulagé d'être sorti de cette espèce de camp retranché. Ouf…

Tous les autres étaient déjà massés autour de l'impressionnant tapis roulant pour récupérer leurs bagages.

Je croisai Habibou Sawadogo et ses musiciens lestés de leurs lourds instruments et courant presque derrière une hôtesse qui les conduisait vers leur terminal de transit… ils s'étaient perdus dans les labyrinthes de CDG. Ils entendirent à peine mon «wenna siki laafi» tellement ils speedaient derrière cette fille qui marchait comme si elle courait…

Pauvres d'eux… on est loin de l'autogare «O.A», à côté du marché de Kaya !

Je récupérai mes bagages et, avec Michel de l'Institut supérieur de l'Image et du Son (ISIS) et Jean Claude Dioma, Directeur du Patrimoine culturel, mes compagnons de voyage, nous migrâmes vers la gare TGV en direction de Bruxelles, situé en plein aéroport CDG mais à l'accès compliqué si vous ne faites pas attention. Il y a dix mille panneaux indicatifs, "quarante douze" escalators, des ascenseurs en pagaille et des milliers de passagers courant et se dépassant comme des souris…

Nous réussîmes à rejoindre la gare TGV après nous être perdu, descendu, remonté plus d'une fois. C'est un sous- terrain glacial et triste et la température frise les 5° avec un vent froid qui vous transperce les pores.

 

Nous avions pris un vol ferré

 

Il était 7h15 et le train pour Bruxelles était pour 7h44.

Il faudrait peut être expliquer pourquoi nous poursuivions le voyage en train ; nous avions emprunté ce que l'on appelle dans le jargon, un vol- ferré (une partie en avion et l'autre en train). Un accord existant entre la compagnie aérienne et le chemin de fer vous permet de poursuivre votre voyage en train avec le même billet d'avion.

7h35, le TGV Paris- Bruxelles, appelé aussi «Thalys» fait son entrée sur le quai ; des agents de la compagnie procèdent au contrôle, chargent les bagages et nous invitent à embarquer dans le wagon réservé aux voyageurs descendant de l'avion.

7h44 pile, le "mille-pattes" de fer s'ébranle dans un crissement de rail et sort de l'aéroport. En 10 mn, nous sommes déjà en pleine brousse parisienne à 360 km/h.

Un monsieur en chariot passe dans l'allée et propose des amuses-bouche et autres boissons dans une litanie comme enregistrée «bonjour ! Que voulez-vous ? cake, ships, coca-light, jus d'orange, bière, café, ice-tea ou eau ?» C'est à mourir de rire d'entendre cette phrase 28 fois, répétée dans la même intonation ; on dirait un disque rayé…

Bruxelles se trouve à  305 km de Paris mais le Thalys "l'avale" en 1h 17 mn si bien qu'à 9h nous étions déjà dans la banlieue bruxelloise.

9h02, nous débarquâmes à la Gare dite du Midi, notre terminus… l'accueil fut chaleureux par mes collègues que je retrouvais après une année.

Direction l'hôtel «Good Sleep» où je pris mes quartiers.

Il est situé en plein centre de Bruxelles, non loin du quartier des commerces et des affaires, mais contrairement à son nom (bien dormir), dans cet hôtel où tout est en anglais, la note est salée (58 euros soit 38 000 fcfa la nuitée) et vous devez acheter en plus le savon et les serviettes à 5 euros. C'est la première fois que je vois ça et je peste un peu auprès de la réception… j'aurai dû amener un bien gros "kabakourou" de Ouaga…

Et puis, ma chambre n'est pas disponible avant 15h ; il était 10h30…

Un tour chez un vendeur de puce téléphonique afin d'acquérir ce précieux outil qui vous permet de rester joignable. La puce coûte 30 euros avec 30 euros de communication mais vous devez fournir la photocopie de votre passeport, votre adresse et faire un choix de puce prépayée, post-payée, appels préférentiels, appel de nuit,… et c'est comme ça en Europe, vous avez l'embarras du choix mais pour un étranger, cela fatigue.

Que c'est cool d'acheter sa puce au détour d'un feu rouge sur Bassawarga, sans même que le vendeur ne vous regarde !

 

"Votre bière, vous la voulez brune ou blonde ?" J'eus envie de répondre "rouge"

 

Je m'assieds dans un bistrot afin d'appeler tous mes contacts belges pour leur filer mon numéro. Je commandai une bière ; laquelle ? Dans les bars belges, si vous commandez une bière sans préciser laquelle, le type va penser que vous êtes fou. Il y a plus de 1 500 sortes de bières dans ce pays…

Je répondis que je voulais une «Orval» (une des meilleures bières, dite bière-trappiste, brassée par des moines dans une abbaye). Le type répliqua, «brune ou blonde» ? J'eus envie de lui dire «rouge», tellement c'est fatigant de devoir tout préciser… «Ce que vous voulez», lui dis-je…

Il me ramena une Orval blonde "transpirante" dans un gros verre en forme de ballon… un délice !

Après quelques coups de fil passés, une collègue et amie, la sympathique Isabelle, se proposa tout de suite de passer me chercher pour le déjeuner.

Elle m'amena dans une sorte de caverne-restaurant situé sur la Grande-place (l'un des endroits les plus beaux du monde et inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO). Le repas coûta quand même 19 euros hors boisson… Ne mange pas ici qui veut !

Puis, nous allâmes à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, toujours situé sur la Grand- place où se préparait une "confrontation culturelle" entre une fanfare kinoise et une autre belge dans le cadre du Festival «Yambi-congo».

Les musiciens des 2 fanfares s'échauffent en soufflant dans leurs instruments ; le contraste entre les Congolais et les belges est saisissant… d'un côté, les sax, trompettes et autres castagnettes sont luisants et tout neufs, et de l'autre, les trombones sont tellement vieux que les embouchures de certains ont été remplacées par des tuyaux en plastiques ; les cymbales "congolaises" sont faites de dessous de barriques découpées, tandis que les accordéons "belges" brillent de mille feux…

Tu te demandes comment ces musiciens de la «Fanfare la Confiance» (c'est comme ça que la fanfare congolaise s'appelle) arrivent à sortir des sons de ces instruments moyenâgeux.

Pourtant la suite allait démontrer le contraire…

Juchés sur 2 podiums face à face, les 2 fanfares, à tour de rôle assuraient le show.

Les Belges entonnèrent de vieux classiques plus ou moins rythmés.

Au tour des Congolais, l'ambiance monte d'un cran car les musiciens sont de véritables virtuoses, maniant sax avec dextérité et dansant un Ndombolo venu tout droit de Kin. Les rythmes s'endiablent quand dans un mouvement d'ensemble dont seuls les Congolais ont le secret, les 30 musiciens font un show à la Koffi Olomidé… Dans la foule, c'est le délire car les Blancs adorent danser… même s'ils le font comme des épouvantails…

Le public jubile et en redemande, mais il faut laisser le tour aux Belges…

Ceux-ci essaient de "chauffer" la foule avec un tube rythmé à la batterie électrique… mais, ça reste timide et pas dansant…

Cela dura jusqu'à 17h dans une ambiance bon enfant de confrontation et de brassage des cultures… ce fut génial !

L'ouverture officielle du festival «Yambi-Congo» a lieu à 20h au Théâtre national de Bruxelles, une belle salle style contemporain, heureusement situé pas loin de mon hôtel.

Une douche rapide et me voilà prêt pour cette soirée VIP.

 

L'entrée triomphale de madame Kabila

 

A 19h30, j'étais déjà en place ; la fanfare «la Confiance», qui a "foutu le feu" tout à l'heure à la Grand-place mettait l'ambiance dans la rue en accueillant les personnalités qui arrivaient dans leurs longues limousines.

Les Congolais de Bruxelles ne passaient pas inaperçus, sapés comme des papes.

A 19h50 tout le monde fut prié de rejoindre la salle car les officiels arrivaient.

Dans un tonnerre d'applaudissement, des louanges criées en lingala et une standing-ovation Mme Kabila (épouse du chef de l'Etat congolais) venait de faire une entrée triomphale.

Elle était accompagnée de la ministre de la Culture du Congo et de plusieurs ministres belges.

Une horde de garde-corps, grands comme des armoires à glace et tout habillés dans de longs manteaux noirs prirent place aux différentes issus de la salle. Impressionnant !! (Je reviendrais sur ces body-guard plus loin dans ce récit).

20h pile ; la cérémonie pouvait commencer… quelques discours pour magnifier l'excellence des relations belgo-congolaises et place fut laissée aux artistes.

30 artistes sur scène, les musiciens, danseurs et chanteurs de Tuta Ngoma, Mastaki, Goubald, la Sanza, Le Griot et Lokas, proposèrent une réinterprétation commune d'extraits du répertoire des uns et des autres.

Résultat : un concert qui pétille de bout en bout et qui passe de la douceur aux rythmes endiablés. Une belle image de la musique congolaise d'aujourd'hui !

Le spectacle intitulé «musiques croisées» était un savant mélange des rythmes et styles des différents artistes invités au festival. Il y avait de la percussion avec ces tambours hauts comme des barriques "battus" par des hommes et femmes aux pectoraux impressionnants ; des chants avec un chœur à 6 voix fluettes de filles belles comme des anges ; de la guitare acoustique avec ce chanteur, Jean Goubald qu'il s'appelle, à la voix qui me rappela un Alif Naaba ou un Bil Aka Kora ; de la mélodie des montagnes avec ce vieux pygmée jouant des instruments bizarres et bien entendu, de la rumba congolaise avec guitare stridente et "stacato" de batterie très typique. On dansa du Batchégué et du Ndombolo à en perdre le souffle.

Tout le spectacle fut réglé comme du «papier à musique» (c'est vraiment le cas de le dire) et toutes les sonorités et danses s'enchaînaient dans un véritable cocktail de sons et de lumière.

Un véritable travail de pro ! Deux heures de pur bonheur !!

La soirée se clôtura vers 23h par un buffet géant où, comme on dit ici, y avait à boire et à manger.

Je rejoignis mon gîte vers 2h du matin malgré l'insistance de Congolais dont je venais de faire la connaissance et qui me proposaient une virée dans le célèbre quartier Matongué ; je tombais de sommeil.

 

Rendez-vous à Matongué avec Zêdess

 

Le vendredi 28 septembre fut une journée tranquille… je fis un tour au bureau pour saluer quelques collègues qui m'invitèrent à déjeuner dans un restaurant-école (on y forme des cuisiniers et des gestionnaires de tables) au nom évocateur de «AFT'heure» car on y mange au-delà des heures régulières et tenu par un métisse congolais ; si vous êtes de passage à Bruxelles, je vous le recommande ; demandez Fabrice et dites lui que vous venez de ma part ; il vous servira un digestif dont vous vous souviendrez toute votre vie !

C'est le chanteur Zêdess qui m'appela vers 15h pour un rendez-vous de "godé" à Matongué. On s'y retrouva pour une bonne causette en mooré autour d'une bonne bière ; comme à Ouaga !

Entre-temps, j'avais contacté un ami sénégalais, acteur de théâtre, Youn, qui me proposa une petite virée à Anvers (100 km de Bruxelles) pour voir le concert du rappeur sénégalais Awadi à 20h. Bonne idée… Il passa me chercher vers 19h et c'est dans sa rutilante Alfa Roméo que nous ralliâmes la distance en moins d'une heure.

Comme à son habitude, le rappeur sénégalais ne fit pas mentir sa réputation et pour la première fois, je le voyais dans un live intégral accompagné de 4 musiciens suisses et par le chanteur congolais Freddy Massamba. Un spectacle "propre" comme on dit dans le milieu.

"L'after" du concert, une soirée dansante reggae, eut lieu dans le bar du Centre culturel, animé par un DJ un peu déjanté avec des dreadlocks longs comme des racines.

A force de sautiller pendant plus d'une heure, le bras tendu et de secouer la tête comme font les reggaemen (y avait aucune autre musique), j'avais marre ; on n'est quand même pas à Kingston !! Ils ne savent rien faire à moitié, ces blancs !!

Youn me comprit et me proposa le retour vers Bruxelles ; il était 3h passé…

Je dormis d'un trait en ayant quand même à l'esprit mon programme du samedi 29 octobre qui prévoyait à 10h, l'inauguration d'une statue du sculpteur congolais, Fredy Tsimba que mes amis d'Africalia avait commandé pour orner une des rues d'Ixelles, une commune de Bruxelles. C'est dans cette commune que se trouve le quartier «Matongué» (nom d'un quartier à Kinshasa) qui se caractérise par la présence d'une importante communauté congolaise si bien qu'on s'y croirait en plein Congo avec ces boutiques africaines, ces salons de coiffure à mèches, ses épiceries où l'on vent du manioc, de l'aloco, du piment, de l'attiéké, du poisson fumé, de l'agouti,…

Fredy Tsimba est ce sculpteur dont les œuvres sont faites de douilles de balles de AK47 qu'il récolte dans les champs de guerre congolais ; un génie !

C'est sous une fine pluie que j'atteignis la Chaussée de Wavre (où se déroulait la cérémonie) vers 10h15… Des barrières de police ceinturaient une zone de haute sécurité avec des badauds massés autour. Je demandai  à un policier de me laisser passer pour atteindre les "officiels" de l'autre côté, non loin de la statue voilée. Il ne m'écouta même pas ; mais j'insistais car je ne suis quand même pas venu de Ouaga pour suivre les choses loin, comme un vulgaire curieux.

C'est à mes gesticulations d'énervement que Mirko me vit et vint me faire passer ; j'adressai un petit "chrrrr" au flic comme au revoir… il n'y comprit rien, bien sûr…

 

Désapprobation de quelques réfugiés congolais

 

Je me retrouvais donc dans le saint des saints, à côté d'une tente dressée où trônait un fauteuil moelleux. La fanfare «la Confiance» était encore là ; c'est devenu un peu les mascottes de Yambi…

Je revis les body-guards toujours dans leurs manteaux noirs, crânes rasés qui faisaient le guet ; je compris que Mme Kabila serait là… ils étaient munis d'oreillettes et parlaient souvent seuls… en anglais… dans des micros, dissimulés…le regard scrutant tous les mouvements suspects…

Je compris leur énervement quand la sirène des motards accompagnant la limousine blindée de la Présidente se firent entendre ; ils devinrent hargneux, à bousculer tout le monde… Quand la grosse Audi présidentielle s'arrêta à côté de la tente, une dame resplendissante, avec un manteau de fourrure "jetée" sur l'épaule fit son apparition sous les "hourra" de la foule, mais aussi sous les cris de désapprobation de quelques opposants de Kabila, réfugiés en Belgique. On entendait des insultes en lingala, des "assassins", des "à bas Kabila" et même des termes que mon éducation de base ne me permet pas de retranscrire ici. La tension monta d'un cran et les "gorilles", aidés des policiers firent tranquillement le ménage, sans bavure… tous les "insulteurs" furent exfiltrés manu-militari et éloignés loin de là. Si ce n'est pas l'Europe ! Venir insulter la femme d'un président et repartir tranquillement chez soi…

Le calme revint petit à petit pour permettre le "dévoilage" de la statue «la mère et l'enfant» qui trônait sur un beau socle en marbre.

Mme Kabila certainement pour conjurer l'affront, voulu prendre un bain de foule sous les cris de «Maman, maman, Nalingi yo » de ses partisans ; cela créa un désordre monstre et moi qui tenait à immortaliser ces instants avec mon appareil photo, je reçus un bon coup de coude du "gorille" le plus coriace, lunette noir et dreadlocks au vent ; je pense que j'ai un problème avec les rastas !!

La cérémonie se termina au pas de course sous le hululement des grosses cylindrées présidentielles qui filaient et derrières lesquelles couraient la meute des hommes aux manteaux noirs ; on se croirait dans un film… Ouf !!

Un drink était prévu dans une galerie d'art non loin de là… Au menu, de la bonne bouffe africaine préparée par des congolaises; et c'est là que je rencontrai Solange Pitroipa, cette burkinabé qui eut le mérite de se faire élire Conseillère communale à Ixelles : je compris pourquoi elle faisait l'unanimité auprès de son électorat. Joviale et toujours souriante, cette splendide beauté noire "transpirait" le calme et la sérénité…

Je retrouvais mes collègues avec qui on devait passer la soirée à quelques km de Bruxelles dans l'une des manifestations majeures de Yambi, la soirée «Rumba congolaise» qui se déroulait dans un vieil entrepôt, grand comme un terrain de football.

 

Mouvement eza graaave !!

 

C'est toujours sous la pluie que nous sommes arrivés à Court-Saint-Etienne aux environs de 17h, ce samedi 29 septembre. La fête battait déjà son plein ; des stands d'art africain sont dressés à côté des cuisines où se dégageaient des senteurs tropicales faites de piment, d'aloco, de beurre de d'arachide, de yamakoudji et de bissaps… on dirait Zabre-daaga !

On fond de cette gigantesque maison de fer, un podium est dressé avec une sono digne d'un concert à Wembley, pourtant l'on se trouvait dans un bourg, pas plus grand que Bassinko ; c'est comme ça en Europe ; Rien n'est "petit" !

Des groupes se succèdent sur la scène qui scintillait de milles feux.

Moi je retrouvais Moussa, un Burkinabè marié à une Belge et qui vit maintenant là-bas.

Nous grillâmes quelques cigarettes ensemble dehors, sous la pluie, à parler le mooré (j'avais oublié de vous dire qu'on ne fume plus dans les lieux publics en Belgique).

L'apothéose de la soirée fut la prestation de Epolo, ce jeune qui emprunte les pas des meilleurs faiseurs de Ndombolo. On dansa comme des fous dans un "mouvement eza graave" !!

Le retour se fit au petit matin du dimanche 30 septembre, la tête dans les nuages (plusieurs litres de bière ingurgités), les pieds douloureux (qui a dit que danser Ndombolo est facile ?!?), mais heureux d'avoir passé de bons moments…

Ce dimanche matin fut consacré aux emplettes au marché du dimanche de la Gare du Midi ; un marché unique où l'on trouve du tout à un coût modique ; c'est le "Bruxelles-pas-cher" !!

Le soir, nous fument invités à manger un bon riz sauce-tiguèdigué chez Etienne Minoungou, cet autre acteur burkinabé, vivant à Bruxelles avec sa charmante petite famille, Marie Soleil et les enfants…

Les "montagnes" de "mouïzindo" que chacun fit dans son assiette furent ''terrassées'' en un clin d'œil…

Etienne nous raccompagna vers 1h du matin, non sans faire un tour dans un bistrot afin que "l'eau puisse couler sur la boue".

Journée off ce lundi 1er octobre car je devais refaire ma valise, direction Namur, suite de mon voyage. Finit la musique, place au cinéma !

Le FIFF battait son plein depuis 3 jours quand j'arrivais vers 16h dans cette coquette petite ville à 1h de Bruxelles.

Je m'installais à l'hôtel «ORIS» dans une mini-suite royale et me rendit tout de suite dans le centre névralgique du Festival, le Chapiteau ; une sorte de grande bâche où on trouve un bar, des studios de télé-radio, des stands de sponsors et un coin VIP où se tiennent les galas.

Tout le monde me connaît ici ; des serveurs au DJ, en passant par les hôtesses… L'an dernier, nous y avons laissé un souvenir vivace ; les Burkinabè et les Sénégalais (dont le célèbre cinéaste Moussa Touré) que l'on était obligé de "foutre" dehors tous les soirs car ils voulaient rester au-delà de 2h du matin, heure de fermeture du Chapiteau.

 

Pour lire la suite ce reportage réalisé par Anselme Sawadogo, il suffit seulement de cliquer ici

 

 



09/11/2007
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